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DossierKinshasa au-delà des clichés

28/04/2009 à 16:33
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Kin. Il m’est arrivé un jour de parler de toi avec un confrère français angoissé à l’évocation de tes rues populeuses. Habitué à visiter des villes plutôt calmes, il s’étonnait de voir autant de monde circuler, de jour comme de nuit, dans une atmosphère proche du chaos, sous un soleil qui tanne la peau. D’où viennent-ils, où vont-ils, que font-ils ces millions de Kinois qui arpentent tes rues, bravant les affres du quotidien, le regard tourné vers des lendemains incertains ?

Ils ont tout simplement rendez-vous avec l’espoir, eux qui n’ont jamais baissé les bras face aux soubresauts et aux caprices de l’Histoire. Nés de tes entrailles ou originaires d’autres provinces, Africains ou Indo-­Pakistanais, Libanais ou Belges – sans compter les cohortes de Chinois, ouvriers ou petits commer­çants –, ils sont ton âme à la fois singulière et cosmopolite.

Kin. Je t’ai découverte à 18 ans, venant de mon Kasaï natal. Dans mon regard de jeune adulte, tu étais une merveille. Et j’ai continué de grandir, dans ton giron, avec cette certitude, que j’ai gravée dans ma mémoire. Puis, un jour, à mon corps défendant, je suis parti me fondre dans l’anonymat des terres froides, à l’âge où, si j’en crois les bondieuseries, le Nazaréen expirait sur le Golgotha. Une décennie. Deux. Mais t’ai-je jamais oubliée ?

Les retrouvailles furent un choc : je n’ai pas reconnu ton visage. Défiguré. Tu étais laide, repoussante, indigne d’être le phare de mon pays-continent. J’ai eu un haut-le-cœur en te voyant, immense putréfaction. Pour une fois, j’étais nostalgique. Ainsi, tu as été sacrifiée sur l’autel de l’incompétence et de l’affairisme.

Je n’irai cependant pas jusqu’à épouser la vision toute récente d’un confrère, appartenant à la rédaction d’un respectable quotidien du soir français, qui, pour t’avoir vue l’espace d’un matin, te décrit de la manière la plus apocalyptique : « ville sale, déglinguée, décrépite, défraîchie, dépouillée, lépreuse, chaotique, ruinée, irrationnelle, imprévisible, exhibitionniste, théâtrale, violente, où il n’y a pas de routes, d’eau, d’électricité, d’écoles, de transports en commun, d’égouts, d’infrastructures quelconques ». Si les problèmes sont réels comme dans toute mégapole qui s’étend de façon anarchique, affirmer qu’il n’y a rien est un non-sens.

La violence, ici, c’est la dureté de la vie. Il suffit d’une gouvernance responsable, d’une réelle volonté politique de s’attaquer aux défis, pour que cette capitale géante, qui a un genou à terre, revête ses plus jolis pagnes. Car, je me le demande, comment peut-on laisser mourir cette ville qui n’a jamais cessé d’animer nos rêves ?

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