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DossierSénégal, la leçon de Dakar

31/03/2010 à 11:30
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Le monument de la Renaissance africaine, à Dakar, sera inauguré le 3 avril. Le monument de la Renaissance africaine, à Dakar, sera inauguré le 3 avril. © AFP

Depuis l’indépendance du Sénégal, le 4 avril 1960, les présidents Senghor, Diouf et Wade ont su construire un État et mener un véritable projet pour leur pays. Les styles et la conception du pouvoir diffèrent, le bilan économique est mitigé, mais tous trois ont préservé l’essentiel : la paix, la stabilité et la démocratie.

Cela peut se voir avec un regard d’Occidental : remake Stalino-nègre en bronze, copie tropicalisée de « L’Ouvrier et la Kolkhozienne », cet archétype du réalisme socialiste qui régnait il y a un demi-siècle sur le monde soviétisé, de Berlin-Est à Pyongyang. Cela peut s’admirer aussi avec les lunettes 3D de celui qui l’a voulu, dessiné et conçu, pas peu fier d’offrir à son pays pour le cinquantenaire de son indépendance cette allégorie d’une Afrique « sortant des entrailles de la terre », libérée des chaînes de « l’obscurantisme » (et du discours de Dakar), symbole monumental conçu pour durer 1 200 ans face aux houles atlantiques du non-retour, résolument tourné vers le Nord-Ouest, l’Amérique et la mondialisation. Le 3 avril, veille du jour où le Sénégal célébrera l’anniversaire de son entrée dans la communauté des nations, Abdoulaye Wade inaugurera cet incroyable monument de la Renaissance dont on ne sait encore s’il sera considéré dans cinquante ans par les Africains comme la folie d’un chef ou comme l’œuvre d’un visionnaire.

Étrange démesure dans un pays où tout ou presque, depuis 1960, est acté sous le signe de la mesure. Pas un seul coup d’État – une singularité en Afrique de l’Ouest –, une liberté d’expression pionnière, une alternance exemplaire, une élite et un rayonnement uniques en Afrique francophone et dans les organisations internationales, une stabilité politique à l’épreuve des tensions sociales, un multipartisme jamais remis en question depuis plus de trente ans, un équilibre et une maturité en somme qui ont jusqu’ici voué à l’échec les pulsions autoritaires auxquelles, régulièrement, les régimes en place ont été tentés de sacrifier. Certes, le clientélisme n’a jamais cessé de demeurer au Sénégal le mode de construction politique privilégié, et le bilan économique global d’un demi-siècle d’indépendance est très loin d’être à la hauteur de son bilan démocratique.

Mais si ce pays a su intégrer le meilleur de son héritage colonial et préserver la paix civile, au point d’apparaître comme le plus ouvert, le plus accessible et le plus profondément mondialisé – au sens positif de ce dernier critère – parmi les ex-possessions de l’« empire » français, c’est aussi et avant tout à trois hommes qu’il le doit. Léopold Sédar Senghor le fondateur, Abdou Diouf le grand commis et Abdoulaye Wade l’opposant. Trois présidents, trois modèles politiques, trois conceptions, trois exercices, trois facettes également sénégalaises du pouvoir personnel – intellectuel, technocrate et populiste. Trois hommes d’État qui chacun à sa manière se sont fait une certaine idée du Sénégal, sans jamais céder au vertige de la dictature. Vaille que vaille, la leçon de Dakar mérite toujours d’être entendue, et ce n’est pas une statue, aussi controversée soit-elle, qui empêchera les Africains d’en être fiers. 

 

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