Extension Factory Builder

DossierL'Algérie va-t-elle vraiment changer ?

14/11/2011 à 18:02
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
La frontière algéro-marocaine, fermée depuis dix-dept ans. La frontière algéro-marocaine, fermée depuis dix-dept ans. © Youssef Boudla/Reuters

Entre des relations tumultueuses avec Paris et des voisins méfiants, l'Algérie n’a pas l’image qu’elle souhaite sur la scène mondiale. Sans en souffrir outre mesure. Explications.

L’hebdomadaire français Valeurs actuelles a, dans son édition datée du 8 septembre, fait son WikiLeaks. Il a publié les propos off des diplomates français accrédités au Maghreb, tenus à Paris, en marge de la 19e conférence des ambassadeurs, du 31 août du 2 septembre. Le traitement réservé à l’Algérie est des plus édifiants : « Pays pathétique, […] bloc monolithique qui ne comprend rien », où « deux cents têtes » décident de tout et où « les autorités vont à contresens ». Si les gouvernants sont maltraités, les gouvernés ne sont pas épargnés. Les Algériens sont présentés comme un « peuple tué, qui n’a plus de ressort et qui fait peine à voir ». Pouvoir et population, même pathétiques, constituent néanmoins une source de préoccupation pour les intérêts français : « C’est un mastodonte qui va nous gêner. »

Curieusement, l’affaire ne déclenche aucune protestation officielle. La presse indépendante s’en empare mais, plutôt hostile à Abdelaziz Bouteflika, l’utilise pour démonter son bilan diplomatique.

Le dos rond

Dans les allées du siège flambant neuf du ministère des Affaires étrangères, aux Annassers, sur les hauteurs d’Alger, la colère est à son comble. Mais sur instruction présidentielle, nul commentaire n’est toléré. « Ce n’est pas nouveau, affirme un ambassadeur algérien à la retraite. À l’occasion des événements du Caire, en novembre 2009, lors du match qualificatif pour le Mondial de football, officiels et médias égyptiens s’étaient acharnés sur l’Algérie, son peuple et ses martyrs. Mais les ordres du président étaient clairs : faire le dos rond et s’abstenir de toute déclaration en réponse aux injures. »

Diplomates et médias officiels étant contraints au silence, les Algériens ont utilisé la blogosphère pour répondre à l’analyse des diplomates français, qu’ils estiment injuste et otage des relations mouvementées entre Alger et Paris. Deux cents têtes qui monopolisent la décision, « c’est tout de même cinq fois plus que les 40 du CAC ! » ironise un internaute. Tandis qu’un autre retourne le compliment à l’envoyeur : « Pays pathétique ? Vous parlez bien de ce pays où des valises bourrées d’argent détourné par des chefs d’État africains, portées par des avocats véreux ou des barbouzes, ont servi à financer les campagnes électorales de présidents de la République élus ? Où les services secrets sont requis par le pouvoir afin de surveiller journalistes et magistrats trop indépendants ? Où des personnalités de premier plan sont impliquées dans de sordides affaires de mœurs ? »

Analyse tronquée

Les Algériens, un « peuple tué, qui n’a plus de ressort et qui fait peine à voir » ? Surprenante appréciation, alors que la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) a enregistré pour la seule année 2010 près d’un millier de mouvements sociaux et manifestations de rue, ayant parfois pris la forme d’émeutes. Cette contestation permanente n’a pas manqué de produire ses effets. Au 1er janvier 2012, le salaire national minimum garanti (SNMG) sera porté de 15 000 à 18 000 dinars (d’environ 146 à 175 euros) par mois ; c’est 50 % de plus qu’en 2008. Sur la même période, les salaires ont été doublés dans la fonction publique, avec effet rétroactif. « Nos homologues français, affirme l’ancien ambassadeur, ignorent la vitalité de cette société qui bouge, notamment sur le front social, car la revendication n’a pas un caractère politique, comme ils semblent le souhaiter. C’est la preuve que l’analyse est tronquée. »

Mais si les Algériens ont un sérieux problème d’image, le doivent-ils pour autant aux seuls diplomates français ? « Oui, répond sans ambages un haut fonctionnaire international algérien. Toute actualité algérienne, bonne ou mauvaise, est vue sous un prisme, officiel ou médiatique, français. Pour la communauté internationale, cinquante ans après l’indépendance, c’est encore Paris qui donne le la en matière d’affaires algériennes. Et c’est un prisme déformant. » Peut-être, mais attribuer le fait que les Algériens soient les mal-aimés du Maghreb aux câbles diplomatiques du Quai d’Orsay, aux écrits de la presse hexagonale et aux lobbies des nostalgiques de l’Algérie française serait réducteur. Car ils sont également mal-aimés au Maghreb.

Mercenaires ?

Le vieux contentieux autour du Sahara occidental et celui de la fermeture – depuis dix-sept ans – des frontières terrestres entre les deux pays pourraient expliquer le désamour entre Marocains et Algériens (lire chronologie ci-contre). En revanche, rien ne semble justifier les rumeurs attribuant à Abdelaziz Bouteflika et à son gouvernement le financement et l’armement des milices qui avaient terrorisé la Tunisie dans les jours qui ont suivi la fuite de Zine el-Abidine Ben Ali. « Pour des considérations de politique intérieure, le gouvernement algérien tente de saboter notre révolution », affirmait alors Bessam, patron d’une PME à Tunis.

Plus à l’est, les Libyens sont encore moins cléments. La dénonciation par Alger des frappes de l’Otan sur la Libye a été perçue comme un soutien actif au régime de Mouammar Kaddafi. Les Libyens en sont convaincus : leur voisin a envoyé des mercenaires combattre l’insurrection. Preuve, pour eux, de la proximité d’Alger avec Tripoli ? L’asile accordé à une partie de la famille du « Guide ». « Cette décision nous a valu un déluge de critiques, réagit le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, alors qu’aucune réserve n’a été exprimée au pays qui a accueilli [le 14 janvier 2011, NDLR] l’ex-président tunisien et sa famille. Pas plus qu’à l’endroit de la Jordanie et du Qatar quand ils avaient accordé [en 2003] l’asile à la famille de Saddam Hussein. » Commentaire d’un ténor du barreau d’Alger : « Même l’humanitaire est à géométrie variable, quand il s’agit de notre pays. »

En parallèle, le pays se tourne vers le Sahel et consolide les acquis de la conférence d’Alger du 7 septembre sur la sécurité. Après la visite du président malien, Amadou Toumani Touré, du 24 au 27 octobre, Abdelaziz Bouteflika doit accueillir ses homologues nigérien et mauritanien courant novembre. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager
Flux RSS Jeune Afrique - Tenez-vous au courant des derniers articles publiés en souscrivant au fil d'information RSS de Jeune Afrique - En savoir plus
Widget jeune Afrique - Rassemblez les actus, les photos et les vidéos sur votre page personnalisée - EN SAVOIR PLUS