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Si jeunesse pouvait...

04/02/2013 à 12:09 Par Marwane Ben Yahmed

« La jeunesse grandit dans un domaine qui n'est qu'à elle, où ni l'ardeur du ciel, ni la pluie, ni les vents ne viennent l'émouvoir », disait Sophocle. Près de vingt-cinq siècles plus tard, la réalité est devenue bien différente. Les temps ne sont plus à l'insouciance ou à l'impétuosité. L'enquête que nous avons menée en Tunisie, que nous aurions d'ailleurs pu décliner un peu partout en Afrique, au nord comme au sud du Sahara, avec, peu ou prou, les mêmes résultats, en est la triste illustration : les jeunes se sentent abandonnés ou exclus, peinent à s'imaginer un avenir dans leur propre pays, et, pis, semblent se résigner à l'avanie que leur font subir leurs aînés. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : une génération qui refuse de céder la place aux suivantes, les maintenant face contre terre sous les semelles de leurs souliers vernis. Sinon comment expliquer les moyens dérisoires alloués à l'éducation ? Pourquoi, plus d'un demi-siècle après les indépendances, nos écoles et universités demeurent-elles si peu nombreuses et dans un tel état de délabrement ? Pourquoi nos villes ne proposent-elles ni loisirs ni infrastructures à nos enfants ? Quelle est cette société qui n'offre qu'une alternative : subir ou s'évader, au sens propre (l'exil) ou figuré (internet, alcool, drogue) ? Cette jeunesse, dont la plupart de nos dirigeants aiment à seriner qu'elle représente leur préoccupation première, l'avenir de notre continent, les forces vives de nos nations, n'a d'autre choix que de se débrouiller seule et d'avancer les fers aux pieds.

Fers culturels, sociaux, politiques et économiques : tout est mis en oeuvre pour brider une énergie dont l'Afrique a pourtant grand besoin. D'autant que cette jeunesse représente de très loin le plus grand nombre, aujourd'hui et plus encore demain. Ajoutons-y les femmes, autres laissés-pour-compte de nos pays, cela signifie que, chez nous, une infime minorité, cramponnée à son fauteuil et à ses privilèges, dirige et décide sans se préoccuper de l'écrasante majorité.

C'est une forfaiture, en plus d'un déni. Qui porte en elle les fruits vénéneux d'un bien triste avenir, celui d'une relève qui n'aura jamais été préparée à se voir transmettre le témoin. À moins qu'elle ne finisse par s'emparer de son dû de la seule manière qui lui reste : en l'arrachant des mains sclérosées de ceux qui, comme dit le proverbe malien, « veulent faire leur temps mais aussi celui de leurs enfants »...

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