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DossierJet-set : le Maghreb bling-bling

14/07/2010 à 16:16
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Piscine, feux d'artifice et jolies filles, la jet-set se retrouve dans des fêtes fantasques. Piscine, feux d'artifice et jolies filles, la jet-set se retrouve dans des fêtes fantasques. © Ons Abid pour J.A.

En 1969, l’immense couturier Yves Saint Laurent pose en gandoura blanche dans les jardins de sa maison, la Villa Oasis, à Marrakech. Comme Brigitte Bardot, quelques années plus tôt, a lancé la vogue de Saint-Tropez, le couturier français fait découvrir les charmes orientaux à la jet-set internationale. Dès les années 1970, Marrakech devient un passage obligé des riches oisifs au même titre que Gstaad, Saint-Barth ou Ibiza.

Ces dix dernières années, le phénomène s’est accéléré. Si bien qu’aujourd’hui la liste des propriétaires de maisons parle d’elle-même : Naomi Campbell, Jean-Paul Gaultier, Bernard Henri-Lévy, les Agnelli (Fiat), les héritiers Hermès… Dans les boîtes de nuit, on peut croiser les acteurs Laurence Fishburne et Diane Kruger. Ou se retrouver par hasard à l’une des fêtes surréalistes du milliardaire britannique Richard Branson (Virgin). Ce qui a fait écrire à un éditorialiste mondain américain, lors de son voyage : « La seule chose qui m’a empêché de croire que j’étais à Los Angeles, c’était les musiciens traditionnels avec leurs tarbouches et leurs tambourins. »

« Marrakech est devenu un terrain de jeu pour la jet-set. On lui passe tous ses caprices et on sait très bien que derrière les murs des maisons se passent des choses plus que répréhensibles », confie Rachid, fils d’un grand industriel et habitué des soirées privées. Drogue, prostitution, dépenses indécentes… C’est aussi le lieu de toutes les folies.

Poker, golf et yatchs

Fin 2009, le fils d’un dirigeant africain a été surnommé « le nabab de Marrakech » après avoir organisé une soirée démesurée, facturée en millions de dirhams (centaines de milliers d’euros). 80 mannequins avaient été invités, une partie du buffet, composé de homard et de caviar, avait été amenée par avion. Quelques mois auparavant, un milliardaire russe dépensait près de 90 000 euros en une journée, à Dakhla, au Sahara occidental. Accompagné d’un équipage de 30 personnes, il a loué un hôtel entier, fait du shopping dans la région et, surtout, s’est vu octroyer une autorisation pour pêcher à sa guise en face des côtes.

Pour répondre aux besoins de ce public très particulier, des infrastructures dignes des villes les plus hype du monde commencent à voir le jour. Des boîtes comme le Pacha (déjà présent à Ibiza), le Nikki Beach (créé à Saint-Tropez), le White Room ou encore La Plage rouge offrent un service à la hauteur de cette clientèle huppée. Pour sa première implantation à l’étranger, le groupe hôtelier de luxe Barrière a d’ailleurs choisi Marrakech. Tournoi de poker, rallye Ferrari, compétitions de golf, festival international de cinéma, jets privés, yachts, virées dans le désert arrosées au champagne… Tous les services de luxe sont désormais disponibles au Maroc.

Prototype du jet-setteur marocain

« La proximité avec l’Europe, la douceur du climat, la sécurité mais surtout la qualité de vie sont les principaux atouts de Marrakech », explique Jawad Kadiri. Teint hâlé toute l’année, affable et polyglotte, ce businessman est le type même du jet-setteur marocain. Car dans cette caste privilégiée, quelques locaux se mêlent aux personnalités étrangères. « La jet-set internationale ne se serait pas autant éprise du Maroc sans un certain nombre de Marocains ambassadeurs de leur pays, continue Jawad. Artistes, hommes d’affaires, aristocrates ont contribué à écrire la légende de Marrakech. Ils ont ouvert leurs maisons et fait découvrir l’art de vivre. »

De fait, les jet-setteurs ne sont pas toujours ceux que l’on croit. « Il y a beaucoup de fantasmes sur Marrakech. D’ailleurs, c’est pour cela que je n’aime pas le mot jet-set, qui fait tout de suite référence à l’argent et au superficiel, regrette Jawad. Le cœur de la jet-set au Maroc est surtout hédoniste et amoureux du way of life marocain. Ce sont des gens qui fuient la médiatisation. » « Il ne faut pas céder aux clichés, confirme le journaliste et chroniqueur mondain Simo Benbachir. Ceux qui se pavanent en belles voitures et étalent leur richesse dans les boîtes à la mode ne font pas forcément partie de la jet-set marocaine, dont le maître mot est discrétion. » 

Un monde parallèle

Pour pénétrer dans ce monde secret où l’on cultive l’entre-soi, nul besoin d’avoir une fortune colossale. « Il faut surtout du raffinement, un certain sens de l’humour et le goût de la discrétion, précise Jawad. Les jet-setteurs marocains sont en général issus des grandes familles du pays, fortunées ou non. Ils ont voyagé, fréquenté les meilleures écoles et parlent plusieurs langues. Ce sont aussi pour une bonne part des artistes qui ont pu se constituer des réseaux à travers le monde. » Dandys, rentiers ou businessmen, ils vivent dans un monde parallèle au Maroc du citoyen lambda. Un monde de profusion et de luxe où l’argent n’est pas un problème, où tous les tabous sont tombés, où l’homosexualité, le divorce sont monnaie courante. Souvent proches des milieux d’affaires ou même du Palais, les jet-setteurs marocains n’entendent pas faire parler d’eux.

La monarchie, justement, joue-t-elle un rôle dans l’attrait qu’exerce le Maroc sur la jet-set ? « Les Alaouites ne sont pas les Grimaldi ou la famille royale britannique. Mais il est évident qu’ils ont des réseaux et qu’ils fréquentent les grandes personnalités de ce monde », explique Rachid. « La monarchie fait rêver et ajoute à la magie du Maroc », renchérit Jawad. Si la famille royale marocaine cultive la discrétion, ses membres n’en font pas moins partie du gotha. Les photos de la femme du roi, Lalla Salma, se retrouvent régulièrement dans les pages de Gala et contribuent à donner du Maroc une image de modernité et d’ouverture. Le roi et sa cour sont par ailleurs des habitués des lieux les plus en vue de la planète, des pistes de Courchevel aux palaces new-yorkais. Quant à Moulay Rachid, féru de cinéma, il invite chaque année à Marrakech les plus grandes stars.

Cette vogue marocaine n’est pas près de s’arrêter. Malgré la crise, l’hôtellerie et l’immobilier de luxe continuent de croître dans la Ville ocre. Et d’autres destinations, dont Casablanca ou Tanger, moins galvaudées et très appréciées par le roi, commencent à attirer ceux dont la fête est la principale occupation. Sur les rives du détroit de Gibraltar, des palaces baroques aménagés par des grands noms de la décoration et du design ont fait leur apparition. Et l’on murmure déjà que des fêtes somptueuses devraient rythmer l’été…

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