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DossierAssurances, l'heure des comptes

16/02/2010 à 12:45
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Les groupes internationaux doivent faire face à la concurrence de géants africains Les groupes internationaux doivent faire face à la concurrence de géants africains © AFP

Des centaines de compagnies d’assurances faiblement capitalisées se partagent un marché très étroit. L’obligation de porter leur capital à 1 milliard de F CFA au 1er avril devrait accélérer la concentration.

La 34e assemblée générale de la Fanaf, qui se tient du 7 au 11 février à Kinshasa, aurait pu être celle des mines réjouies. L’assurance africaine, en effet, se porte bien. Selon le dernier rapport de la Fanaf (1), l’activité a crû de 4,9 % en 2008. L’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Égypte, le Maroc dominent évidemment le tableau, mais le potentiel de développement existe un peu partout, l’assurance ne représentant que 3,6 % du PIB africain, contre de 7 % à 7,5 % en Europe ou aux États-Unis.

Si la période semble plutôt porteuse sur le continent, le secteur mondial des assurances reste encore sous le choc. La crise financière internationale, qui a sérieusement ébranlé les banques, a aussi affecté ce secteur. Qui a oublié que l’un des tout premiers assureurs mondiaux, l’américain AIG, a été sauvé de justesse d’une faillite retentissante ? Les compagnies africaines ont certes été épargnées, mais les professionnels du continent savent qu’un chantier encore plus immense les attend : la modernisation du secteur.

Le continent compte plusieurs centaines de sociétés d’assurances, plus ou moins sérieuses, qui se disputent un marché extrêmement étroit : la Fanaf compte tout de même 128 membres, alors que la plupart des compagnies d’Afrique du Sud, d’Égypte et du Nigeria n’en font pas partie… Un trop-plein que certaines aimeraient bien voir se vider pour assainir le marché, pour le professionnaliser et développer des groupes solides.

Plusieurs sociétés semblent désormais avoir compris l’intérêt d’une concentration. Parmi elles l’une des plus dynamiques de Côte d’Ivoire, La Loyale, et la camerounaise Activa. En 2007, sous l’impulsion du second mais avec le rapide soutien du premier, les deux assureurs ont mis sur pied Globus, un réseau panafricain regroupant des sociétés dans 28 pays, francophones, anglophones, lusophones, de l’Algérie à la Tanzanie. L’idée ? Développer un réseau d’assurances panafricain multilingue capable de répondre aux besoins de certains clients, notamment des groupes internationaux. Avec un avantage certain : pouvoir offrir un service global tout en restant des acteurs locaux. Mais l’inconvénient principal tient à l’absence d’intégration entre les partenaires et donc, incidemment, à l’absence de mutualisation financière. Un problème que ne devraient pas a priori connaître les quelques acteurs panafricains en plein développement.

Le géant allemand Allianz, après avoir repris les filiales africaines d’AGF via l’acquisition de ce dernier, a ressuscité la politique offensive du français dans la zone, sous la marque Allianz Africa. Depuis son installation récente au Ghana, Allianz est présent dans dix pays. Il concurrence directement l’autre poids lourd international dans la région, le français AXA, leader de l’assurance dommages. Force des réseaux oblige, ce dernier est historiquement associé au groupe Sunu, créé par un ancien manager d’Axa, Pathé Dione. À Sunu l’assurance vie, et à Axa l’assurance dommages…

« Ces grands groupes vont à terme se désengager de l’Afrique, car le rapport coût-marge est faible, prédit Raoul Moloko, directeur général adjoint du groupe Colina. Les groupes locaux prendront leur place. » Les trois principaux, Sunu, NSIA et Colina ne cachent en effet pas leur vocation panafricaine et la justifient par de nombreux arguments : économies d’échelle, synergie managériale et des produits, centralisation d’un certain nombre de ressources comme l’informatique… En 2009, NSIA et Colina ont poursuivi leur stratégie de développement régional. Le premier s’est ainsi installé en Guinée. Colina a choisi le Ghana, en prenant une participation majoritaire dans Beacon Insurance, à la fois dans l’assurance vie et dans l’assurance dommages. En revanche, Sunu est resté à la traîne. « Le groupe a concentré ses efforts sur la recapitalisation des anciennes filiales pour se conformer au nouveau capital minimum, explique Joël Amoussou, responsable administration générale et finances de Sunu. Mais nous envisageons de la croissance externe en 2010. »

Rapprochements

En avril prochain, l’augmentation du capital requis (à 1 milliard de F CFA, soit 1,53 million d’euros) pour exercer en zone Cima2 est une première étape très attendue dans ce processus de consolidation. Déjà, Colina est entré il y a peu au capital de GAB, une petite société béninoise d’assurance dommages, dont les actionnaires ne parvenaient pas à réunir les fonds nécessaires à l’augmentation du capital. « Il y a un certain nombre de compagnies qui ne pourront satisfaire au capital minimum requis, souligne Raoul Moloko. Plusieurs sociétés nous ont déjà sollicités en vue d’un rapprochement. » Fort logiquement, les principaux groupes ou réseaux africains devraient en profiter.

Les bancassurances fragilisées

Le développement de la bancassurance pourrait également jouer son rôle, en permettant aux assureurs de trouver de nouveaux débouchés en matière de distribution. NSIA semble être le premier à avoir fait ce pari en intégrant dans son groupe une banque ivoirienne, la BIAO-CI. Par ailleurs, le groupe compte à son capital le fonds d’investissement Emerging Capital Partners (ECP), qui contrôle également le réseau bancaire Financial Bank…

Colina mise aussi sur ce canal de distribution. En 2009, il s’est allié avec le groupe bancaire panafricain Bank of Africa (BOA), déjà présent à son capital. Les agences de la banque ont désormais vocation à vendre les produits d’assurance de Colina. Tandis que celui-ci entend s’implanter dans les pays où est présent Bank of Africa, notamment en Afrique de l’Est (Kenya) et dans l’océan Indien. Le choix de BOA peut paraître étonnant : le marocain BMCE, son actionnaire principal, contrôle également l’un des premiers assureurs du Maroc, RMA Wataniya, qu’il aurait pu tenter d’amener avec lui dans son aventure panafricaine. Mais ni lui ni Attijariwafa Bank, qui possède les mêmes atouts (une importante filiale d’assurances, Wafa Assurance, et une implantation dans sept pays africains) n’ont fait ce choix.

« Ces compagnies d’assurances, tout comme celles du Nigeria ou d’Afrique du Sud, ont suffisamment à faire chez elles avant de regarder ailleurs », souligne un spécialiste du secteur. Peut-être le modèle de la bancassurance a-t-il aussi pris du plomb dans l’aile ? Citant les cas du néerlandais ING ou d’autres ex-bancassurances européennes comme Fortis ou Royal Bank of Scotland, le cabinet tunisien Atlas Conseil estime ainsi que « la confusion des genres a failli être fatale aux assureurs, dont l’activité obéit à une logique différente de celle des banquiers, la spéculation et la recherche des profits à court terme étant incompatibles avec la fonction assurance orientée uniquement vers le moyen et le long terme ».

Un agrément unique en zone Cima

Pourtant, estiment bon nombre d’acteurs, la concentration du marché des assurances est inévitable. « Les petites sociétés ne sont pas rentables, affirme l’un d’entre eux. Elles ont des coûts fixes qui peuvent représenter plus de la moitié de leurs revenus et elles ont du mal à négocier les niveaux de commission payés aux intermédiaires. »

De surcroît, comment imaginer que, demain, des produits d’assurance du type fonds de pension puissent être distribués par des sociétés disposant d’à peine 2 millions d’euros de capital. « Les marchés de l’assurance de l’espace Cima sont très concurrentiels, regrette Joël Amoussou. Seule l’autorité de tutelle peut expliquer le pourquoi du nombre d’acteurs lorsque l’on sait que nombre d’entre eux ne sont pas des professionnels. » Du côté de Colina, Raoul Moloko ajoute : « Cela soulève la question de l’agrément unique en zone Cima. L’existence d’un tel agrément serait une bonne chose, car en l’état actuel, il faut immobilier au moins 1 milliard de F CFA de capital dans chaque pays de la zone où vous souhaitez vous implanter. »

Au final, l’un de ces assureurs africains deviendra-t-il l’équivalent dans le secteur de l’assurance du groupe Ecobank (réseau bancaire africain présent dans 27 pays d’Afrique de l’Ouest, d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Est) ? Sunu n’a pas constitué d’alliances capitalistiques fortes ; Colina non plus, même s’il a lancé avec succès un emprunt obligataire et s’il envisage de faire coter sa filiale ivoirienne à la Bourse régionale d’Abidjan. En revanche, NSIA a levé 35 millions d’euros auprès d’ECP. 

 1. Fédération des sociétés d'assurances de droit national africaines. Pays membres : Afrique du Sud, Algérie, Bénin, Burkina, Burundi, Cameroun, Congo-Brazzaville, Côte d'Ivoire, Gabon, Ghana, Guinée-Conakry, Kenya, Madagascar, Mali, Maroc, Mauritanie, Niger, Nigeria, République centrafricaine, RD Congo, Rwanda, Sénégal, Tchad, Togo, Tunisie.

2. Conférence interafricaine des marchés de l'assurance. Pays membres : Bénin, Burkina, Cameroun, Congo-Brazzaville, Côte d'Ivoire, Gabon, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Mali, Niger, République centrafricaine, Sénégal, Tchad, Togo.

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