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DossierBurkina Faso : Compaoré face au changement

07/03/2012 à 11:10
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Manifestation à Ouagadougou le 30 avril 2011. Manifestation à Ouagadougou le 30 avril 2011. © AFP

La crise sociale et militaire qui a éclaté en février 2011 a surpris le pouvoir burkinabè. Nouveau Premier ministre, réorganisation de l'armée, dialogue national pour préparer les réformes : le chef de l'État, Blaise Compaoré, a repris les choses en main. Le calme est revenu. Définitivement ?

Tout faire pour éviter les répliques du séisme social et militaire qui a ébranlé le régime, au premier semestre 2011. D'autant que le président burkinabé, Blaise Compaoré, au pouvoir depuis près de vingt-cinq ans, n'avait pas vu venir la secousse dans l'euphorie de sa réélection avec plus de 80 % des suffrages exprimés, le 21 novembre 2010.

Dos au mur, celui qui s'est mué depuis quelques années en icône de la médiation en Afrique de l'Ouest a vite tiré les enseignements d'une crise aux multiples facettes : retombées du conflit ivoirien sur l'économie nationale, usure du pouvoir, malaise d'une jeunesse dopée par le Printemps arabe, fronde des syndicats et de la société civile, déconnexion entre la hiérarchie militaire, les sous-officiers et le reste de la troupe...

Mesures d'apaisement

Pour ramener progressivement l'ordre, le chef de l'État a nommé un nouveau Premier ministre, réorganisé l'armée et repris le dialogue avec les syndicats. Le nouveau gouvernement a multiplié les mesures, notamment une baisse du prix des produits de grande consommation et des intrants agricoles, une réduction de 10 % de l'impôt sur le revenu, un avancement des fonctionnaires ou encore une suspension des pénalités de retard sur le paiement des factures d'électricité.

À la primature, Luc Adolphe Tiao mène une campagne de séduction à l'intention de la population et des partenaires économiques. L'ancien journaliste et diplomate impose plus de pédagogie. « On a la culture du secret héritée des anciennes cellules marxistes, explique l'un des ministres. Mais on s'est fait violence pour mieux communiquer. » Le gouvernement joue aussi le jeu de la transparence, avec pour objectif de prévenir plutôt que de guérir. Ainsi, lorsque survient un imprévu comme l'affaire Guiro - du nom de l'ex-directeur général des douanes, limogé le 2 janvier et soupçonné d'avoir détourné près de 2 milliards de F CFA (environ 3 millions d'euros) -, les autorités n'hésitent pas à crier haro sur le présumé coupable en affichant leur volonté de mettre fin à l'impunité des escrocs en col blanc.

Elles semblent aussi s'être engagées sur la voie d'une meilleure gouvernance, du dialogue social et de l'amélioration de l'environnement des affaires, ainsi que le souligne la Banque mondiale. Les ressources des régies financières de l'État progressent, la passation des marchés publics est plus transparente, l'autorité supérieure de contrôle de l'État se veut une véritable agence anticorruption, la Cour des comptes réalise des audits financiers.

Réunis à Paris début février, les partenaires internationaux ont apporté leur soutien au programme économique et social du gouvernement burkinabè (« Bâtir ensemble un pays émergent »), dont le budget total est évalué à 7 000 milliards de F CFA sur la période 2011-2015. Ambition : atteindre une croissance du PIB à deux chiffres, seul véritable levier de réduction durable de la pauvreté.

Mais le pari est loin d'être gagné. Avec une croissance démographique de 3,1 %, l'une des plus élevées d'Afrique, et une population jeune (67,7 % des Burkinabè ont moins de 25 ans), la problématique de l'emploi est une bombe à retardement. « La vague des jeunes en quête de travail va s'accroître, prévient Madani M. Tall, représentant de la Banque mondiale dans cinq pays d'Afrique de l'Ouest. Il faut mettre en place une stratégie pour l'emploi de la nouvelle génération, rechercher une meilleure adéquation entre la formation et le marché du travail, et développer les PMI-PME. »

En ce début d'année, les prix du mil et du maïs sont très élevés en raison de la mauvaise récolte de 2011-2012. Les autorités tentent de prévenir une crise alimentaire se profilant à la période de soudure, à partir du mois de mai.

Vigie démocratique

Les forces du changement sont sur le qui-vive. Les syndicats profitent des concessions accordées par le pouvoir pour élever le niveau des revendications. Les organisations de défense des droits de l'homme, très politisées, jouent un rôle de vigie démocratique, et l'Association nationale des étudiants burkinabè (Aneb) pousse ses pions sur le front scolaire, au grand dam de certains professeurs, qui parlent d'un manque d'esprit civique.

Alignée sur la position des partis de l'opposition et de l'Église catholique, la société civile s'oppose farouchement à toute modification de l'article 37 de la Constitution (qui ferait sauter la limitation du nombre de mandats présidentiels), interprétée comme une preuve de la volonté de Blaise Compaoré de se représenter à la présidentielle en 2015.

Face à une menace latente, le chef de l'État a lancé des réformes politiques et choisi d'injecter du sang neuf au sein de son parti, le Congrès pour la démocratie et le progrès. Mais il maintient le doute sur ses réelles intentions, alors que plusieurs pays du nord de l'Europe et les États-Unis l'appellent à passer la main. Même la France, du bout des lèvres, commence à parler d'alternance. Une chose est sûre, pour l'équilibre de la sous-région, personne n'a intérêt à ce que le Burkina explose.

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