DossierMauritanie : entre modernité et fragilité

22/12/2011 à 14h:25 Par Propos recueillis par Justine Spiegel
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Il y a deux ans, plus du tiers de Nouakchott était constitué de bidonvilles. Il y a deux ans, plus du tiers de Nouakchott était constitué de bidonvilles. © AMI

Pour le ministre de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire, la lutte contre la précarité est prioritaire. Ismail Ould Bedde Ould Cheikh Sidiya estime également que dans les régions, le regroupement de localités va faciliter leur équipement en services de base

Jeune Afrique : Quelles sont les priorités de votre politique d’urbanisation ?

Ismail Ould Bedde Ould Cheikh Sidiya : L’objectif est de moderniser rapidement le pays afin d’améliorer le quotidien des citoyens mauritaniens, ce qui passe par la lutte contre la précarité. Une priorité sur laquelle le chef de l’État avait déjà mis l’accent dans son programme électoral en 2009. Plus du tiers de la capitale était constitué de bidonvilles et les pouvoirs publics n’avaient pas pris ce problème à bras-le-corps.

Nouakchott est une ville jeune, dont la population est passée de 5 000 habitants au début des années 1960 à près de un million aujourd’hui. En cause, l’exode rural massif dû à la sécheresse, ainsi que la recherche d’emploi et de services publics de base.

Comment cette lutte contre les quartiers précaires s’est-elle organisée et quels sont les résultats obtenus ?

Nous avons élaboré des plans, pour délimiter des rues, des espaces publics, définir les urgences en termes d’infrastructures… Toutes les populations qui s’étaient établies en zone précaire devaient être déplacées, ce qui nécessitait au préalable de viabiliser des terrains d’accueil, en rendant accessibles les services d’eau, d’électricité, de santé et d’éducation. Environ 10 000 nouvelles voies ont été créées dans ces quartiers.

Près de 100 000 ménages sont concernés par cette action. Ils étaient dans une situation foncière anormale, que nous avons maîtrisée, et tous les secteurs de Nouakchott font l’objet de plans de lotissement, qui sont approuvés en Conseil des ministres. À ce jour, le niveau d’avancement des travaux est estimé à 75 %, alors qu’il faut généralement dix ans pour mener à bien un tel programme.

Près de 100 000 ménages sont concernés par la réhabilitation desquartiers.

Qu’en est-il sur le plan financier ?

Les programmes relatifs aux quartiers précaires et à leurs équipements (eau, électricité, éducation, santé), ainsi qu’aux villes nouvelles et aux regroupements de localités, ont été entièrement financés sur le budget de l’État. De nombreux chantiers sont d’ailleurs réalisés par des entreprises locales. Nous avons passé cette année pour près de 12 milliards d’ouguiyas [30 millions d’euros, NDLR] de marchés publics, auxquels plus de cinquante entreprises mauritaniennes ont pu accéder en toute transparence.

Quels étaient les autres chantiers à Nouakchott ?

De grandes avenues ont été réalisées, l’éclairage public installé, les équipements réhabilités, et les réseaux d’eau potable et d’assainissement ne vont pas tarder à suivre. Nous avons lancé un programme de rénovation et de construction de plus de cinquante écoles, et, en matière d’établissements de santé spécialisés, la capitale compte désormais un hôpital mère-enfant, un centre de cardiologie et un centre national d’oncologie.

Et à l’intérieur du pays ?

Près de 130 infrastructures (d’eau, d’électricité, d’assainissement, de santé, d’éducation…) ont été réalisées en deux ans en Mauritanie, dont 20 % à Nouakchott, sur la base de la loi relative à l’aménagement du territoire adoptée en janvier 2010. Aujourd’hui, il n’y a pas une région sans chantier. On essaie en effet d’offrir des services de base aux populations à l’intérieur du pays, afin de les encourager à rester chez elles. Une stratégie d’incitation qui donne de très bons résultats puisque nous avons beaucoup de demandes de regroupement. 

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