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DossierLe Katanga grandeur nature

30/05/2012 à 15:27
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Le site de DGDA-Whisky, où sont enregistrées les marchandises. Le site de DGDA-Whisky, où sont enregistrées les marchandises. © Muriel Devey

Point de transit entre l'Afrique centrale et l'Afrique australe, ce poste-frontière avec la Zambie a donné naissance à une immense zone d'activités douanières et à une cité de plus de 50 000 habitants.

Il faut une bonne heure, dans le meilleur des cas, pour parcourir les 95 km de la RN 1 qui séparent Lubumbashi, le chef-lieu du Katanga, de Kasumbalesa, le poste-frontière avec la Zambie. Des nids-de-poule ici et là, quelques travaux, des bas-côtés mal stabilisés à certains endroits ralentissent parfois la circulation. Difficile, aussi, de doubler les camions, de véritables mastodontes, qui limitent la visibilité sur cette route à seulement deux voies.

Kasumbalesa, deuxième ­poste-frontière de la RD Congo après Kinshasa en volume de trafic et premier poste-frontière terrestre, a un double rythme de vie. Celui de village et de « cité » proprement dite, et celui des sites Kasumbalesa-Direction générale des droits et accises (DGDA) et Kasumbalesa-Border Post. Deux mondes qui semblent ne pas appartenir à la même planète. Avec ses cases en terre ou ses maisons faites de bric et de broc, le premier ressemble à n'importe quelle bourgade du pays. Le second, lui, est un univers de béton, où tout est organisé, propret, balisé et contrôlé.

Whisky. À l'import comme à l'export, tout transporteur venant de Zambie ou y allant doit obligatoirement passer par Kasumbalesa-DGDA, alias DGDA-Whisky, ou Whisky tout court, du nom du petit village où se fabriquait la Lotoku, une bière locale, rebaptisée pompeusement Whisky.

« À l'import, DGDA-Whisky enregistre et contrôle les documents des transporteurs qu'il dirige vers les entrepôts de Lubumbashi, Kolwezi et autres, où les marchandises seront dédouanées par les transitaires agréés. L'entrepôt est tout de suite informé par ordinateur. Whisky est une sorte d'empreinte », explique un transitaire. Whisky dédouane aussi les véhicules importés, ainsi que quelques autres marchandises, et encaisse les recettes tirées de cette activité.

Le site forme une grande enceinte au milieu de laquelle trône le bâtiment de la DGDA. L'une des ailes accueille le bureau de l'export, l'autre celui de l'import. Des services bien séparés. « Les chauffeurs de l'un et l'autre trafic ne s'y rencontrent jamais », sourit Monga Numbi, le sous-directeur des activités douanières de DGDA-Whisky, qui emploie environ 110 douaniers et autres collaborateurs.

Autour de ce centre nerveux, des voies bien tracées, des parkings et des entrepôts. Un espace, qui reste à aménager, abritera des logements pour les douaniers.La gestion de ce site flambant neuf, inauguré en mai 2010 et jalousement gardé, a été confiée à la société Pacific Trading, qui « s'occupe de la sécurité, de la manutention dans les entrepôts, de la circulation et des parkings. Elle est assimilée à un service public. D'ailleurs, nous la contrôlons », insiste Monga.

Péage. Quelque 10 km séparent Whisky de Kasumbalesa-Border Post (KBP pour les habitués), le vrai poste-frontière, auquel on accède par la RN 1. Sur la route, camions et voitures avancent lentement. Ce qui laisse le temps de lire les panneaux indiquant les distances avant le péage, réalisés par des Chinois qui ont pris des libertés avec la langue de Molière (« Le peage devent 200 m »...) À KBP, parkings, voies... tout est bitumé, balayé et balisé, comme à Whisky. Même le petit marché de chaussures usagées, tenu en majorité par des Congolais, est propre et silencieux. La fierté de KBP est son bâtiment, tout en verre, une réplique de l'édifice zambien situé de l'autre côté de la frontière. Il regroupe quatre services : la DGDA, la Direction générale des migrations (DGM), l'Office de contrôle congolais et les services d'hygiène. Le tout construit et géré par la société zambienne Gomes Haulage Limited.

Quelque 300 véhicules franchissent la frontière chaque jour, en majorité des camions.

Dans la salle de contrôle, entièrement informatisée, les yeux rivés sur leurs ordinateurs et les écrans fixés au mur, des employés établissent des statistiques, surveillent les entrées et sorties des véhicules... Aucun moyen pour ces derniers d'échapper au péage - 20 dollars (15 euros) pour les voitures, 200 dollars pour les camions -, ils seraient aussitôt arrêtés.

Quelque 300 véhicules franchissent la frontière chaque jour, en majorité des trucks, comme les appellent les gens du coin qui ont dû adopter l'anglais, environnement anglophone oblige, ce que déplore un employé de la DGM. Ce trafic représente un bon pactole pour la province. À l'export, ce ne sont que des minerais. À l'import, la gamme des marchandises est variée : matériel pour les miniers (60 % du trafic), biens de consommation et produits pétroliers.

Quelques particuliers traversent la frontière à pied ou à vélo avec des ballots contenant surtout des denrées alimentaires. La plupart ne paient pas de taxes. « On distingue les activités à caractère social, pour nourrir les familles, des activités commerciales », confie un douanier. N'empêche, de grands commerçants s'arrangent pour fractionner leurs cargaisons, qu'ils font passer par des gamins. Un moyen d'échapper aux taxes. On ferme les yeux.

Salle de contrôle d'où les agents surveillent entrées et sorties des véhicules.

Cité capharnaüm. Kasumbalesa-Cité, dont la population, estimée à 50 000 habitants en 2007, a fortement augmenté depuis le boom minier, s'étale entre les deux sites. Mais le gros des habitations se déploie autour de KBP. La ville est traversée par la RN 1, sa seule voie bitumée, au bord de laquelle s'égrènent maisons, bars, discothèques, hôtels et échoppes de toutes sortes. Un vrai capharnaüm. Pas de normes urbanistiques ni de plan de rues et des espaces publics, encombrés et poussiéreux.

La bourgade n'a guère profité de l'augmentation du trafic routier. Peu d'emplois ont été créés, excepté par les banques, agences et petits commerces établis à l'entrée de Whisky. Du coup, les jeunes de Kasumbalesa et ceux venus y trouver l'eldorado vivent de petits boulots, de petits trafics, voire de larcins. « L'insécurité est en progression », s'inquiète un habitant. Seuls les bars, restaurants, guest-houses et hôtels, dont La Paix, le plus sélect, ont profité du boom. Leurs clients ne sont plus les routiers, « qui préfèrent filer sur Lubumbashi depuis que la route a été améliorée », comme le remarque un employé de l'Uluizi, un hôtel de la Société nationale d'assurances (Sonas). Le parc hôtelier est surtout occupé par les personnels des administrations, qui ne rentrent à Lubumbashi que le week-end. Faute d'avoir trouvé un logement convenable, Cora Mwenze Kilumba, receveuse principale-chef de division à Whisky, s'est résignée à faire l'aller-retour quotidien entre Lubumbashi et son bureau. De toute façon, la cité manque d'infrastructures. Les écoles privées se sont multipliées et le courant ne fait pas trop défaut, mais l'eau reste un problème, les centres de santé sont rares et les loisirs limités. « Il n'y a que les bars et les boîtes où l'on peut s'amuser », des lieux très fréquentés par les routiers, dont le passage s'est traduit par une recrudescence des maladies sexuellement transmissibles, tel le sida. Un fléau.

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