DossierLe temps des femmes

21/04/2010 à 11h:16 Par Pascal Airault
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Marie-Andrée Tall. Marie-Andrée Tall. © Erick Ahounou pour J.A

Portrait de la fondatrice de Fruitales et présidente de l’Association Afrique Agro Export (Aafex). Sénégalaise, 55 ans.

C’est un sujet de composition que Marie-Andrée Tall aurait pu donner à ses élèves à la fin des années 1980. Professeure de philosophie au lycée Kennedy, à Dakar, la jeune femme ne pensait pas alors diriger un jour une industrie. Trente ans plus tard, à 55 ans, elle est la patronne d’une société de transformation, Fruitales, et préside l’Association Afrique Agro Export (Aafex), qui rassemble 106 PME et PMI de 16 pays africains, pour un budget de fonctionnement annuel de 538 millions de F CFA en 2010.

« À l’époque, je suis retournée sur les bancs de l’école pour étudier la gestion afin de monter une école privée, s’amuse-t-elle. Mais mon projet n’a pas abouti puisque j’ai été recrutée par une conserverie de poisson. » Une première expérience de management de deux ans, que la mère de famille abandonne en 1992 pour suivre son mari, nommé au Burkina par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Cinq ans plus tard, les Pêcheries frigorifiques du Sénégal lui offrent un poste qui ne se refuse pas : directeur général adjoint. La famille rentre au pays. Durant sept ans, elle va gérer une entreprise de 1 000 personnes, qui réalise un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros. Elle parvient à s’imposer aussi bien auprès de la main-d’œuvre féminine de l’usine que parmi les pêcheurs.

« Pédagogue et toujours souriante, elle est dotée d’un véritable charisme, explique son amie Caroline Thulliez, responsable Afrique de l’Association pour le développement des échanges internationaux de produits et techniques agroalimentaires (Adepta). Elle est surtout très déterminée. » Elle sait aussi rebondir. La crise dans la filière thon entraîne la fermeture des Pêcheries en 2005. Dans les mois qui suivent, la patronne lance Fruitales, qui confectionne des produits exotiques (purée de piment, confiture de papaye, mangue, bissap…), vendus à 75 % en Europe et à 25 % sur le marché local. « L’agroalimentaire est un métier de femmes, mais peu travaillent dans le secteur formel. Pourtant, nous avons toutes les qualités pour y réussir : le savoir-faire, la combativité, le goût pour la transparence et la bonne gestion. Généralement, celles qui percent ont fait des études et su faire accepter leur succès à leur époux », ajoute la présidente de l’Aafex, mère de trois enfants et dont le mari poursuit, lui aussi, une belle carrière. 

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