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DossierLes musulmans et le sexe

07/04/2009 à 11:09
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Malek Chebel : « Briser les archaïsmes demande une énergie surhumaine » Malek Chebel : « Briser les archaïsmes demande une énergie surhumaine »

Si la tendance conservatrice l’emporte, « l’islam du bien-vivre » n’est pas pour autant voué à l’échec. Des musulmans éclairés ont déjà montré le chemin. Même s’il faut une sacrée dose de courage.

Jeune Afrique : Comment expliquer le décalage entre le conservatisme des sociétés musulmanes et le texte sacré, qui aborde le plaisir, l’amour et la sexualité ?

Malek Chebel : Cela s’explique par une perte de valeurs et de confiance en soi. Le sexe n’est pas détaché du contexte socio-historique. Mais, fondamentalement, ce conservatisme remonte à assez tôt. Dès l’instant où les théologiens ont codifié le droit musulman et gravé dans le marbre les critères de la charia, ils ont aussi codifié le rapport au sexe, à la femme, et à l’intime. Cela remonte à la fin du VIIIe et au début du IXe siècle, même si depuis il y a eu des soubresauts, des réveils, des jaillissements, notamment d’auteurs, qui ont essayé de réaffirmer le primat du bien-vivre.

Peut-on dire que ce mouvement conservateur trahit la parole du Prophète ?

On ne peut pas répondre à cette question de façon frontale. Les deux tendances ont toujours coexisté. Celle du bien-vivre, de la jouissance, de la convivialité – une sorte d’islam des Lumières fondé sur un héritage, très riche, notamment chez les Arabes et les Persans. Et puis il y a la deuxième mécanique, dogmatique, puissante, et caractérisée par une orthodoxie très active. Aujourd’hui, les théologiens réactionnaires l’emportent largement, impriment leur vision du monde et imposent leurs axiomes. Malgré tout, certains groupes sociaux ou des personnalités – des rebelles – n’ont pas été domestiqués. Ce sont le plus souvent des créateurs, des jeunes et des femmes qui continuent de militer pour une autre dimension de l’islam.

 

Mais n’est-ce pas plutôt des facteurs sociologiques qui sont à l’œuvre, avec par exemple le patriarcat, qu’une affaire religieuse ?

En terre d’islam, on ne peut pas distinguer le patriarcat pur, préislamique, de sa translation religieuse dans l’appareil des lois. Un certain nombre d’items, nés en Arabie ancienne chez les Bédouins, ont été repris et recommandés par l’islam. Exemple avec la circoncision.

 

Quel peut être le rôle des femmes pour une libération des mœurs ?

Elles jouent déjà une partition singulière puisqu’elles sont porteuses de vie. Mais, pour le reste, elles subissent les prédicats machistes et patriarcaux.

 

Elles sont notamment les mères de garçons tout-puissants…

Oui. Mais parce qu’elles sont conditionnées par la société misogyne, régie par des règles phallocratiques qui décident du bien et du mal. Quand elles transmettent le primat de la virginité à leur fille, elles reconduisent un schéma, mais elles n’ont pas d’alternative. Les tabous sont si forts qu’en les transgressant on prend le risque d’être mis au ban de la société. Les conséquences peuvent être cataclysmiques pour la fille, la famille, le groupe. Pour faire bouger cette infrastructure qui s’est cristallisée, l’individu seul ne peut rien. Faire éclater un archaïsme demande une énergie surhumaine. L’immobilité est la règle.

 

On serait donc conservateur par commodité ?

Par tactique aussi, car se libérer du clan est trop coûteux. Personne ne veut affronter le clan, sinon de façon coupable, en biaisant, en partant à l’étranger… Les échappatoires sont à la marge.

 

Pour renouer avec un islam des Lumières, un soutien extérieur est-il alors nécessaire ?

La télévision, la mondialisation, le métissage, le village planétaire, les voyages… font qu’un jour ou l’autre l’exogène sera tellement proche qu’il deviendra endogène. Il faut s’attendre à une évolution, même superficielle, par le voisinage et le contact avec les autres.

Pour autant, cette impulsion venue d’ailleurs ne doit pas trop secouer les choses au risque de déclencher une hostilité brutale. Ce fut le cas avec le mouvement d’émancipation des femmes. Il y a aussi le risque d’une décultu­ration. Tout changement provoque des transformations, parfois définitives et qui peuvent être destructurantes. L’individualisme forcené de l’Occident pourrait par exemple détruire quelque chose de précieux, le primat de la famille et la solidarité au sein du groupe. L’individu ne peut remplacer la solidarité coutumière.

 

Qui doit baliser le chemin pour faire évoluer les choses sans tout chambouler ?

Le changement ne viendra pas des religieux, frileux et en repli. Les politiques ont un rôle à jouer : on l’a vu en Tunisie avec le président Habib Bourguiba. Mais il y a surtout les intellectuels, les journalistes, les éducateurs, les enseignants, les familles…

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