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DossierRévolutions arabes : l'exception algérienne

18/07/2011 à 17:19
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À l'heure du printemps arabe, l'Algérie fait exception. À l'heure du printemps arabe, l'Algérie fait exception. © Reuters

L’orchestre des révoltes arabes ne joue pas la même symphonie sous toutes les latitudes. Tunisie, Égypte, Libye, Syrie, Bahreïn, Yémen se sont embrasés comme des buissons d’épineux aspergés d’essence. Même le Maroc, qui a pourtant devancé les aspirations populaires, a dû affronter le vent de la contestation. Il existe cependant une exception, incongrue pour nombre d’observateurs qui auraient parié six mois de salaire sur l’explosion de cette présumée poudrière : l’Algérie.

Un pays qui a certes vécu moult émeutes, marches et sit-in. Mais les griefs exprimés concernaient la plupart du temps des revendications corporatistes (fonction publique, étudiants, enseignants, personnel soignant, avocats…) ou la cherté de la vie. Pas ou peu de « Bouteflika dégage ! » ou de vibrants appels à plus de démocratie. Mais la remise en question de tout un système, mis en place par la génération qui a mené la lutte pour l’indépendance, qui ne redistribue pas suffisamment ni assez bien, et offre peu de perspectives d’avenir sereines.

Chômage, jeunesse marginalisée, système politique sclérosé voire verrouillé, corruption : les mêmes ingrédients qu’ailleurs, mais pas de séisme… D’autant moins compréhensible de prime abord que d’autres symptômes affectent aussi le patient algérien : une société tiraillée entre une envie de modernité évidente et un conservatisme qui peine à s’estomper, l’existence de nombreux tabous pesant comme un carcan de plomb sur les épaules d’une jeunesse qui suffoque, le parcours du combattant attendant ceux qui cherchent un logement ou désirent créer leur entreprise en respectant les règles labyrinthiques élaborées par l’administration, ou encore l’absence de loisirs accessibles, voire simplement disponibles, pour le commun de la population (concerts, salles de cinéma, librairies et bibliothèques, musées, etc.). Alors pourquoi ?

Plusieurs facteurs expliquent cette relative exception. Le plus rationnel : les Algériens ont déjà « donné ». Peu nombreuses sont les nations arabes qui ont versé un tel écot, pour leur indépendance, d’abord, pour l’équité et la justice, ensuite (Printemps berbère en 1980, révolte kabyle en 2001), pour la démocratie, enfin (octobre 1988). L’épilogue de cette histoire contemporaine où la violence a trop souvent joué les premiers rôles, la décennie noire et ses plus de 150 000 morts, a traumatisé un pays qui, depuis, n’a jamais autant aspiré à la paix.

Autre explication, la personnalité du zaïm. Bouteflika n’est pas Moubarak, Ben Ali, Saleh, Assad ou Kadhafi. Il ne suscite ni haine ni rancœur. Les Algériens le critiquent sur sa méthode des petits pas et ses silences, s’interrogent sur sa capacité, compte tenu de sa santé fragile, à tenir la barre d’un vaisseau qui, s’il est sorti de la tempête, tangue plus que de raison, ou blâment son entourage. Sa légitimité reste cependant intacte. On lui sait gré, entre autres, d’avoir ramené cette paix qui semblait, à l’orée de son pouvoir en 1999, inaccessible.

Le vrai problème, comme au Maroc d’ailleurs, n’est pas « Boutef », ou le roi. C’est la réalité vécue, les logements de fortune, les écoles inaccessibles, les hôpitaux qui ne vous soignent pas ou mal, les injustices quotidiennes, les mille et un tracas qui font que vous avez plus le sentiment de survivre que de vivre, et la conviction que les « chefs » sont loin de tout cela et regardent ailleurs. La majorité, celle qui est loin des salons de la capitale, ne souhaite pas qu’ils « dégagent », elle ne voit d’ailleurs pas qui pourrait prendre leur place. La Constitution, le nombre de mandats, la répartition des pouvoirs ? Bof… Elle veut tout simplement qu’ils « fassent le job ». Et vite…

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