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DossierTerrorisme : objectif Afrique

23/09/2010 à 07:50
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Deux jeunes garçons se recueillent devant le mémorial des attentats du 7 août 1998, à Nairobi. Deux jeunes garçons se recueillent devant le mémorial des attentats du 7 août 1998, à Nairobi. © FINBARR O'REILLY/REUTERS

Neuf ans après les attentats du 11 Septembre, Al-Qaïda, bien qu'affaiblie et éclatée, continue de faire des victimes. En particulier sur le continent, son dernier sanctuaire et son nouveau champ de bataille.

Fondée par Oussama Ben Laden et rendue mondialement célèbre par les attentats du 11 septembre 2001, Al-Qaïda est à l’agonie. La stratégie du djihad planétaire, inaugurée de manière spectaculaire voilà neuf ans exactement, a fait long feu. D’abord, parce que les États menacés, grands et moins grands, ont su rapidement s’adapter à cette nouvelle guerre. Ensuite, parce que l’islam – pouvoirs, théologiens et fidèles confondus – n’a jamais adhéré aux visées hérétiques et barbares de l’aventurier saoudien. Et pourtant, l’organisation n’est pas encore morte.

Malgré cela, Jean-Pierre Filiu, l’auteur des Neuf Vies d’Al-Qaïda (Fayard), qui soutient que l’islam réel lui a porté le coup fatal, n’exclut pas qu’elle puisse avoir une dixième vie. L’organisation Al-Qaïda du « 9/11 » a certes éclaté en plusieurs branches locales ou régionales, lesquelles sont privées de coordination et n’obéissent pas à un cerveau assurant un commandement unique.

Deux cercles

Elle est devenue une marque déposée ou un label libre d’emploi et représente une idéologie simpliste, une sorte de « fast-islam », « prêt-à-croire » qui exalte un âge d’or fantasmagorique et promet le paradis aux damnés de la terre. Avec un mode d’emploi conçu hier en Afghanistan, perfectionné depuis en Irak et utilisé aussi en Afrique : kamikazes et voitures piégées.

Al-Qaïda nouvelle mouture se déploie en deux cercles. D’abord, le noyau dur autour d’Oussama Ben Laden et d’Ayman Zawahiri. Il rassemble 200 affidés dissimulés au Pakistan, probablement dans le Waziristan. Harcelé en permanence par l’armée pakistanaise et les drones américains, Ben Laden doit surtout chercher à sauver sa peau.

Dans un deuxième cercle beaucoup plus diffus, il convient de mentionner d’abord les cellules présentes en Afghanistan et dans le reste du Pakistan. Ici, Al-Qaïda est plus ou moins intégrée aux insurgés talibans et leurs semblables. Son avenir est inséparable de la guerre qui s’y déroule ; son sort est l’affaire des Américains et de leurs alliés. Vient ensuite Al-Qaïda pour la péninsule Arabique (Aqpa), qui opère du côté de l’Arabie saoudite et surtout au Yémen.

Au fil des ans, la monarchie pétrolière, pays natal de Ben Laden, a réussi à endiguer la progression de son idéologie violente à coups de répression et de rééducation religieuse. Chassée d’Arabie, Al-Qaïda s’est repliée au Yémen (la patrie d’origine de la famille Ben Laden), toujours en quête de ce qu’elle avait perdu avec son éviction d’Afghanistan en 2002 : un sanctuaire. Mais Barack Obama n’a pas réédité l’erreur de Bush. Au lieu d’intervenir, comme son prédécesseur en Irak, le nouveau locataire de la Maison Blanche s’est contenté d’apporter une aide substantielle au régime yéménite, à charge pour ce dernier d’en finir avec Al-Qaïda.

Un havre africain

Dans le second cercle, on trouve également Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Il s’agit à l’origine du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), qui s’est constitué à l’ombre de la guerre civile en Algérie dans les années 1990. Ayant pour émir Abdelmalek Droukdel, il a changé son appellation en faisant allégeance à Ben Laden en septembre 2006. En contrepartie, Aqmi devait s’acquitter d’une double mission : étendre son champ d’action à l’ensemble du Maghreb, puis à l’Europe et plus singulièrement à la France.

Les tentatives d’implantation au Maroc et en Tunisie ont été tuées dans l’œuf ainsi que l’exportation du terrorisme de l’autre côté de la Méditerranée. C’est surtout en Mauritanie et au sein de la population touarègue qu’Aqmi a pu s’infiltrer et recruter. Quatre ans après l’acquisition du précieux label Al-Qaïda, elle demeure néanmoins un mouvement dont la matrice est essentiellement algérienne.

Et si Aqmi peut aisément se déployer mais aussi se dissimuler sur de vastes zones désertiques difficilement contrôlables, allant de la Mauritanie au Tchad et du sud de l’Algérie au nord du Nigeria, elle a dû opérer une révision radicale de ses activités et de ses visées. Fini le djihad, bonjour le business. Avec ses alliés dans le voisinage, le mouvement de Ben Laden partage les trafics de tous ordres : cigarettes, drogue, armes, migrants, sans oublier les otages. Problème : si les étendues sahéliennes favorisent sans doute les rapines, elles ne facilitent pas l’établissement d’un sanctuaire, zone qui se doit d’être sécurisée et qui requiert un minimum de stabilité.

Intérêt pour la Somalie

Aussi Al-Qaïda s’intéresse-t-elle aussi – et peut-être davantage – à un autre pays africain : la Somalie. Il ne faut pas oublier qu’elle a fait ses débuts en 1998 dans la région en organisant les attentats simultanés visant les ambassades des États-Unis au Kenya et en Tanzanie. Aujourd’hui, ce sont les Shebab, qui disposent de 2 000 combattants et dominent une partie du territoire somalien, qui sont convoités. Le double attentat de Kampala lors de la finale du Mondial de football, le 11 juillet (76 morts), est l’œuvre de ces milices, qui se réclament d’Al-Qaïda sans pour le moment avoir été adoubées.

Le Somalien qui a tenté d’assassiner en janvier dernier Kurt Westergaard, le dessinateur danois auteur des caricatures du Prophète, passe pour être proche des milices somaliennes. Que la Somalie soit donc l’objet d’une surveillance permanente de la part de ses voisins et des Occidentaux n’est pas pour surprendre. C’est d’ailleurs un missile américain qui a tué en 2008 le chef des Shebab.

Outre ces périls extrêmes localisés dans le Sahel et la Corne de l’Afrique, on craint la contamination liée au développement du fondamentalisme au Sénégal, au Mali ou encore au Nigeria et au Niger. Un patron du renseignement en France appréhende à ce propos les « mauvaises surprises ». Le traitement de ce phénomène qui a des connotations sociales et politiques sera crucial.

Le Maghreb a accumulé en la matière une très riche expérience. Une méthode consiste à gracier des prisonniers islamistes mais non terroristes, comme en Mauritanie le 8 septembre. On sait donc ce qu’il faut faire et ce qu’il faut éviter à tout prix. Attention surtout à ne pas confondre islam et islamisme, islamisme et djihadisme. Ce qui risquerait de faire le jeu d’Al-Qaïda et de retarder sa disparition.

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