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DossierTélécoms

29/07/2010 à 10:25
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En Afrique du Sud, la société Wizzit propose le transfert d'argent par téléphone portable. En Afrique du Sud, la société Wizzit propose le transfert d'argent par téléphone portable. © STR NEW/Reuters

Face à la guerre des prix et à l’essoufflement du marché, les compagnies doivent diversifier leurs sources de revenus. Services de paiement et internet pourraient être les nouveaux eldorados des opérateurs de téléphonie mobile.

L’équation est simple. La concurrence, toujours plus rude, pousse les prix de la téléphonie mobile toujours plus bas. Conséquence : le maintien du haut niveau de rentabilité des opérateurs africains dépend désormais – entre autres – de leur capacité à diversifier leurs sources de revenus. D’autant que certains marchés commencent à saturer et à voir leur croissance ralentir. Au Sénégal, par exemple, un ménage possède déjà, en moyenne, trois puces téléphoniques.

Publié fin mai, le bilan annuel de Safaricom livre un bon exemple des bénéfices à attendre d’une stratégie élargie à de nouveaux services. L’opérateur kényan est considéré dans le secteur comme un champion de l’innovation et, pour lui, les mauvais chiffres de l’année précédente sont déjà oubliés. Son résultat d’exploitation est de nouveau en hausse (+ 3,9 %, contre – 0,3 %) et la tendance à la baisse du revenu par utilisateur a été contenue (– 3,4 %, contre – 22,9 %). Et, pour la première fois, Safaricom révèle ce que lui rapportent les services qu’il développe en plus de la « voix ».

Chantier du paiement mobile

La solution de paiement mobile M-Pesa (M pour « mobile », Pesa pour « argent », en swahili), avec près de 9,5 millions d’utilisateurs en mars 2010 – contre un peu plus de 6 millions en mars 2009 et environ 2 millions l’exercice précédent –, représente désormais 9 % du revenu de l’opérateur et connaît un taux de croissance annuelle de plus de 158 %. Les offres « data » (internet et transfert de données) sont adoptées par 2,6 millions d’usagers, contre moins de 1,5 million en mars 2009 et moins de 1 million en mars 2008. Avec une croissance de 97,7 %, elles contribuent désormais pour 3,6 % aux bénéfices de Safaricom. Lequel rappelle que, si le taux de pénétration du mobile est de 50 % au Kenya, il n’est que de 10 % pour internet : la marge de progression pour les prochaines années est prometteuse.

Les autres opérateurs de téléphonie mobile du continent se sont-ils préparés à ce type d’infléchissement de leur modèle économique ? Ils n’ont en tout cas pas attendu que Safaricom lève le grand secret sur ce que lui rapporte M-Pesa pour s’engager résolument dans le chantier du paiement mobile. Orange a ainsi lancé son produit Orange Money en Côte d’Ivoire en décembre 2008, avant de l’implanter en janvier dernier au Mali, en avril au Sénégal et en mai à Madagascar. Dans les prochains mois, le produit sera lancé au Niger et au Kenya, sur les terres de Safaricom…

Le produit MobileMoney de MTN est quant à lui présent en Afrique du Sud depuis 2005 – où il s’est développé au point d’avoir une excroissance mobile banking, en partenariat avec Standard Bank, qui comprend une carte permettant de retirer du liquide –, mais aussi en Côte d’Ivoire, au Ghana, en Ouganda, au Rwanda. Enfin, le produit Zap du groupe Zain (racheté par l’indien Bharti Airtel) est disponible au Malawi, au Niger, au Ghana, en Sierra Leone, au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda.

Le développement de ce type de services peut toutefois être entravé par un certain nombre de facteurs. Notamment la réglementation. Ainsi, au Cameroun, MTN n’a toujours pas obtenu la licence lui permettant de mettre en place un service de paiement mobile. L’opérateur sud-africain a dû se contenter d’un effet d’annonce sur un futur service en partenariat avec l’entreprise locale Mobile Money Corporation qui dispose, elle, d’une licence. Un service « bridé » dénommé « cash to cash », qui permet tout juste, à partir de son téléphone, d’envoyer et de recevoir de l’argent dans toutes les agences de MTN Cameroun et qui n’a rien de plus que ceux de spécialistes du transfert d’argent bien installés, comme le leader Express Union.

L’absence d’interopérabilité, un frein à la vente

La question de la rapidité du déploiement du réseau – les différents guichets où l’on peut faire des dépôts ou des retraits – se pose également. Orange a ainsi choisi un partenariat exclusif avec les différentes filiales du français BNP-Paribas. MTN Ghana a mis en place son service avec un pool de neuf banques, tandis que MTN Côte d’Ivoire, qui est dans la même logique de multipartenariat, n’a encore signé qu’avec la Société générale de banques en Côte d’Ivoire et Ecobank. Pendant ce temps, la Poste de Côte d’Ivoire propose un produit de transfert d’argent basé sur le réseau GSM de l’opérateur Moov, avec un maillage du territoire autrement plus riche…

Pour développer un service de paiement mobile, il faut de nombreux points de vente. Les sociétés de fourniture d’eau et d’électricité, très présentes sur le terrain, pourraient jouer ce rôle mais elles resteront probablement en marge si les opérateurs ne s’accordent pas pour simplifier le système. En Côte d’Ivoire par exemple, l’absence d’interopérabilité (la possibilité pour un client d’un réseau de transférer de l’argent à un usager d’une marque concurrente) est un des freins à leur entrée dans le réseau de distribution. Reste que, dans ce pays qui compte pas moins de cinq marques de téléphonie mobile, et donc potentiellement cinq solutions de paiement mobile, MTN prend de l’avance : en multipliant les campagnes de proximité, il recrute des inscrits à un rythme plus rapide que son rival Orange – environ 350 000 (9 % des abonnés) contre 200 000 (5 % des abonnés).

Les opérateurs fourbissent également leurs armes pour s’affronter sur le terrain de l’internet. En ligne de mire, la « convergence », qui permet à une compagnie d’occuper à la fois les créneaux du fixe, du mobile et de l’internet – c’est l’offre multiplay. Pour y parvenir, les entreprises du secteur ne lésinent pas sur les investissements. L’opérateur nigérian Glo investit ainsi dans un réseau de fibre optique, tout comme un consortium de compagnies sud-africaines dénommé Wacs (West Africa Cable System) dont MTN, Telkom et Vodacom font partie. Le groupe France Télécom a quant à lui pris la tête du consortium qui doit investir dans la mise en place du câble sous-marin à fibre optique Africa Coast to Europe (ACE).

Cap sur les dernières technologies

De manière plus générale, l’heure est à la mise à niveau des équipements chez les opérateurs, afin qu’ils puissent supporter de nouvelles technologies mobiles comme la 3G. Le Maroc et le Kenya y sont déjà passés, et la Côte d’Ivoire se prépare à attribuer des licences spécifiques. Les initiatives se multiplient dans le segment de l’internet mobile avec des clés de connexion utilisant les technologies de deuxième génération (GPRS et Edge) ou la norme Wimax, plus sophistiquée.

À quel rythme ira la montée en puissance des services offrant une alternative à la voix ? Selon un consultant ouest-africain, « il faut déjà que les cadres chargés de négocier ce virage arrêtent de se concentrer sur la seule vente de crédit téléphonique et comprennent les nouveaux enjeux et les nouveaux produits à forte valeur ajoutée. Il faut qu’ils commencent par bien exploiter leurs bases de données pour connaître les profils de leurs différents clients, afin de cibler au plus près leurs besoins ».

 

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