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DossierMauritanie : entre modernité et fragilité

22/12/2011 à 14:50
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Abdoul Birane Wane est à la tête du collectif Touche pas à ma nationalité. Abdoul Birane Wane est à la tête du collectif Touche pas à ma nationalité. © D.R.

À la tête du collectif Touche pas à ma nationalité, Abdoul Birane Wane exige l’arrêt du recensement en cours. Il le juge discriminatoire à l’égard des populations noires mauritaniennes.

Pas de femme, pas d’enfants. Abdoul Birane Wane est un ascète. Si, à 35 ans, il est toujours célibataire, c’est par choix, dit-il. Dans le combat politique qu’il mène en Mauritanie depuis son adolescence, il ne veut subir aucune pression. Or il le sait : la famille, en Afrique plus qu’ailleurs, est le meilleur moyen de calmer les trublions. Le porte-monnaie aussi. C’est pourquoi l’enseignant a préféré exercer dans le privé plutôt que d’intégrer la fonction publique.

Dans la rue, il n’en impose pas. Tout juste le remarque-t-on pour sa démarche boiteuse. Et jusqu’à il y a peu, Abdoul Birane Wane était un inconnu pour la plupart des Mauritaniens. À part dans le milieu politique. Ancien cadre du parti d’Ibrahima Moctar Sarr, l’Alliance pour la justice et la démocratie/Mouvement pour la rénovation (ADJ/MR), dont il a été exclu en 2008 pour ses divergences avec le bureau, il s’était taillé une réputation de combativité. En revanche, son mouvement, l’Initiative mauritanienne pour l’égalité et la justice (Imej), passait relativement inaperçu.

Depuis que, avec d’autres organisations citoyennes, il a lancé le collectif Touche pas à ma nationalité (TPAMN) et qu’il se bat pour faire suspendre le processus d’enrôlement (lancé par l’État en mai pour, officiellement, mettre en place un nouveau système d’identification des citoyens), ses propos incendiaires à l’encontre d’un régime qu’il accuse de racisme et ses appels à manifester ont fait mouche. Abdoul Birane Wane n’est pas loin d’être considéré par l’entourage du président Abdelaziz comme le plus grand empêcheur de tourner en rond du moment et par une partie de la communauté négro-mauritanienne comme un nouveau porte-parole.

Combat

J’étais ado lors de la répression contre les Noirs. C’est impossible à accepter.

Né à Aleg en 1976, Abdoul Birane Wane a fait très tôt de la politique. À 15 ans, alors qu’il est scolarisé à Rosso – principal point de passage entre le Sénégal et la Mauritanie –, il intègre l’Union des forces démocratiques (UFD) d’Ahmed Ould Daddah, aujourd’hui le chef de l’opposition. Plus tard, il rejoint les partis défendant la cause négro-mauritanienne : d’abord l’Alliance pour une Mauritanie nouvelle, puis l’ADJ/MR. Une suite logique, selon lui. « Ma génération a grandi avec les événements de 1986 à 1991 et la ségrégation. J’étais ado lors de la répression contre les Noirs. C’est impossible à accepter. » Depuis, il lutte pour en finir avec « ce système discriminatoire » que, selon lui, « l’élection de Mohamed Ould Abdelaziz, en 2009, n’a fait que renforcer ».

Dès le mois de juillet dernier, il a organisé des sit-in dans la capitale pour s’opposer à l’enrôlement qui, selon lui, vise à exclure une partie des Négro-Mauritaniens de leur droit à la nationalité pour « gonfler » la part de la population arabo-berbère. La contestation enfle, jusqu’à ce que le pays s’enflamme, fin septembre. Des affrontements avec les forces de l’ordre dans le sud du pays et dans la capitale font plusieurs blessés et un mort. Des manifestants sont arrêtés.

Rumeurs

Lui court toujours. Le 28 novembre, il a encore organisé une marche à Nouakchott, réprimée par les forces de l’ordre. Il maintient donc la pression et est désormais dans l’œil du cyclone. Le pouvoir, qui le considère comme un dangereux boutefeu, l’a à l’œil. Des rumeurs le disent sénégalais ou téléguidé par le Mossad, l’agence de renseignements israélienne. Dans l’entourage du chef de l’État, on le soupçonne d’être un cheval de Troie des Forces de libération africaines de Mauritanie (Flam), un mouvement négro-mauritanien interdit. Lui s’en défend : « Je n’en fais pas partie. Mais je leur rends hommage. »

Quant à ses anciens compagnons de l’ADJ/MR, ils s’en méfient. Selon l’un d’eux, il « n’est qu’un arriviste, qui compte se servir du mouvement contre l’enrôlement pour se faire un nom ». Le principal intéressé rétorque que les partis traditionnels ont trahi la cause négro-mauritanienne et qu’Ibrahima Sarr, comme d’autres, est bon pour la retraite. S’il ne le dit pas ainsi, Abdoul Birane Wane se sent investi d’une mission. « Ma satisfaction, c’est que nos parents nous disent que nous sommes en train de réussir ce qu’ils n’ont pas pu faire. Il faudra bien qu’un jour les Mauritaniens soient égaux entre eux. »

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Rémi Carayol, envoyé spécial en Mauritanie

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