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DossierOuagadougou, retour vers le futur

09/06/2009 à 15:43
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Le nouveau quartier, à une dizaine de kilomètres au sud-est du centre-ville ancien, fascine ou irrite. En tout cas, il grandit. C’est là que l’élite burkinabè a planté son décor.

Il est bien loin le temps où le quartier du parc urbain Bangr-Weogo (l’ancien Bois de Boulogne), dans le nord-est de la ville, était le nec plus ultra de la capitale. Il a désormais cédé sa place à Ouaga 2000, nouveau quartier du sud-est de Ouagadougou, à 10 km du centre-ville. Considéré comme une ville dans la ville, il force l’admiration des uns, la colère des autres et, quoi qu’il en soit, ne laisse pas indifférent. C’est là que l’élite burkinabè a élu domicile.

Si les Ouagalais en parlent, à raison, comme d’une zone luxueuse, la richesse des lieux ne saute pas immédiatement aux yeux. Il y a, certes, le nouveau palais de Kosyam, siège de la présidence de la République, l’hôtel 5 étoiles Laico et le centre commercial flambant neuf El Fateh Center, tous deux construits par la Libyan Arab African Investment Company (Laaico). En revanche, il faut prêter plus d’attention pour entrevoir les villas cossues dont la plupart sont dissimulées derrière de hauts murs agrémentés de bougainvillées soigneusement entretenues.

Vaste terrain vague il y a quinze ans, Ouaga 2000 est né presque du jour au lendemain, à l’occasion du sommet France-Afrique de 1996. Il s’agissait, à l’époque, de doter la capitale de lieux d’hébergement de standing pour accueillir de tels rendez-vous internationaux. Les premiers à sortir de terre furent un centre de conférences et quelques villas présidentielles, construites par le magnat des BTP burkinabè, El-Hadj Oumarou Kanazoé. Depuis, le quartier s’est considérablement étendu et embelli. Il accueille désormais des ambassades, le palais de justice, des ministères et des administrations, des sièges d’entreprises et de banques.

 

Une ville dans la ville

Signe de l’émergence d’une nouvelle classe aisée, les villas privées se sont multipliées. Les rues serpentant entre les bâtisses, où la faïence est reine, portent les noms de grandes figures africaines et nationales. Leurs habitants ne sont pas moins célèbres – hauts fonctionnaires, politiques, décideurs économiques… sans compter la quasi-totalité des membres du gouvernement, qui y disposent d’une villa de fonction. Dans le quartier, on peut croiser le Mauritanien Moustapha Chafi, éminence grise et conseiller influent du président Blaise Compaoré, qui fut l’un des premiers à investir les lieux, il y a plus de dix ans. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Ablassé Ouédraogo, y possède une villa à l’architecture inspirée du style Le Corbusier. Le Premier ministre ivoirien, Guillaume Soro, tout comme l’ancien ministre de l’Agriculture Salif Diallo, actuellement ambassadeur du Burkina en Autriche, y ont également leurs pied-à-terre. Le président du groupe Smaf International, Mahamadi Sawadogo, y possède, dit-on, « une maison de plus de trente pièces ». Quant au président de l’Assemblée nationale, Rock Marc Christian Kaboré, il vient d’y acheter un terrain.

Cette population huppée attire les services haut de gamme. Les écoles publiques sont rares. Du primaire au lycée, ce sont les cours privés qui dominent. Même constat pour les cliniques.

À l’instar du Rosa dei Venti ou du Vert galant – le plus couru du quartier –, les restaurants servent une clientèle triée sur le volet. Les salons de beauté, de relaxation et de fitness font leur apparition. « Les femmes roulent dans de grosses cylindrées et préfèrent accoucher aux États-Unis ou en Europe, explique un habitant du quartier. Certaines font même des allers-retours à Paris pour leurs emplettes… »

Un luxe tapageur au milieu de la pauvreté ? Certains Ouagalais le pensent. D’autant que la récente arrivée de nombreux Ivoiriens aisés, pour la plupart mariés à une Burkinabè, a accentué les signes extérieurs de richesse. Parfois jusqu’à la caricature. Ces derniers, dont certains lieutenants des ex-Forces nouvelles, « ont fait fortune rapidement, en partie grâce à la crise ivoirienne, remarque un résident. Mais il y a aussi de jeunes nouveaux riches burkinabè. »

 

Instituts de beauté et grosses cylindrées

Les uns comme les autres n’hésitent pas à étaler leur train de vie, arborant bijoux, accessoires en or, costumes de marque et 4x4 flamboyants. On les retrouve le soir au Top 2000, la boîte où le champagne coule à flots. Du même coup, ils font flamber les prix des loyers et des terrains. De 16 000 F CFA en 1999 (24,50 euros), le mètre carré peut désormais dépasser les 50 000 F CFA, explique-t-on à la Société nationale d’aménagement des terrains urbains (Sonatur), société d’État chargée de gérer, entre autres, l’aménagement de Ouaga 2000. La location d’une villa peut atteindre plusieurs millions de francs par mois.

Cependant, beaucoup de Ouagalais tiennent un autre discours. Nombreux sont fiers de l’existence de ce ­quartier, qui, malgré son exubérance, crée des emplois et rehausse l’image de la ville.

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