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DossierEnseignement supérieur : le guide 2011 des meilleures écoles africaines

07/11/2011 à 17:55
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Un étudiant de l'École supérieure algérienne des affaires à Alger. Un étudiant de l'École supérieure algérienne des affaires à Alger. © Omar Seffouane pour J.A.

Leur nombre est encore restreint, mais les meilleures écoles de commerce africaines se rapprochent un peu plus des standards internationaux. Liens avec les entreprises, accréditations, partenariats académiques… Jeune Afrique vous sert de guide pour découvrir leurs atouts.

Dis-moi quel est ton diplôme, je te dirai quelle carrière tu feras. En matière de parcours professionnel, mieux vaut faire de belles études pour réussir son entrée dans le monde du travail. Une erreur d’aiguillage, et la sanction peut se révéler cruelle. On ne compte plus, hélas, de la Tunisie à la Côte d'Ivoire, le nombre de chômeurs dans les rangs des lauréats de l’enseignement supérieur.

Pour la troisième fois, après 2008 et 2009, Jeune Afrique a mené l’enquête pour recenser les meilleures écoles de commerce d’Afrique francophone. Celles qui, grâce à la qualité de leurs équipements, de leurs professeurs et de leurs liens avec le monde de l’entreprise, forment les élites du continent. Force est de constater, au terme de notre travail, que si leur niveau a encore progressé, s’approchant un peu plus des standards internationaux, leur nombre reste globalement stable. Preuve que créer un centre d’excellence ne s’improvise pas et que, dans ce domaine, il convient, pour les étudiants et leurs parents, de ne pas céder trop facilement aux sirènes du marketing.

Pour ce palmarès, nous avons envoyé près de 40 questionnaires, aussi bien au Maghreb qu’en Afrique subsaharienne, puis sélectionné dix institutions privées et publiques constituant toutes des références au niveau régional. Cette année, la nouveauté dans notre classement réside dans l’apparition, parmi les meilleures écoles africaines, d’une filiale d’un établissement français : BEM Dakar, inaugurée en 2008 par Bordeaux École de management (ex-ESC Bordeaux). En matière d’éducation comme dans les autres secteurs d’activités, l’Afrique constitue évidemment un marché à conquérir.

Classement "Jeune Afrique", le making of

Réalisé sur la base des réponses des écoles à notre questionnaire, notre palmarès prend en considération une vingtaine de critères dans cinq thématiques différentes : notoriété, ouverture à l’international, recherche, pédagogie et liens avec les entreprises. Ainsi, la qualité des doubles diplômes proposés, l’intégration des langues étrangères dans les cursus, la présence ou non d’une école doctorale, le nombre d’enseignants permanents titulaires d’un niveau doctorat ou l’animation du réseau d’anciens sont autant d’éléments utilisés pour apprécier les efforts fournis par les établissements.

À noter dans cette édition, l’absence de quelques institutions de renom, comme l’Institut des hautes études de management (HEM) au Maroc, l’Institut des hautes études commerciales (IHEC) en Tunisie et l’École supérieure de commerce et d’administration des entreprises (Escae) en Côte d’Ivoire, qui n’ont pas souhaité répondre à nos sollicitations. J.C.

Preuve de l’engouement des institutions françaises, d’autres établissements hexagonaux ont créé leur antenne africaine. Euromed Management (ex-ESC Marseille Provence), déjà impliquée dans le projet de l’École supérieure algérienne des affaires (ESAA), a ouvert son propre campus à Marrakech en 2009 ; et l’université Paris-Dauphine une antenne à Tunis la même année. Deux candidats naturels, dès qu’ils auront fait leurs preuves, à notre palmarès. Pour briller, ces écoles pourront miser sur un atout de taille : leur notoriété à l’international.

Accréditation : le sésame

Prenant exemple sur l’Europe, les écoles africaines ont fait une obsession de la reconnaissance au-delà de leurs frontières. Décrocher une accréditation est sans doute le meilleur moyen pour y parvenir. Dans l’univers des business schools, trois organismes sont actuellement des références au niveau mondial : l’AACSB (Association to Advance Collegiate Schools of Business), l’EFMD (European Foundation for Management Development, dont la certification peut concerner l’école tout entière – Equis – ou un programme en particulier – Epas), et l’AMBA (Association of MBAs).

Obtenus sur la base d’un audit complet, ces labels donnent une visibilité immédiate à la formation, car ils garantissent le respect de standards partagés par les meilleurs, qu’il s’agisse de critères académiques, d’ouverture à l’international ou de la prise en considération des attentes des entreprises. Seules cinq institutions du continent – une égyptienne et quatre sud-africaines – sont pour le moment détentrices des précieux sésames. À défaut, beaucoup d’écoles du classement (Esca, ISM…) sont déjà membres d’au moins une de ces organisations : une étape indispensable avant l’obtention du label.

Au Maroc, l’université Al Akhawayn pourrait sous peu marquer de précieux points dans ce match à distance. Son programme de bachelor sera audité courant novembre par l’EFMD, en vue d’une accréditation Epas. Autre grande gagnante de ce système : BEM Dakar. Cette dernière revendique haut et fort une triple couronne (AACSB, Equis, AMBA), en fait obtenue par sa maison mère. Mais les étudiants devraient bientôt y voir plus clair. Un audit aura lieu courant 2012 pour évaluer le standing de la filiale sénégalaise. En cas de succès, la valeur de ses formations grimperait évidemment en flèche.

Top 10 des business schools d'Afrique francophone

Le double diplôme, un gage de crédibilité

Sans accréditation, comment attirer à soi les étudiants les plus brillants ? Les écoles du continent ont depuis longtemps répondu à cette question en nouant des partenariats avec des établissements étrangers, souvent prestigieux. Dans les cas les plus aboutis, cette collaboration a naturellement débouché sur un double diplôme, offrant aux élèves la reconnaissance tant recherchée.

À Casablanca, l’École supérieure du commerce et des affaires (Esca) propose par exemple un master « achats et logistique » (bac +5) reconnu par Grenoble École de management (GEM), une institution régulièrement classée par le quotidien britannique Financial Times parmi les meilleures business schools. De même, le Centre africain d’études supérieures en gestion (Cesag, Dakar) et le Management Development International Institute (MDI, Alger) profitent aussi du supplément de crédibilité que leur procurent les MBA délocalisés dans leur école par les universités Paris-Dauphine et Paris-Sorbonne. Enfin, du côté de l’ESAA, à Alger, la rentrée 2012 doit voir l’ouverture d’un cursus amenant in fine sur un double diplôme avec l’ESCP Europe (ex-ESC Paris), un des fleurons français des écoles de management.

Indispensable ouverture à l’international

Au-delà du surplus de crédibilité qu’elle apporte, la collaboration avec une institution étrangère s’est aussi imposée du fait de la mondialisation. Car même s’ils restent travailler

Si l’anglais est la langue la plus communément étudiée, certaines écoles s’ouvrent également sur des horizons plus exotiques, comme l’Institut supérieur de management (ISM), à Dakar, qui propose des cours de coréen, ou l’Esca, à Casablanca, dans laquelle les élèves de quatrième année peuvent goûter aux joies du mandarin (voir photo ci-contre).

L’ouverture sur le monde passe également par l’accueil d’étudiants étrangers dans chaque promotion. Une mixité très africaine au Sénégal, où les effectifs, plus qu’ailleurs, réunissent des élèves originaires de tous les pays francophones. À l’opposé, les écoles algériennes sont dans ce domaine à la traîne, leurs promotions étant composées presque à 100 % de nationaux. Mais plus que par le multiculturalisme, c’est grâce à une offre pédagogique exigeante que les meilleures business schools, en Afrique comme ailleurs, parviennent à sortir du lot.

La pédagogie, premier des critères

Dans ce secteur, l’Esca de Casablanca se distingue par une montée en gamme depuis notre dernier palmarès. Son encadrement est ainsi passé de 28 à 36 professeurs permanents, dont 23 détiennent un doctorat ou un niveau équivalent, contre 15 auparavant. Un effort similaire a été observé au sein de MDI Alger et de l’École supérieure de commerce de Tunis (ESC Tunis). Les business schools se caractérisent également par un enseignement en partie basé sur l’étude de cas. Tous les lauréats du classement sont dans ce domaine sur la même ligne, alternant les supports élaborés localement et ceux empruntés tantôt aux institutions les plus reconnues comme Harvard, tantôt aux centrales de cas internationales (CCMP, ECCH…).

À mesure qu’elles se rapprochent des meilleures, les écoles privées font également de la recherche universitaire une priorité (cette mission étant naturellement plus présente dans l’enseignement public). Loin d’être une simple posture, les travaux des professeurs et, le cas échéant, des doctorants, viennent irriguer les savoirs transmis aux étudiants. D’ailleurs beaucoup, comme l’université Al Akhawayn, incitent leurs professeurs à publier dans des revues internationales. À signaler dans ce domaine, l’initiative de MDI Alger, qui a créé en 2011 sa propre publication, intitulée Business Management Review. Remarquée par la Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises (FNEGE) – avec le prix de la revue émergente –, elle a pour ambition d’établir des passerelles entre la recherche en management et le monde des entrepreneurs.

Connecter l’école aux entreprises

L’attention portée par les business schools aux attentes du marché explique en grande partie leur succès. D’ailleurs, plusieurs établissements de notre palmarès, comme MDI Alger ou MSB, à Tunis, ont d’abord débuté par l’offre de formations aux cadres en activité. Pour être certains de bien comprendre les besoins des entreprises, la plupart d’entre eux impliquent des dirigeants d’entreprise dans leur comité d’orientation stratégique. C’est le cas de BEM Dakar, qui a habilement mixé filiales de multinationales (Sanofi Aventis, Allianz, Mazars) et entreprises nationales (Patisen, Chaka). La relation entretenue avec les professionnels se traduit également, au quotidien, par l’intégration dans chaque cursus de cours donnés par des intervenants extérieurs. Ainsi, le Cesag, à Dakar, bénéficie de l’expertise de cadres de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pour ses formations en finance.

Autre tendance forte dans les écoles de commerce : la sensibilisation des élèves à l’entrepreneuriat. L’Institut africain de management (IAM), à Dakar, organise par exemple des concours de business plan, dont les meilleurs peuvent être soumis à financement. L’université Al Akhawayn a quant à elle intégré cette problématique dans le tronc commun de son bachelor (bac +3), en même temps qu’elle propose un club pour permettre aux patrons en herbe d’exercer leurs talents.

À ces initiatives destinées à mieux connecter les étudiants à l’univers des entreprises, s’ajoutent bien sûr des stages, mais également les conférences données par les patrons dans les écoles, les visites de sociétés et les forums emploi organisés par tous les établissements. Des liens avec les professionnels qui passent aussi par le réseau des anciens. Si certaines business schools, comme Al Akhawayn, l’Esca et l’ISM, en ont fait depuis longtemps un atout, d’autres, et notamment les institutions publiques, pèchent encore dans ce domaine, alors que leur antériorité leur procure théoriquement un sérieux avantage. 

Des tarifs au sommet

Une bonne formation, cela n’a pas de prix. C’est sans doute ce que se disent les parents pour adoucir le poids de la « douloureuse » quand vient le temps de régler la scolarité de leurs enfants. En Afrique comme ailleurs, les meilleures business schools font payer cher la qualité de leur enseignement. Pis, entre 2009 et 2011, les tarifs ont eu une fâcheuse tendance à décoller.

Auparavant fixée à 5 000 euros par an, l’addition de l’université marocaine Al Akhawayn atteint désormais plus de 8 800 euros. Même tendance en Algérie, avec l’ESAA et le MDI Alger, dont les prix ont respectivement augmenté de 10 % et 32 %. Une évolution d’autant plus problématique que l’État algérien ne permet pas de recourir à des prêts pour financer cette dépense. Certaines écoles restent cependant plus raisonnables. C’est le cas de l’ISM et du Cesag, à Dakar, qui n’ont pas revu leurs tarifs à la hausse. La palme du bon rapport qualité-prix revient cette année encore à l’ESC Tunis, dont l’inscription annuelle en master est fixée par l’État à 55 euros. J.C.

 

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