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DossierCancer : la maladie silencieuse qui ronge le continent

23/01/2012 à 17:31
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Pendant le XXe siècle, la priorité sanitaire a été donnée en Afrique à la lutte contre les maladies infectieuses et parasitaires responsables d'une forte mortalité et très médiatisées. Puis vint la « transition épidémiologique », avec l'importance croissante prise par les maladies dégénératives et les cancers, sans que disparaissent – hélas ! – les affections précédentes. C'est le « double fardeau ». Aujourd'hui, les cancers sont responsables de centaines de milliers de morts chaque année. Une surmortalité considérable qui s'explique par le manque de spécialistes et de moyens techniques et thérapeutiques. En la matière, la situation actuelle fait apparaître une avance importante du Maghreb sur l'Afrique subsaharienne, notamment francophone (hors Afrique du Sud, très bien équipée).

La recherche africaine sur le cancer, peu développée jusqu'ici, a cependant apporté quelques résultats très intéressants. Le premier virus reconnu comme facteur causal d'un cancer (le virus d'Epstein-Barr) l'a été en Afrique, dans le lymphome de Burkitt. À Dakar, on a montré la relation du cancer primitif du foie avec le virus de l'hépatite B et avec une toxine d'origine alimentaire (aflatoxine). En Afrique du Nord, l'association entre bilharziose et cancer de la vessie a été envisagée.

Par ailleurs, l'évolution du cancer du poumon est un cas d'école : alors qu'il était rarissime il y a cinquante ans dans de nombreux pays du continent, il y est aujourd'hui en croissance constante, soutenu par la publicité indécente de l'industrie tabagique.

L'avenir est à l'organisation de la lutte contre le cancer. Des études africaines communes à plusieurs centres auront plus de poids devant l'opinion internationale, en particulier l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Des synergies s'organisent entre cancérologues africains et européens, et aussi, c'est très important, entre les équipes africaines.

Vous découvrirez dans les pages suivantes les différentes structures mises en place (associations, instituts, comités nationaux, partenariats avec l'industrie pharmaceutique…) ; toutes ont pour objectif de dépister plus tôt, d'aider et de traiter les malades. Cette multiplicité d'initiatives est une bonne nouvelle. Elle nous permet de rêver à un grand « plan cancer » pour l'Afrique subsaharienne : il bénéficierait de l'aide internationale et pourrait coordonner les activités. Une telle entreprise nécessite des appuis politiques sûrs et engagés, garantissant l'intégration du plan dans les services de santé nationaux.

La prévention doit être privilégiée. Elle implique l'adhésion des populations, laquelle sera beaucoup mieux obtenue si, parallèlement, on traite les malades.

Quant aux campagnes de dépistage, elles sont utiles si les structures sont disponibles pour accueillir les malades dépistés; sinon, elles sont décevantes pour ces derniers et contre-productives pour la lutte.

Le fait le plus positif dans cette grande aventure anticancéreuse, c'est… la présence de cancérologues dans presque tous les pays. En nombre encore insuffisant, certes. Mais rappelons-nous qu'il n'y en avait pas ou très peu il y a seulement une vingtaine d'années.

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* Le Pr Edmond Bertrand est Doyen honoraire de la faculté de médecine d'Abidjan, membre correspondant de l'Académie française de médecine. Il a exercé pendant trente ans en Afrique dans les centres ruraux, les hôpitaux régionaux et les CHU.

 

 

 

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