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DossierNiger, cinquantenaire d'une démocratie kaki

01/03/2010 à 14:24
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Goukoye Abdul Karim lit le premier communiqué du CSRD, le 18 février 2010 Goukoye Abdul Karim lit le premier communiqué du CSRD, le 18 février 2010 © Reuters

Tour à tour et tout au long de l’année 2010, J.A. fera pour vous le bilan d’un demi-siècle d’indépendance des quinze pays francophones qui commémorent cette année leur libération du joug colonial. Une série en quinze chapitres inaugurée – hasard de la programmation – par le Niger, plus que jamais au cœur de l’actualité continentale. Plus saharien que sahélien, ce pays en est à son quatrième coup d’État sous la houlette de militaires qui semblent s’être fait une spécialité de « sauver la République ». Résultat : un pays policé, riche des promesses de son uranium, dont la population a quintuplé, mais qui peine terriblement à sortir de son sous-développement économique et à combler son déficit de gouvernance démocratique.

À force de jouer avec le feu, Mamadou Tandja, le président déchu du Niger, a fini par se brûler les ailes. Il a réussi l’exploit de s’aliéner la sympathie de tous et de pousser l’armée à reprendre le pouvoir. Une fois de plus. Qu’avait-il à organiser, envers et contre tous, ce référendum constitutionnel de tous les malheurs du 4 août 2009 ? Se croyant plus malin que tout le monde, il avait prolongé son mandat de trois ans, pour, expliquait-il, répondre à la volonté du peuple. Et tout broyé sur son passage : la Cour constitutionnelle, l’Assemblée nationale, avant d’instaurer sa VIe République. Une situation digne d’un roman de Gabriel García Márquez ou de Sony Labou Tansi. Brutale est la chute.

Unité nationale

Pourtant, en cinquante ans, comparé à ses voisins ou à d’autres pays du continent, le Niger fait presque figure d’État sage. Bien sûr, il a connu des crises, surtout dans les années 1990, qui ont, par exemple, conduit à l’assassinat – d’aucuns diront au crime consensuel ou au sacrifice politique – du général Ibrahim Baré Maïnassara, chef de l’État, en 1999. Mais les crises n’ont jamais atteint l’ampleur de celles traversées par son puissant voisin, le Nigeria, même en mettant dans la balance les deux révoltes des Touaregs en 1990 et 2007. En cinq décennies, le Niger n’a connu « que » quatre coups d’État : en 1974, Seyni Kountché renverse Hamani Diori ; Ibrahim Baré Maïnassara chasse Mahamane Ousmane (démocratiquement élu en 1993) du pouvoir en 1996, avant d’être à son tour renversé et assassiné au cours d’un putsch organisé, avec de nombreuses ramifications, par Daouda Mallam Wanké, en 1999. Celui du 18 février étant le dernier. Mais le Niger est surtout l’un des rares pays du continent où un Premier ministre tombe, le plus démocratiquement du monde, à la suite d’une motion de censure. Ce fut le cas en 2007 avec Hama Amadou. L’histoire s’est finalement écrite en pointillé, avec des turbulences, des ruptures, des bégaiements, des avancées, des récurrences, des reculs… Parfois, le pays a titubé, tangué, tel un bateau ivre à la recherche de son équilibre. Mais l’unité nationale a été préservée.

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Militaires et acteurs politiques

Le Niger, c’est l’histoire des hommes qui l’ont marqué. C’est Hamani Diori, humble instituteur devenu le père de l’indépendance, renversé en 1974 par le premier coup d’État militaire du pays. C’est Djibo Bakary, hors jeu depuis son choix du « non » en 1958 et qui tente un retour manqué par les armes en 1964. Mais c’est aussi l’intrusion de l’armée dans la vie politique nationale depuis 1974 et qui a fait des militaires non pas des grands muets, mais des acteurs politiques comme les autres. Le Niger, c’est également la Conférence nationale de 1991, qui instaure la démocratie.

En 1960, le pays n’était pas, loin s’en faut, la mieux lotie des anciennes colonies françaises. La grande majorité de la population vit de l’agriculture. Mais le territoire est prisonnier de son désert. Et il dépend des humeurs de sa pluviométrie, qui rythme les campagnes agricoles. Quand aucune goutte ne tombe du ciel, la famine sévit. À moins qu’elle ne soit le fait des criquets migrateurs. C’est arrivé en 2001 et en 2005. Lorsqu’on demande à un Nigérien qui avait 12 ans en 1960 où en est son pays, la réponse est claire : « La pauvreté s’est accentuée. Le pays n’a pas assez de ressources, et il n’y a pas grand-chose au niveau des infrastructures de base. » Dans le classement sur le développement humain, il occupe la queue du peloton, et sa dépendance à l’aide extérieure s’est accrue.

Pourtant, le Niger est le quatrième producteur mondial d’uranium. Ses mines sont parmi les plus productives depuis les années 1960 et, dans la décennie suivante, les recettes liées au précieux métal se sont nettement accrues. Comment alors expliquer l’extrême pauvreté des Nigériens pendant que leur pays produit un minerai stratégique ? S’agit-il d’une « malédiction », comme certains le disent pour les pays pétroliers ? Il est indéniable que les Nigériens, en cinquante ans, n’ont pas réellement bénéficié de leur uranium. Pendant des décennies, c’est la France qui détenait le monopole de l’exploitation et de l’exportation de ce produit. Et c’est elle qui en achetait les deux tiers. Le Niger n’avait aucun droit de regard sur les opérations, les sociétés françaises le payant à partir de leurs propres calculs, qui aboutissaient à des prix sous-évalués. La question de leur revalorisation a longtemps été au cœur de tensions entre Paris et Niamey. C’est ce qui aurait coûté son fauteuil à Hamani Diori en 1974.

Mais la situation internationale a changé. La France a perdu son monopole depuis l’arrivée sur le terrain d’autres acteurs, dont la Chine. L’ex-président Tandja avait arraché, en 2008, un accord plus avantageux au français Areva. Un pas de plus vers l’indépendance ? Un espoir de progrès pour tous ? Peut-être. Mais à condition de ne pas attendre encore cinquante ans pour mettre à profit cette manne, même si le développement de ce pays vaste et aride est un parcours parsemé d’obstacles.

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Seyni Kountché

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