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DossierVous avez dit excentrique ?

05/05/2011 à 17:25
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Screamblacklips, de Nontsikelelo Veleko. Screamblacklips, de Nontsikelelo Veleko. © Nontsikelelo Veleko.

Regardés du coin de l’œil, suspectés de mauvaise influence, parfois raillés, ceux que la bonne société pointe du doigt intriguent. Qu’ils soient eux-mêmes artistes ou qu’ils inspirent ces derniers, ces anticonformistes nous tendent un formidable miroir et nous apprennent la liberté.

Essayez d’imaginer : un homme en kilt dans une rue de Dakar, une femme en minijupe sur un trottoir de Djeddah, un adolescent en costume-cravate dans un collège de Seine-Saint-Denis, en région parisienne. Difficile, n’est-ce pas ? Alors que le premier dans une rue de Glasgow, la deuxième sur un trottoir de Miami et le dernier dans un collège de Neuilly-sur-Seine ne perturberaient en aucun cas le paysage. Obéissant à des règles strictes, la grande majorité des sociétés huile ses rouages avec un onguent aux vertus soporifiques : le conformisme. Habillement, gestuelle, langage, comportement alimentaire, etc., tout est codifié. Pourtant, malgré l’insistance pernicieuse de l’habitude, le poids des tabous, la rigidité des lois, aucune société – même la plus totalitaire – ne peut s’assurer le contrôle de tout ce que le cerveau humain a la capacité d’inventer.

Transgression

Certains dérogent, se signalent, transgressent. Quand ils ne sont pas jetés en prison pour avoir commis des actes que la société réprouve, ils sont regardés du coin de l’œil, discrètement désignés du doigt, parfois raillés et maltraités. « C’est un excentrique ! » dit-on tout bas de celui qui, pas sage, refuse d’entrer dans la case qui lui était assignée. Une manière de le repousser dans les marges, comme pour se protéger d’une mauvaise influence. Parce que, de son propre point de vue, l’« excentrique » ne se sent pas « loin du centre », il est lui-même quand la masse des moutons blancs bêle en chœur qu’il ne devrait pas exhiber ainsi sa laine un peu trop sombre…

Smarteez d’Afrique du Sud, sapeurs congolais, travestis et autres « marginaux » fascinent les écrivains et les photographes africains parce qu’ils apportent de la couleur au gris du quotidien. Quant aux artistes, souvent à l’avant-garde de sociétés claquemurées, ils explorent jusqu’aux extrêmes des territoires qu’une certaine pesanteur morale, sociale ou politique confine dans l’ombre : le sexe, le corps, les relations entre hommes et femmes, l’Histoire, la justice, la violence, la religion… Parce qu’ils osent ce qui ne devrait pas se faire, ils reçoivent comme une marque au fer rouge le label « excentrique ».

Et pourtant : « S’il n’y a pas d’acteurs sociaux qui prennent le risque de flirter avec les marges, il n’y a pas d’évolution de la sensibilité », confie Yacouba Konaté, professeur de philosophie à l’Université de Cocody-Abidjan. Le Nigérian Fela Kuti était peut-être un libertin libertaire et drogué : sa musique a changé l’Afrique. L’Ivoirien Frédéric Bruly Bouabré était peut-être un doux dingue armé de stylos et de crayons, il a tout de même créé un « alphabet bété » lui permettant de retranscrire sa culture. C’est dire si, sans ceux qu’elle considère comme « excentriques », la société ne pourrait se regarder en face. Rendons donc hommage à ceux qui nous ouvrent les yeux !

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