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Coup d'État au Mali : le point sur la situation en six questions

22/03/2012 à 20:04 Par Jeune Afrique
Les militaires mutins à l'Office de la radio-télévision malienne à Bamako ce jeudi 22 mars. Les militaires mutins à l'Office de la radio-télévision malienne à Bamako ce jeudi 22 mars. © Malin Palm/Reuters

Une junte a mené un coup d’État contre le président malien Amadou Toumani Touré dans la nuit du mercredi 21 au jeudi 22 mars. Les institutions du pays ont été suspendues, un couvre-feu décrété, les frontières fermées. Le point sur la situation en six questions.

Mis à jour le 23/03 à 07h20.

Calme précaire dans la capitale malienne. Les tirs constatés dans la matinée ont cessé en fin d'après-midi, a constaté notre correspondant à Bamako. La tension reste tout de même très forte chez les militaires. Des témoignages ont fait état de pillages de jeunes militaires dans la capitale malienne tout au long de l’après-midi et en soirée, notamment à la présidence, au siège de la radio-télévision nationale, dans les locaux des douanes, et chez des particuliers dans les quartiers de Magnambougou et de Kalaban Koura, entre autres.

Toutes les frontières du pays ont été fermées, ainsi que l’aéroport de Bamako. Le bilan provisoire du coup de force militaire est à d’au moins quatre morts et de 40 blessés par balles, dont des civils. « Il y a eu un mort et un blessé chez les mutins mercredi lors de combats avec la garde présidentielle près du siège de la présidence », a indiqué à l'AFP une source militaire, tandis que la Croix-Rouge malienne a recensé une quarantaine de blessés dans les hôpitaux à Bamako et Kati (près de la capitale). La plupart ont été touché par des balles perdues, qui ont fait aussi trois morts, selon un communiqué de Amnesty International

Les rumeurs concernant ATT vont bon train en ce moment, alors que le président malien ne s’est toujours pas exprimé. Une source militaire loyaliste citée par l’AFP a affirmé dans la journée que Amadou Toumani Touré se trouvait dans « un camp militaire » de Bamako « d’où il dirige le commandement ». De son côté, la BBC a précisé qu’il serait au camp des Commandos Parachutistes de Djikoroni Para, dans le centre-ville de Bamako. Une information démentie par une source au sein du camp.

Mais dans le même temps, "La Lettre du continent" a écrit sur son site qu’Amadou Toumani Touré avait quitté le palais présidentiel dans la nuit pour se réfugier à l’ambassade américaine à Bamako. La diplomatie américaine a démenti l’information jeudi après-midi. D'autres sources encore disaient le président au camp 801 de l'aéroport, où de nombreux Bérets rouges de sa garde ont été vus.

La rébellion touarègue du Mouvement national pour l'indépendance de l'Azawad (MNLA) pourrait essayer de profiter du coup d’État en cours. Moussa Ag Acharatoumane, un porte-parole des rebelles basé à Paris, a déclaré à Reuters qu’ils seraient « en train de se préparer » à lancer une nouvelle offensive vers des villes du Nord.

« Nous ne savons pas dans quelles dispositions ils (les mutins, NDLR) sont aujourd'hui. Nous, nous avons nos revendications. Nous sommes fermes là-dessus...Mais quand même tout ce qui fait tomber le pouvoir d'ATT, ça nous enchante », a également déclaré un officier du mouvement interrogé par RFI.

Peu d’informations circulent sur le groupe, autoproclamé Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'État (CNRDR). Le groupe de mutins, particulièrement jeune, est issu du camp militaire de Kati, à 15km de Bamako. La junte est menée par le capitaine Amadou Haya Sanogo, plus haut gradé du groupe. Le lieutenant Amadou Konaré s’est présenté comme étant le porte-parole. Celui-ci a affirmé que les putshistes avaient agi pour faire face « à l'incapacité » du président ATT « à gérer la crise au nord de notre pays », confronté à une rébellion touarègue depuis la mi-janvier et aux activités de groupes islamistes armés tels que Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Le sergent Salif Koné s’est également exprimé. L’identité des autres membres de la junte est encore méconnue.

Diaporama du coup d'État à Bamako

 

Il n’y a pas eu de réaction au sein de l’armée. Une faible résistance a été opposée aux mutins lors de leur coup de force dans la nuit de mercredi au jeudi 22 mars. Un nombre important de généraux ont été arrêtés par le groupe de militaires, affirme une source à Bamako. « Le gouverneur de Tombouctou, le colonel Mamadou Mangara, a été arrêté par l'armée ce matin. Il se trouve actuellement dans le fort de Cheick Sidi Elbekay à Tombouctou, accompagné de sa famille », a indiqué une journaliste locale.

 « Le gouverneur de la région de Gao s’est rendu lui-même ce matin aux militaires du camp 1 de Gao, alors que le général Kalifa Keita, chef du Poste de contrôle opérationnel de l’armée contre la rébellion touarègue a été a arrêté hier soir. Ils sont tous au camp de Gao entre les mains des militaires », a déclaré une source bien informée à Gao.

L'ONU a déclaré espérer une résolution pacifique. « Le secrétaire général suit avec une grande attention les événements du jour au Mali. Il appelle au calme et à une solution pacifique dans le cadre d'un processus démocratique », a déclaré le porte-parole de Ban Ki-Moon.

La Cedeao, l’Algérie, les États-Unis, la France, l’Union européenne ont unanimement condamnée le coup de force des mutins. « Solidaire des Maliens et du président légitimement élu du président Amadou Toumani Touré », la diplomatie américaine exige « le retour immédiat de l'ordre constitutionnel dans le pays ».

Son de cloche légèrement différent côté français. La France appelle « au respect de l'intégrité physique du président (ATT) », tout en demandant que les élections prévues en avril se tiennent au plus vite. « La France suspend toutes ses coopérations régaliennes avec le Mali. Nous maintenons notre aide en faveur de la population, en particulier l'aide alimentaire, et nous poursuivons notre action dans la lutte contre le terrorisme », a également déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, dans une déclaration écrite

Dans un communiqué, le président de la Commission de l’UA, Jean Ping, a condamné un « acte de rébellion, qui porte gravement atteinte à la légalité constitutionnelle et constitue un sérieux recul pour le Mali et pour les processus démocratiques en cours sur le continent ». « Une série de consultations ont été entamées, en particulier avec le président de l’UA, Thomas Yayi Boni (Bénin), le président de la Commission de la Cedeao, Désiré Kadré Ouédraogo, et d’autres acteurs », précise l’UA. Le secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, a également condamné le coup d'État, et a appelé à des élections libres dans « des délais acceptables ».

Les déclarations des hommes politiques maliens n'étaient pas nombreuses en début de soirée. Mamoutou Thiama, le chargé de communication de l’Adema, première force politique au Mali, dont le candidat à la magistrature suprême est Dioncounda Traoré, le président de l’Assemblée nationale, s’est exprimé jeudi en fin d’après-midi. « Ce coup d’État n’est pas surprenant, car l’armée enregistre des échecs contre la rébellion touarègue. En revanche, on ne s’attendait pas à ce que le coup d’État soit mené par des jeunes. Et il ne faut plus parler de l’élection présidentielle pour la date du 29 avril prochain », a-t-il dit.

« Les hommes qui viennent de prendre le pouvoir me sont inconnus et je ne peux pas les juger, je ne ferai cela que par rapport à leurs actes. Ces jeunes ont énormément à prouver avant d’être applaudis par les honnêtes gens », a de son côté déclaré à Jeune Afrique Ali Nouhoum Diallo, ancien président de l’Assemblée nationale du Mali.

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