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DossierRwanda : l'âge de raison

26/06/2012 à 09:23
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Paul Kagamé aimerait se passer de l'aide internationale. Paul Kagamé aimerait se passer de l'aide internationale. © AFP

Plus de 40 % du budget de l'État rwandais est encore alimenté par l'étranger. Kigali fait tout pour réduire cette dépendance et renégocier les conditions d'utilisation de ces subsides, au nom de l'Afrique.

Décembre 2008. Un rapport des Nations unies accuse le Rwanda de soutenir un groupe rebelle dans l'est de la RDC. Kigali s'en défend, mais le mal est fait. Les Pays-Bas et la Suède suspendent leur aide au développement. « Le peuple du Rwanda doit être prêt à survivre en toute circonstance, y compris en l'absence d'aide », réagit le président, Paul Kagamé, lors d'une conférence de presse. Heureusement pour Kigali, la Banque mondiale, le Royaume-Uni et l'Union européenne, les trois plus gros contributeurs de son budget, ne suivent pas. Mieux : dès 2009-2010, l'aide internationale à l'État rwandais remonte à un niveau record de près de 540 millions d'euros, contre 322 millions l'année fiscale précédente.

Mais le problème de la dépendance aux subsides internationaux reste posé. En 2011-2012, ils représentaient 41 % du budget de l'État et 11,3 % du PIB, et, grâce aux bons résultats en matière de lutte contre la corruption et de gestion de l'aide, les fonds des donateurs continuent d'affluer. En 2012-2013, ils vont contribuer au budget à hauteur de 46 % (+ 5 points), et près de 700 millions d'euros sont déjà prévus pour 2013-2014, soit 18 % de plus en deux ans. Au pays de l'agaciro (« dignité », en kinyarwanda), le leitmotiv du président, on aimerait néanmoins sortir de cette situation au plus vite.

« Nous avons une vision très claire pour notre développement, des projets planifiés, rappelle fermement le ministre des Finances, John Rwangombwa. On ne peut pas les soumettre à un financement aussi aléatoire. » D'autant plus aléatoire que la plupart des pays donateurs sont frappés par une crise financière dont on ne voit pas le bout. Ainsi, en 2011, pour la première fois depuis quatorze ans, le montant global de l'aide publique au développement a reculé. Le Canada est allé jusqu'à geler ses transferts vers huit pays en voie de développement, dont le Rwanda - une décision « qui n'aura pas d'impact », a immédiatement assuré le gouvernement rwandais.

1 milliard d'euros de déficit commercial

Cependant, la voie qui permettrait de remplacer l'aide extérieure par des recettes fiscales est d'autant plus étroite que Kigali ne veut pas augmenter les impôts et taxes (un projet d'impôt à taux unique, par opposition à l'impôt progressif qui taxe dans une plus grande proportion les plus riches, est même à l'étude), étant donné que sa stratégie de développement économique repose sur les investissements étrangers, que le gouvernement ne veut surtout pas décourager. La seule solution est donc de long terme, avec une croissance très soutenue, en particulier dans les secteurs exportateurs. Car si l'aide étrangère alimente le budget de l'État, elle est également essentielle pour financer un déficit commercial grandissant, qui devrait atteindre 1 milliard d'euros cette année (+ 21 %).

En attendant, le Rwanda s'efforce d'optimiser l'efficacité de ce qu'il reçoit. « Nous avons par exemple un problème avec l'aide américaine », indique John Rwangombwa. Cette dernière, qui s'est élevée à 185 millions d'euros en 2011, est gérée par des agences américaines plutôt que par l'État rwandais, qui ne peut contrôler son utilisation. « Dans ce genre de situation, quand vous enlevez les frais administratifs et les éventuels surcoûts, jusqu'à 60 % du montant de l'aide initiale peut se révéler inefficace. »

Ce combat, le pays le mène au niveau international. Il a été choisi, avec le Mali, pour représenter l'Afrique subsaharienne (hors Afrique du Sud) au Forum de haut niveau sur l'efficacité de l'aide, organisé en novembre 2011 à Busan, en Corée du Sud. La délégation rwandaise a tenté d'obtenir la fin de la pratique des « aides liées », qui oblige les pays en voie de développement bénéficiaires à dépenser une partie de ce qu'ils reçoivent sur les marchés des pays donateurs. « Nous n'avons pas obtenu ce que nous voulions, déplore John Rwangombwa. Les engagements des pays donateurs ont été rédigés de manière très vague, mais nous continuons de négocier pour l'Afrique. ».

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