Extension Factory Builder
16/08/2013 à 16:55
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Al-Jazira, l'autre jour, vers midi. La caméra est braquée sur une certaine Iqbâl. C'est une paysanne du Gharb marocain, du côté de Kenitra. Elle ne sait ni lire ni écrire, elle n'a jamais quitté son douar, se contentant de faire une ribambelle d'enfants et de les élever. Elle a la cinquantaine. Et elle prononce d'une voix douce ces mots extraordinaires :

" Que voulez-vous que je fasse ? Je lève les yeux au ciel : Dieu me paraît lointain. Je baisse la tête vers le sol : la terre est là, qui me soutient. " Il y a dans ces quelques mots une fine poésie et une philosophie profonde. Et dans les deux cas, elles sont naturelles. En quelques mots, cette paysanne analphabète a tout dit de sa condition, peut-être même de la condition humaine.

En effet, un cuistre de rencontre pourrait faire remarquer que le " Dieu lointain " d'Iqbâl, ce n'est pas autre chose que le premier moteur d'Aristote, qui donne une chiquenaude au cosmos pour le mettre en branle et ne s'en occupe plus. Un second cuistre approuverait : " Oui, oui, et on trouve aussi cela dans la philosophie médiévale musulmane : Dieu ne connaît que les universaux, il est inaccessible aux particuliers (comme Iqbâl). Voyez Avicenne et Farabi, par exemple. Voyez Averroès. "

Un érudit français passe par là. " Ne dit-elle pas, votre paysanne, quelque chose comme : il faut cultiver notre jardin ? C'est la conclusion de Candide. " Un fâcheux grommellerait : " Ouais... Mais ça ressemble aussi à la phrase de Pétain : la terre, elle, ne ment pas. " Un Allemand apparaît : " Tout cela est dans Kant : la religion dans les limites de la simple raison. "

Laissons ces doctes querelleurs à leurs élucubrations. Mais notons qu'ils ont quand même raison : les deux phrases naïves de la paysanne ouvrent des perspectives intéressantes. Comment les arpenter, ces chemins ainsi esquissés ? Par l'éducation. Et c'est là que le bât blesse. Combien de petites filles vont à l'école, dans nos beaux pays ? Et combien peuvent-elles rester dans le système éducatif au lieu d'en être retirées à la puberté pour être préparées au mariage et à la production de bébés ? Et il ne s'agit pas d'errements du passé. Les absurdes talibans, pour qui une femme ne doit savoir ni lire ni écrire, ont le vent en poupe au Pakistan et en Afghanistan. Le Printemps arabe a mis au pouvoir, un peu partout, des rétrogrades hirsutes pour qui la femme n'est qu'un utérus. Pourquoi n'y a-t-il qu'une seule femme ministre au Maroc ?

Iqbâl aurait pu pousser jusqu'à l'université et nous enrichir de son talent, qui apparaît en deux phrases spontanées. Des millions d'autres Iqbâl auraient pu aller au bout de leurs capacités. Cesbron disait : c'est Mozart qu'on assassine. Chez nous, c'est Marie Curie qu'on piétine, Berthe Morizot à qui on lie les mains, Jane Austen qu'on prive de plume et de papier...

>> Lire aussi : De l'inégalité des sexes

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Maroc

Abdelmalek Alaoui, l'homme qui murmure à l'oreille des puissants

Abdelmalek Alaoui, l'homme qui murmure à l'oreille des puissants

Sans renier l'héritage de son père, indéboulonnable ministre de Hassan II, Abdelmalek Alaoui ne doit sa réussite qu'à son talent. Fondateur de Global Intelligence Partners, il consei[...]

Réchauffement climatique : la carte des 15 lieux les plus menacés d'Afrique

À l'occasion du sommet sur le climat à New York organisé le 23 septembre par le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, "Jeune Afrique" publie sa carte des 15 lieux les plus[...]

"Les Tribulations du dernier Sijilmassi" : "burn out" sous le burnous avec Fouad Laroui

Qui n'a jamais eu envie de changer de vie ? Un ingénieur marocain, héros du dernier livre de notre collaborateur Fouad Laroui, en lice pour le Goncourt, y est bien résolu. Mais de la coupe aux[...]

À Paris, deux expositions réconcilient la France et le Maroc

Deux grandes expositions sont programmées au Louvre et à l'Institut du monde arabe sur le Maroc à partir de la mi-octobre. Rabat et Paris se reconnectent loin de la brouille diplomatique.[...]

Maroc : le rappeur Mouad Belghawat, alias Lhaqed, est sorti de prison

Le rappeur marocain Mouad Belghawat est libre. Lhaqued, de son surnom, est sorti de prison jeudi après avoir purgé une peine de quatre mois pour atteinte à agent des forces de l'ordre.[...]

Maroc : nouveaux appels a l'abandon des poursuites contre le journaliste Ali Anouzla

À l'occasion du premier anniversaire de l'interpellation d'Ali Anouzla, journaliste marocain poursuivi pour aide au terrorisme, son comité de soutien et 12 ONG tunisiennes ont de nouveau réclamé[...]

Maroc : la relève de l'Amazigh Power

Artistes, écrivains ou acteurs associatifs, ils incarnent une nouvelle génération de militants qui se battent pour que la composante berbère de l'identité nationale se traduise dans tous[...]

Maroc : Bouhcine Foulane, 34 ans, la musique amazigh

Ils veulent faire revivre la musique amazigh sous un aspect moderne. Ribab Fusion - le ribab est une sorte de violon à corde unique typiquement amazigh -, ce sont six musiciens âgés de 26 à[...]

Maroc : Brahim El Mazned, 47 ans, les festivals berbères

Derrière le manager culturel, connu sous la casquette de directeur artistique du festival Timitar d'Agadir, il y a l'ethnologue, celui qui a sillonné toute l'Afrique, allant à la rencontre des[...]

Maroc : Mounir Kejji, 42 ans, le désenclavement rural

Né à Goulmima, non loin d'Errachidia, il a été tour à tour militant universitaire, associatif et politique. Aujourd'hui, Mounir Kejji veut se consacrer au désenclavement des[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex