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DossierCrise financière: Pourquoi l'Afrique est menacée

11/12/2008 à 15:08
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En une semaine, l’onde de choc partie des États-Unis a gagné le Vieux Continent. L’Europe multiplie les tentatives de sauvetage pour éviter les faillites bancaires en cascade.

Du jamais vu ! Pas un jour sans effondrement de Bourses, publications de faillites ou de mariages bancaires forcés, annonces de secours colossaux aux banques occidentales en difficulté ou discussions de projets de fonds non moins colossaux pour mettre en quarantaine les produits financiers hautement toxiques nés aux États-Unis de la folie spéculative des sept ou huit dernières années !
À l’heure où nous mettons sous presse, on ignore encore si la Chambre des représentants des États-Unis acceptera de revenir sur son vote négatif et suivra l’exemple du Sénat, qui a accepté, le 1er octobre, le plan Paulson prévoyant de consacrer 700 milliards de dollars au confinement de ces produits toxiques.
Oui, 700 milliards. Depuis 2000, les pays riches annonçaient qu’ils allaient fournir aux pays les plus défavorisés une cinquantaine de milliards de dollars d’aide supplémentaire par an, mais sans parvenir à honorer cette promesse ; voici que, comme par enchantement, des centaines de milliards de dollars sont mobilisés pour le sauvetage de la finance mondiale, qui a pourtant beaucoup fauté en inventant fonds spéculatifs, effets de levier, titrisation ou ventes à terme, lourds de risques incontrôlés.
Le cœur de la tornade est évidemment à Wall Street, où les cinq grandes banques d’investissement qui régnaient sans partage ont disparu en quelques semaines : en faillite, rachetées ou contraintes de rentrer dans le droit commun bancaire pour survivre tant bien que mal. Les zigzags des autorités politiques et monétaires en disent long sur leur désarroi. Un jour, elles abandonnent à la dure loi du capitalisme la banque Lehman Brothers, acculée à la faillite ; le lendemain, elles nationalisent quasiment l’assureur AIG ou le rehausseur de crédit Fannie Mae.
On retrouve ces hésitations et cette panique dans les débats qui font rage au Congrès comme dans tous les États-Unis autour de la question : faut-il consacrer des milliards à sauver les établissements financiers indispensables à la bonne marche de l’économie nationale, ou bien faut-il leur refuser l’argent des contribuables et leur faire expier leurs fautes au risque de provoquer une grave récession ?
La nouveauté de la semaine est que l’ouragan a traversé l’Atlantique, emportant sur son passage quelques fleurons de la banque européenne : Fortis au Benelux, Dexia, à cheval sur la France et la Belgique, Hypo Real Estate en Allemagne, Bradford & Bingley en Grande-Bretagne. Comme aux États-Unis, les États se sont portés au secours des établissements malades à coups de milliards d’euros ou de livres prélevés sur les comptes publics.
Comme aux États-Unis, le débat porte sur la morale et l’efficacité de dispositifs de sauvetage à mettre en œuvre. Ainsi, avec l’aval des Néerlandais et des Italiens, Nicolas Sarkozy, le président français, avait imaginé la création d’un fonds de secours comparable à celui qu’avait concocté Henry Paulson, le secrétaire au Trésor américain. Jeudi 2 octobre, on parlait d’affecter 300 milliards d’euros à la reprise des actifs toxiques américains présents dans les comptes des banques européennes, et le projet devait être soumis à la réunion de crise européenne organisée samedi 4 octobre par la France, qui préside l’Union européenne jusqu’à la fin de l’année. Le but de cette création était de redonner suffisamment confiance aux banques et aux ménages pour éviter une tétanisation des marchés et de l’économie.
Mais, outre-Rhin, on ne l’entendait pas de cette oreille. « Pas question de voler au secours de toutes les banques allemandes, a déclaré la chancelière Angela Merkel, le 1er octobre, et même si elles n’ont commis aucune faute ! » À chacun d’assumer ses responsabilités, et l’État fédéral réservera l’argent du contribuable, au cas par cas, aux banques dont la survie est indispensable.
Devant cette hostilité, l’Élysée a fait machine arrière, déclarant que tel n’était pas son projet, mais en pestant contre l’opposition allemande, un peu comme le président Bush et les deux candidats à la Maison Blanche, John McCain et Barack Obama, ont été obligés de composer avec les membres de la Chambre des représentants qui ont voté, le 29 septembre, contre le projet Paulson, que tous trois défendaient malgré ses imperfections.
Il devient urgent de sortir de cette pagaille et de ces tâtonnements qui inquiètent au plus haut point les marchés, provoquant des mouvements erratiques des cours du pétrole et des matières premières autant que du dollar et de l’euro. Ni les entreprises ni les particuliers ne peuvent faire de projets dans un environnement aussi tumultueux ; leur perplexité ou leurs craintes risquent de renvoyer à des jours plus calmes les investissements des uns et les dépenses de consommation des autres.
Le Fonds monétaire international (FMI) devait annoncer, mercredi 8 octobre, que la croissance mondiale ralentirait à 4 % en 2008, ce qui est essentiellement dû aux pays en développement. La tornade en cours pourrait rendre cette prévision très illusoire, tant les signes se multiplient aux États-Unis et en Europe d’un sévère coup de frein économique.
Marchés immobiliers en berne, annonces de chômage technique ou de suppressions d’emplois dans l’industrie automobile, dans le secteur pharmaceutique ou dans la banque, poussée générale du chômage, restrictions et renchérissement des prêts, suppressions de budgets de publicité ou d’entretien : autant de signes annonciateurs d’une contagion du ralentissement dans les économies occidentales qui a commencé à gagner le mastodonte chinois, où l’industrie textile, par exemple, est en grande difficulté.
Et l’Afrique, dans cette tourmente ? D’une certaine façon, sa pauvreté l’a mise à l’abri des folies financières occidentales. Autochtones ou filiales de grands réseaux, les banques africaines n’ont pas acheté et vendu les produits financiers toxiques à base de subprimes américains. Elles ne sont pas non plus exposées à des défauts de remboursements de prêts - immobiliers notamment - comme les banques américaines. En revanche, le fléau pourrait affecter la belle croissance que connaît le continent depuis six ans, avec une moyenne de 6 % par an. Même si les hausses des cours des matières premières ont fait le malheur des familles les plus pauvres incapables de suivre, depuis un an, le renchérissement des denrées alimentaires et de l’énergie, elles ont suscité une vague de prospérité inconnue depuis le lendemain des indépendances.
Le retournement conjoncturel en cours dans les économies occidentales amorce un recul de la demande de produits manufacturés et donc de la demande des produits de base. Le phénomène est sensible en matière de consommation pétrolière ; il devrait se confirmer pour les métaux et les bois, comme l’annoncent les fortes baisses des cours du cuivre, de l’aluminium ou du nickel. Les revenus des États risquent d’en pâtir.
Finalement, la chance de l’Afrique est que les produits agricoles, eux, ne devraient pas connaître une baisse de leurs cours trop prononcée. Cela promet d’assurer aux paysans africains un revenu plus décent et surtout de réhabiliter leur activité aux yeux de leurs gouvernements. Et l’on sait désormais que la lutte contre la pauvreté passe obligatoirement par une agriculture modernisée, plus productive et diversifiée. Le pire n’est donc pas sûr, même si l’Afrique doit se préparer à des jours moins fastes.

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