DossierGuinée : l'état sauvage

06/10/2009 à 15h:40 Par Christophe Boisbouvier
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« Il faut que Dadis arrête de nous raconter qu’il n’est pour rien dans la fusillade du stade. Il se moque de nous », lance un diplomate africain. Dans toutes les capitales, en Afrique comme en Europe, c’est la même exaspération. « Bravo à la Cedeao, qui réclame une commission d’enquête internationale. Nous appuierons toutes démarches dans ce sens », lâche un décideur français.

Parallèlement à l’enquête, beaucoup veulent que des sanctions exemplaires soient infligées. « Pas de faux-semblants comme au temps de la crise en Mauritanie. En février dernier, l’Union africaine a décidé de sanctionner individuellement les membres de la junte de Nouakchott, mais elle n’a jamais désigné les personnes visées », remarque un opposant guinéen. « Cette fois-ci, on ne veut pas d’entourloupe. Il faut geler les avoirs à l’étranger de Dadis et de ses comparses, et il faut les empêcher de sortir de chez eux, même pour aller dans les pays d’à côté », poursuit-il. 

Identifier les coupables

Dans les grandes capitales, on commence à envisager une intervention militaire en Guinée, sur le modèle de l’Ecomog au Liberia entre 1990 et 1999. « C’est le seul moyen de parvenir à des élections et d’avoir à la tête de l’État guinéen un civil qui ne se fasse pas assassiner », dit crûment un observateur européen. « Le Nigeria devrait s’en mêler car il a la force, et les gens de la junte ne comprennent que ça », renchérit un homme politique guinéen très écouté à Paris et à Washington. Chacun sait que le Nigérian Umaru Yar’Adua est moins interventionniste que son prédécesseur Olusegun Obasanjo et que, avec la guerre dans le delta du Niger et la mission de paix au Darfour, l’armée nigériane est à la limite de ses capacités de projection. Mais pourquoi pas une opération conjointe avec le Ghana et le Sénégal ?

Il est vrai que, longtemps, le Sénégal a fait bande à part. En décembre dernier, Abdoulaye Wade a applaudi le coup d’État qui a porté Moussa Dadis Camara au pouvoir. Le 12 septembre, lors d’une visite à Conakry, il a encore déclaré : « Je ne veux pas me mêler des affaires intérieures de la Guinée, mais le président Dadis est populaire. » Or, au lendemain du 28 septembre, le chef de l’État sénégalais a confié à l’un de ses proches : « J’ai été très critiqué sur ce dossier, et je vous avoue que je ne sais plus par quel bout le prendre. » Fini l’époque où Abdoulaye Wade jetait à la volée : « Dadis, c’est mon fils », et où il expliquait à ses homologues africains : « Dadis m’a confié que, s’il quittait le pouvoir tout de suite, il pourrait être tué par ses compagnons d’armes. » Pendant neuf mois, le chef de la junte a beaucoup promis : « Je ne verserai pas le sang », « Je ne me présenterai pas à la présidentielle. » Mais aujourd’hui, le cercle des déçus s’agrandit à toute vitesse. Même le colonel Kaddafi juge en privé que le capitaine Dadis est de moins en moins fréquentable. C’est tout dire…

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