DossierTunisie, du bon usage de la modernité

23/10/2009 à 07h:20 Par Fawzia Zouari
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Mausolée Bourguiba à Monastir Mausolée Bourguiba à Monastir © DR

L’école d’exégèse à la tunisienne est très développée et s’efforce d’adapter la charia au monde contemporain.

Le lancement de la radio religieuse Zitouna, en 2007, avait suscité la polémique. La nouvelle station était perçue comme une concession au conservatisme et un recul dans un pays symbole de la laïcité en terre d’islam. Mais les fondateurs de cette antenne avaient rétorqué que leur objectif était de préserver la Tunisie du fondamentalisme relayé par les prêches salafistes des chaînes du Golfe et de donner à « consommer » un islam tunisien, « tolérant et ouvert au monde ». De fait, la Tunisie a toujours fait montre d’un islam décomplexé par rapport à la tradition religieuse et porté sur la discussion du dogme. Cette pensée dynamique et en perpétuel effort d’adaptation de la charia aux temps modernes se vérifie sur le registre du statut de la femme avec deux figures pionnières.

Relecture des sources

Tahar Haddad, auteur de Notre femme dans la charia et la société, appelait au début du XXe siècle à la séparation de la religion et du politique ainsi qu’à l’émancipation féminine. Feu Habib Bourguiba a initié le code du statut personnel, dont le contenu est pour le moins révolutionnaire par rapport à l’orthodoxie musulmane. Ces deux hommes s’inscrivent dans une tradition d’émancipation féminine locale qui remonte au VIIIe siècle et qui, contrairement à tous les pays musulmans, permettait à une épouse d’exiger la monogamie, à travers le fameux « contrat kairouanais ».

C’est de cette tradition de relecture des sources que se réclament les travaux de réforme de l’islam contemporain, qui constituent une école d’exégèse à la tunisienne, à nulle autre pareille dans le monde arabe. En effet, depuis une vingtaine d’années, un courant de pensée s’est attelé à vilipender le rigorisme dans l’application de la loi et à réfuter le conservatisme des oulémas. À preuve, les travaux de l’historien Hichem Djaït, auteur de La Grande Discorde : religion et politique dans l’islam des origines, les premiers essais de Mohamed Talbi, les recherches de l’universitaire Abdelmajid Charfi centrées sur les interprétations et manipulations exercées sur le texte coranique, les écrits du philosophe Youssef Seddik, dont le fameux Coran en bande dessinée a provoqué les foudres de l’orthodoxie musulmane.

À ces essais s’ajoutent les études de feu Mohamed Charfi, ancien ministre de l’Éducation et militant des droits de l’homme, sur l’islam et la modernité, les ouvrages d’Abdelwahab Meddeb, installé à Paris et auteur, entre autres, de La Maladie de l’islam, les écrits de Hamadi Redissi, auteur de L’Exception islamique et du Pacte de Nadjd, les travaux de Mondher Sfar, avec Le Coran est-il authentique ?

Fin du monopole des hommes

Nombreuses sont aussi les femmes qui veulent casser le monopole de l’exégèse détenu par les hommes. Qu’elles s’appellent Olfa Youssef, Iqbal Gharbi, Raja Ben Slama, Sana Ben Achour ou Salwa Charfi, ces universitaires entendent interpréter à leur manière la charia et insister sur la nécessité d’une évolution moderne de l’islam en matière de liberté féminine.

Reste à savoir si cette tradition d’une pensée réfractaire au dogme rigide réussira à aller contre la lame de fond islamiste qui menace le monde arabe d’une façon générale et à contrer la tendance de plus en plus perceptible chez les Tunisiens d’un retour vers le religieux. Ce serait alors l’avènement d’un islam de masse qui risque de s’en prendre à l’esprit des lumières qui a toujours caractérisé le pays de Carthage et de Kairouan.

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