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DossierLe Bas-Congo, province pionnière

08/12/2008 à 10:48
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Les guerres qui, depuis plus d’une décennie, déchirent la République démocratique du Congo ont eu au moins un mérite : celui de démontrer que, en dépit de violentes tensions scissipares, il existe bien une identité congolaise et une volonté commune de vivre ensemble. Mais elles ont aussi accentué le repli sur soi de certaines régions au fédéralisme affirmé qui, tout en refusant fermement de s’éloigner de l’espace national, estiment qu’il est inutile – voire contre-productif – de tout attendre de Kinshasa. Le Katanga minier en est l’exemple le plus connu, le Bas-Congo sans doute le plus symbolique.

La plus petite des provinces du pays et son unique débouché maritime est l’héritière d’une histoire séculaire et singulière, celle du grand royaume de Kongo, porte d’entrée des Européens et victime de l’écartèlement colonial entre trois pays. De Kimpa Vita à Ne Mwanda Nsemi, chef de la secte Bundu dia Kongo (BDK), la quête identitaire, ses illusions et ses dérives, a toujours pris ici un cours politico-mystique, pour le meilleur comme pour le pire. Le Bas-Congo vit naître Simon Kimbangu, dont l’église syncrétiste représenta un temps la plus grande menace contre l’ordre belge, mais aussi l’Abako (Alliance des Bakongo) de Joseph Kasa-Vubu, qui fut la première à oser le mot « indépendance » pour l’ensemble du Congo.

Réprimée, frustrée et délaissée sous le règne de Mobutu, la province fit entendre son particularisme avec l’éveil démocratique du début des années 1990, sous une forme particulièrement radicale. Le roi Bernard Mizele Nsemi puis la secte BDK glissèrent insensiblement de la revendication nationaliste à la xénophobie, en dénonçant la domination des « mingisila » – les Congolais non originaires de l’ex-royaume de Kongo. Un dérapage qui devait mener tout droit à la violence, aux aberrations doctrinales (campagnes anti-vaccinations), parfois au meurtre, et susciter en retour de la part des forces de l’ordre une forte répression contre les membres de la secte, dont la brutalité a été soulignée par l’ONU et les ONG.

Pourtant, cette riche terre du peuple kongo cache une autre réalité : celle de gens plus portés sur la palabre que sur la violence – travailleurs consciencieux unis par une langue commune, que le vide politique et un certain complexe de supériorité ont parfois portés vers les extrêmes, mais qui, très vite, retrouvèrent le chemin de la raison. Le développement, soutiennent aujourd’hui ses élites, est le meilleur moyen d’affirmer sa singularité et de rendre hommage aux grands ancêtres qui, il y a cinq siècles, échangeaient des ambassades avec le continent des Blancs. Comme quoi, au Bas-Congo, la mondialisation est une vieille histoire…

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