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DossierTélécoms, à l'heure des grandes manoeuvres

24/06/2009 à 12:48
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Le marché requiert des investissements considérables, pouvant nuire à la rentabilité Le marché requiert des investissements considérables, pouvant nuire à la rentabilité © DR

Le rachat des activités africaines du koweïtien Zain négocié actuellement par le français Vivendi s’inscrit dans un mouvement général de concentration des grands opérateurs internationaux sur le continent.

Financiers et multinationales observent de près le monde des télécommunications en Afrique. Alors que l’opérateur indien Bharti Airtel s’apprête à racheter 49 % de son homologue sud-africain MTN, qui, en échange, obtiendrait 36 % de son allié indien, le français Vivendi négocierait depuis la mi-juin le rachat de l’ensemble des activités africaines du koweïtien Zain (hormis au Soudan), selon la presse koweïtienne et nigériane. Si cette opération confirme la stratégie de forte croissance annoncée fin 2008 par le géant français des médias et des télécoms sur le continent, l’ex-groupe MTC, rebaptisé Zain en 2007, a surpris plus d’un observateur en affichant sa volonté de vendre la quasi-totalité de ses opérations africaines. « C’est surprenant de la part d’un opérateur qui a déboursé 3,4 milliards de dollars en 2005 dans le rachat du poids lourd des télécoms africaines Celtel, pour le revendre trois ans plus tard. D’autant que Zain a aussi entre-temps investi lourdement pour imposer sa marque, la substituant sur tous les supports publicitaires et marketing à la marque Celtel », s’étonne Isabelle Gross, responsable de recherche chez Balancing Act Africa, cabinet de conseil en télécoms sur l’Afrique. « Trois mois seulement après avoir pris 31 % du capital du troisième opérateur mobile Wana au Maroc pour un montant de 324 millions de dollars, Zain se désengagerait déjà au profit d’un Vivendi qui deviendrait en plus quasi monopolistique au Maroc avec des prises de participations dans deux principaux opérateurs, Maroc Télécom et Wana », remarque de son côté un observateur marocain. Pour Guy Zibi, d’Africa Next Investment Research, « il pourrait s’agir de raisons financières et de valeur boursière, mais aussi de facteurs opérationnels. Un certain nombre d’opérations de Zain ne sont pas profitables sur le marché africain, qui requiert des capitaux d’investissements considérables. Le continent représente près de 60 % du capital d’investissement du groupe, mais moins de 20 % des profits. » Autre raison évoquée : un recentrage sur les activités du Moyen-Orient lui serait beaucoup plus rentable et aiderait le prix de l’action Zain (1,18 dollar koweïtien) à monter. Premier opérateur mobile en Irak, nouvel acquéreur du palestinien Paltel, le koweïtien renégocie en effet actuellement avec les autorités iraniennes pour obtenir la troisième licence de téléphonie mobile du pays, d’abord attribuée puis retirée à l’opérateur émirati Etisalat. Un sésame qui coûte 300 millions d’euros et qui demanderait un investissement de 5 milliards de dollars sur les cinq prochaines années. Ce possible revirement stratégique rappelle celui de l’égyptien Orascom, qui avait revendu en 2001 sa participation dans Telecel, sa filiale GSM en Afrique subsaharienne qu’il contrôlait depuis à peine un an, afin de mieux se concentrer sur le marché algérien, où il avait décroché la première licence mobile du pays.

 

La locomotive marocaine

En attendant, l’opération entre les deux groupes créerait un mastodonte du téléphone mobile avec 105 millions d’abonnés dans le monde, dont 40 millions de clients de Zain sur le continent, répartis dans une quinzaine de pays. Tandis que Vivendi n’en compte qu’une vingtaine de millions en Afrique sur seulement quatre pays (Maroc, Mauritanie, Burkina, Gabon), couverts par sa filiale Maroc Télécom. Une telle opération est néanmoins évaluée entre 10 et 12 milliards de dollars dont Vivendi aurait à s’acquitter. Dans ce contexte, deux hypothèses ont été avancées : une fusion entre les deux groupes par échange de titres, qui apparaît comme une opération financièrement risquée pour l’acquéreur français ; ou bien la seule acquisition des actifs de Zain par Maroc Télécom, la locomotive de prises de participation de Vivendi en Afrique. « Au regard du montant de l’opération, la filiale marocaine de Vivendi ne disposerait pas d’une puissance financière suffisante. Vivendi devrait opérer cette fois plus directement sur le marché africain », souligne Laurent Benzoni, directeur scientifique chez Quantifica, institut de recherche marketing spécialisé dans les télécoms. Et selon Crédit Suisse, la cible du français ne serait pas si grosse à absorber, compte tenu de la capacité financière actuelle de Vivendi. Pour le courtier, l’opération sur Zain « aurait du sens pour l’opérateur tricolore en mesure de financer un deal jusqu’à 4 milliards d’euros sans augmentation de capital ».

 

Orange maintient son avance

Cette opération d’envergure marque surtout l’accélération des mouvements de concentration entamés depuis quelques années entre les acteurs internationaux du marché africain des télécommunications. Après la conquête de l’Inde par le britannique Vodafone et de l’Amérique du Sud par l’espagnol Telefónica, le continent africain fait figure de nouvel eldorado de la téléphonie mobile et véritable relais de croissance pour les poids lourds européens et mondiaux du secteur. Avec 45 millions d’abonnés dans 15 pays (Égypte, Côte d’Ivoire, Sénégal, Ouganda, Kenya…), le français Orange serait le leader en Afrique, au coude à coude avec le sud-africain MTN et devant d’autres principaux acteurs du continent tels que Zain, Orascom ou Vodafone. Ce dernier a notamment donné le ton en début d’année en s’octroyant pour 2,4 milliards de dollars Vodacom, le numéro un sud-africain du GSM. « Le marché va se concentrer au niveau supranational et se déconcentrer au niveau national où il existe encore, dans de nombreux pays, des possibilités d’attribution de nouvelles licences. On atteint aujourd’hui le terme d’une première étape de conquête des télécommunications sur le continent pendant laquelle certains groupes ont assuré leur croissance par endettement. C’est peut-être le cas de Zain, qui vend ses activités pour se désendetter ou qui choisit le bon moment de réaliser une plus value », analyse Laurent Benzoni. La dette de Zain, qui s’élève à 5,4 milliards de dollars, est en effet supportée par les différentes branches africaines.

Après deux tentatives avortées d’acquisitions majeures sur le continent, notamment de Tunisie Télécom en 2006 et d’un certain… Celtel en 2001, Vivendi parviendra-t-il cette fois à franchir un cap pour satisfaire son appétit de croissance dans les télécommunications africaines ? Zain aurait cependant laissé entendre qu’en cas d’échec de la transaction avec Vivendi il se retournerait vers d’autres acquéreurs potentiels, indiens et chinois.

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