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Dossier2012 : année de tous les dangers pour les chefs planétaire

02/01/2012 à 12:34
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C’est sa bonne image qui a assuré la victoire de Sarkozy en 2007. C’est sa bonne image qui a assuré la victoire de Sarkozy en 2007. © Eric Feferberg/AFP

Après quatre années d'outrances de comportement et d'accaparement du pouvoir, le président français sortant Nicolas Sarkozy se retrouve, tous les sondages le confirment, en grande difficulté. Peut-il encore rebondir ? Oui, mais sa marge de manoeuvre est étroite.

Dramatisées par la menace d’une dégradation de la note française, la crise mondiale et ses dernières secousses européennes ont permis à Nicolas Sarkozy de monopoliser de nouveau l’intérêt médiatique, réduisant François Hollande à une présence quelque peu ectoplasmique, ce qui commence d’ailleurs à inquiéter ses supporteurs si l’on en croit leur impatient « Vas-y, pépère ! » recueilli par Le Monde.

Premier à avoir exprimé des doutes quant à la réélection du président de la République, Alain Juppé est encore le premier à capter un « retour de l’espoir », non seulement dans les sondages, mais, plus significativement, dans « un ressenti de terrain positif ». Aux arguments habituels de la propagande sarkozienne, il ajoute le thème gaulliste par excellence de « la voix de la France », redevenue « haute et forte dans le monde ». L’économiste Bruno Jérôme rappelle que Ronald Reagan puis George W. Bush réussirent à se faire réélire grâce à ce phénomène de « ralliement au drapeau » alors qu’ils avaient eux aussi à gérer une crise internationale majeure. Certains conseillers élyséens en viennent à souhaiter que la crise dure assez longtemps pour prolonger ses « effets anxiogènes » jusqu’au jour du scrutin, où l’on sait que les indécis peuvent faire la différence.

Cynisme réaliste, mais mauvais calcul. L’aggravation de la crise généralise la peur, multiplie les mécontentements et explique pour finir qu’après sa remontée d’octobre et novembre Sarkozy recule de nouveau. On a déjà noté ce paradoxe : si les électeurs accordent toujours la priorité à la réduction de la dette et des déficits, ils persistent à dissocier la crise de ses conséquences : Sarkozy leur apparaît le meilleur pour lutter contre la crise, mais c’est au socialiste Hollande, réputé plus social, qu’ils font le plus confiance pour les protéger de ses conséquences.

D’où ce résultat non moins paradoxal : l’UMP a beau dénoncer l’inconsistance du candidat socialiste, celui-ci demeure le plus constant dans la faveur des sondages,
où le champion des sommets diplomatiques peine au contraire à s’élever. Par deux fois déjà, en octobre 2008 puis en septembre 2011, la crise avait rehaussé sa
cote, retombée comme un soufflé les mois suivants. Les stratèges de Hollande ne pourraient s’inquiéter de la remontée de Sarkozy que si elle persistait ou reprenait, puis s’amplifiait soudain, comme ce fut le cas en janvier 2007, quand Ségolène Royal, après avoir constamment dépassé Sarko dans les intentions de vote, l’a vu passer devant
elle dès l’annonce de sa candidature et son entrée en campagne.

Toujours donné vainqueur dans un rapport de l’ordre de 40 %-60 %, Hollande peut se permettre de baisser encore sans risque de perdre. C’est tout juste s’il ne le souhaite pas. « Ces sondages excessifs n’ont aucun sens et risquent de démobiliser les électeurs », déplore-t-il. Jean-Luc Mélenchon va plus loin dans l’alarmisme : « Commencer la campagne en disant que Sarkozy est déjà battu, c’est la certitude de se retrouver avec un désastre. »

Excessifs en faveur de Hollande ou pas, les sondages ont du moins un « sens » pour Sarkozy : ils prouvent la force et, à la fois, le retournement de ce même désir de changement qui l’avait porté au pouvoir.

Les programmes ? Non, l'image

De Gaulle jugeait de l’avenir des dirigeants selon leur capacité à « prendre figure ». Ce qu’on appelle aujourd’hui « l’image » n’a fait que renforcer cette équation personnelle rebaptisée « présidentialité ». Elle dépend de l’ensemble des qualités ou défauts supposés que les électeurs attribuent aux candidats. Plus on approche de l’échéance, plus ils
conditionnent leur confiance.

On a constaté en 2007 que la personne pesait souvent plus lourd que le programme dans la décision finale des électeurs et pouvait même faire bouger l’habituel clivage gauche-droite. C’est sa bonne image qui a assuré la victoire de Sarkozy. Les trois quarts de ses partisans, parmi lesquels les deux tiers des ex-électeurs lepénistes, avaient « envie qu’il soit président ». Un peu plus de la moitié seulement lui préféraient Royal pour ses qualités personnelles, les autres ne la choisissaient que pour « barrer la route » à la droite.

Sarkozy contre la crise. Mais Hollande pour protéger les Français de ses conséquences.

C’est encore sur des critères d’image (« il a l’étoffe d’un président », « il comprend les gens ») que Hollande a surclassé ses six concurrents à la primaire socialiste. La comparaison reste à son avantage face à Sarkozy, particulièrement pour la capacité de rassemblement. Une enquête du Cevipof auprès de plus de 5000 personnes confirme que le chef de l’État l’emporte pour les qualités attachées à la « présidentialité ». Mais dès que les questions portent sur l’affectif et le social – plus de justice, moins d’inégalités, davantage de pouvoir d’achat –, Hollande se détache irrésistiblement.

Deux critères viennent cependant brouiller les prévisions : si la gauche peut se targuer d’un progrès significatif de sa crédibilité gouvernementale avec 12 points gagnés en deux ans, la méfiance générale de l’opinion envers la politique n’a jamais été aussi élevée, et aussi partagée – moitié-moitié – entre les deux camps.

Encombrant bilan

On le trouve exposé,ce bilan de Sarkozy, en 200 pages dans les vitrines de la librairie UMP. La menace d’une dégradation de la note française, désormais considérée
comme inévitable, est l’occasion pour le parti majoritaire d’en renouveler dans une note interne la défense et l’illustration: les fondamentaux de l’économie demeurent solides, le système bancaire est renforcé, la France a des institutions efficaces, la règle d’or budgétaire, rejetée par les socialistes français mais adoptée par la plupart des social-démocraties européennes, garantit le retour aux engagements du traité de Maastricht. L’Élysée est néanmoins bien conscient que la dégradation aura des effets dévastateurs non seulement sur une économie entrée en récession, mais, plus gravement, sur une opinion qu’il sera plus difficile au président de convaincre de la validité de son bilan et
de la crédibilité de son projet.

Henri Guaino, son conseiller spécial, pose la bonne question quand il remarque: « À nous de faire ce qu’il faut pour empêcher qu’une crise de confiance ne se déclenche. » Mais il n’apporte pas, ou pas encore, de bonnes réponses. Que peut-on faire quand la crise accroît la demande de protection, mais en réduit les moyens? Comment travailler davantage quand c’est l’embauche qui manque le plus, et qu’une augmentation d’un seul point du taux de chômage pénalise tout candidat sortant d’une baisse de 2% des suffrages? Comment rassembler les Français quand la moitié d’entre eux trouve déjà que la politique de rigueur, à peine engagée pourtant, « va trop loin », et que la moindre annonce d’une velléité d’économies supplémentaires déclenche une grève préalable d’avertissement ?

Gardez-moi de mes amis !

Soulagé par l’abandon de Jean-Louis Borloo, voilà que Sarkozy doit s’inquiéter de l’entrée en lice de Dominique de Villepin ; un petit candidat de plus,mais
qui peut grandir et devenir une vraie menace s’il atteint 6-7% des intentions de vote. C’est bien parce qu’il avait pris toute la mesure de ce danger que Borloo a fini par se retirer. Les villepinistes objectent que la diversité des candidatures fournira à Sarkozy d’utiles réserves de voix pour le second tour. À condition de ne pas trop l’affaiblir au premier, dont les résultats exceptionnellement élevés en 2007 lui avaient permis de trouver chez les électeurs de Jean-Marie Le Pen et de François Bayrou de précieux appoints
pour le second. Ce qui est loin d’être garanti pour 2012. Plus de la moitié des sympathisants de Marine Le Pen déclarent réserver leur choix.

Face-à-face ou quitte ou double ?

Qui de Sarko ou de Hollande a le plus à attendre ou à craindre du face-à face télévisé d’avant le second tour ? La question n’est pas anecdotique, quand 15 % des électeurs déclarent attendre cette confrontation pour se décider. On conseille aux deux probables finalistes et à leursmanageurs de lire le captivant chapitre consacré par Valéry Giscard
d’Estaing
dans ses Mémoires à ses deux face-à-face avec François Mitterrand: tout y est dit sur les précautions à prendre, du contrôle de la prise d’image à l’importance des yeux « qui ne peuvent jamais dissimuler la vérité », en passant par la bouteille d’eau minérale ; comme sur les erreurs à éviter, principalement l’arrogance des attitudes et
l’anticipation des coups fourrés.

Giscard reconnaît qu’à l’inverse de 1974 il n’a pas réussi lors du débat de 1981 à marquer de point décisif. Ce n’est pourtant pas à l’indécision de cet ultime affrontement mais à
« la violence du désir de changement » qu’il attribuera son échec.

Trente et un an après, c’est encore toute la difficulté pour Nicolas Sarkozy que de faire évoluer les « tendances ». Il ne dit plus « j’ai changé » en restant le même. Mais il
a transformé sans le dire son personnage. La majorité de l’opinion reconnaît qu’il « se démène », quand, il y a encore un an, elle lui reprochait de la ramener. Il lui reste à combler, au moins en partie, le capital de sympathie gaspillé en quatre années d’outrances de comportement et d’accaparement du pouvoir. Il ne pourra plus lancer à François Hollande : « Vous n’avez pas le monopole du coeur », comme Giscard à Mitterrand en 1974. Mais il devra, s’il n’est pas trop tard, en apporter la preuve dans sa campagne. Et en convaincre par ses projets. 

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