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DossierEnquête : entreprises responsables, des paroles aux actes

22/09/2011 à 15:30
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La société ivoirienne de raffinage a créé une fondation pour ses bonnes actions. La société ivoirienne de raffinage a créé une fondation pour ses bonnes actions. © DR

Les considérations sociales et environnementales s’invitent de plus en plus à l’ordre du jour des patrons africains. Le défi ? Réussir à transformer une intention philanthropique en un geste générateur de business.

D’une notion vague et fourre-tout, la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) – ou responsabilité sociale et environnementale – est devenue une politique transversale, s’immisçant dans la moindre décision. Image, acceptabilité locale, cohésion sociale, culture d’entreprise, gouvernance… Le champ d’action est vaste.

Sur le continent, le sujet est en tout cas au goût du jour. On voit même fleurir des labels, comme au Maroc, où les patrons ont bien compris que, au-delà de l’image, intégrer ces notions peut être générateur de business. Face aux législations renforcées dans les pays du Nord (comme l’obligation pour les groupes cotés à la Bourse de Paris de publier un rapport RSE), les multinationales deviennent exigeantes avec elles-mêmes, mais aussi avec leurs sous-traitants.

Pour une présence bénéfique

Les grands comptes africains invoquent plutôt une tradition, une histoire dans laquelle la politique sociale et environnementale a toujours eu une place de choix. C’est d’autant plus vrai chez les industriels dont l’activité peut avoir un fort impact. « Nous nous efforçons de faire en sorte que notre présence soit ressentie comme bénéfique par les populations environnantes », affirme ainsi Alassane Diallo, directeur général des Industries chimiques du Sénégal (ICS).

Comptant parmi les plus importantes entreprises du pays, ICS a de fait un certain nombre de programmes à son actif. « Nous alimentons gratuitement près de 30 000 personnes en eau potable et nous sommes en train de forer un nouveau puits d’une valeur de 650 millions de F CFA [991 000 euros, NDLR]. Il sera achevé d’ici à neuf mois », égrène le patron. Sur la période 2011-2014, le producteur de phosphate et d’engrais s’est par ailleurs engagé à offrir une ambulance aux plus gros villages alentour. « Tout le monde bénéficie de ces actions, en premier lieu nos salariés, dont les familles habitent dans ces communes. »

Alassane Diallo estime que « les entreprises sénégalaises ne peuvent plus ignorer ce volet », tout en reconnaissant que sa propre société peut encore s’améliorer sur certains points, comme s’assurer que ses sous-traitants respectent bien le code d’ICS et soient suffisamment responsables. « Ils ont cependant l’obligation contractuelle de se soumettre à notre règlement », rappelle-t-il.

La gouvernance, sujet tabou

À la Société ivoirienne de raffinage (SIR), la décision a été prise de mettre en place une fondation pour gérer toutes les demandes qui ne concernent pas le cœur de métier de l’entreprise. Environnement, santé, éducation, logement… L’organisme dispose d’un fonds de 150 000 euros par an. « C’est un bon moyen de valoriser l’image de l’entreprise, explique Joël Dervain, directeur général de la SIR. Cela permet aussi de renforcer le sentiment d’appartenance des populations à l’entreprise. » Dernière action en date : la fourniture de matériel de dialyse à un nouveau centre de transfusion sanguine mis en place par une ONG.

Mais les questions clés de la gouvernance restent le sujet tabou. « Un certain nombre d’entreprises refusent de répondre aux questions qui touchent à la corruption », explique Idrissa Coulibaly, du Club of Emerging Leaders for Africa (Cela). L’association a mis en place en 2008 un classement des entreprises responsables, en se fondant sur les rapports publiés et sur un questionnaire envoyé à 60 sociétés basées en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Mali, au Burkina et au Cameroun. Des efforts ont été remarqués en matière de transparence financière, mais « il manque bien souvent un système de procédure de contrôle du dispositif de gouvernance », pointe le Cela.

Vers un label subsaharien ?

Pour Thierry Téné, cofondateur de l’Institut Afrique RSE, qui organisera un forum sur le sujet à Douala du 8 au 10 novembre, « sur le continent, la RSE est trop souvent perçue de manière philanthropique ». Il faut selon lui différencier les filiales de multinationales, qui appliquent tout ou partie des politiques décidées aux sièges ; les grosses industries du continent, qui ont pour la plupart une politique structurée ; et les PME, dont les patrons conçoivent la RSE au coup par coup, à travers un don, sans réelle stratégie.

« Les faiblesses de la RSE en Afrique s’expliquent par plusieurs raisons, poursuit-il. D’abord, il n’existe pas d’obligation législative. L’État est absent du sujet. Il peut pourtant intervenir à travers les marchés publics ou encore les partenariats public-privé. Ensuite, les syndicats, qui peuvent être un organe de pression, sont encore assez faibles. Enfin, les consommateurs sont plus sensibles au prix qu’à la provenance ou la qualité. »

Mais il y a de quoi être optimiste pour l’avenir. L’enquête du Cela a pu démontrer, par exemple, que les jeunes patrons sont particulièrement sensibilisés aux enjeux de la RSE. En outre, « la pression des bailleurs de fonds, l’émergence d’une classe moyenne de plus en plus regardante et la compréhension par les chefs d’entreprise que la RSE peut être un outil de compétitivité montrent que le sujet devrait prendre de l’importance dans les années à venir », estime Thierry Téné.

Une labellisation pourrait même rapidement voir le jour. Des travaux sont en effet prévus lors du forum de Douala, en partenariat avec la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), pour voir comment le label RSE marocain pourrait être adapté à l’Afrique subsaharienne. Une première pierre à l’édifice.

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Agenda : À Douala, premier Forum international des pionniers de la RSE en Afrique. Visites d'entreprises, débats, ateliers thématiques, remise de prix... Programme complet ici

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