Extension Factory Builder
15/07/2013 à 21:53
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Sihem Bensouyah est consultante et chef d'entreprise.

Chez les Algériens, pour exprimer son affection à un bébé, un parent, un ami ou un amour, on dit souvent « n'mout alik » (« je mourrais pour toi »), quand d'autres disent « je t'aime » ou, à l'extrême, « je t'aime à en mourir ». Infinitif et soupçon de conditionnel, alors que dans « n'mout alik », on est dans le définitif, l'impératif du sentiment. L'amour et la menace exprimés en même temps. Le sentiment algérien entier et violent. L'association du beau et de l'affreux. Suivez mon regard.

Dans ce bled, mon bled, une femme a été promue au grade de général. Modèle unique en son genre dans le monde arabo-musulman, comme le nombre significatif de femmes officiers supérieurs dans l'armée algérienne, dignes héritières des combattantes de l'Armée de libération nationale. Pourtant, dans ce même bled, quand passé le coucher du soleil elle ose (et elles osent) occuper la rue ou tout autre lieu public, la gent féminine s'expose aux « attentions particulières » des petits voyous et des flics des barrages routiers, les uns et les autres lui contestant le droit d'être hors des maisons aux heures réservées aux hommes. Flics et voyous d'autant plus « attentionnés » lorsqu'ils soupçonnent ces femmes d'appartenir à la mouvance « sexy libérées ». Elles sont alors souvent la cible d'élégances diverses : crachats, violences verbales quand elles ne sont pas physiques.

Pourtant dans ce bled, le plus souvent et dans les affaires de tous genres, le juge est... une femme. Largement majoritaires dans les professions de la magistrature et du droit, elles sont présidentes de cours et juges à la Cour suprême. Mais dans ce même bled où elle est aussi simple flic, commissaire divisionnaire ou membre des brigades spéciales (depuis la décennie noire du terrorisme islamiste), une femme battue par son mari ne peut pas toujours espérer être protégée par les forces de l'ordre. Car le code de la famille, labellisé à 90 % par la charia malékite et promulgué par le FLN en 1984, ne considère pas que le fait de battre sa femme soit un délit. La loi de mon Algérie ne protégera donc pas forcément Mme la commissaire ou Mme la générale si par malheur son mari devient violent. À moins qu'il ne l'envoie à l'hôpital et mette sa vie en danger. L'Algérie est une république, ne l'oublions pas !

Restaurer la dignité de la femme algérienne

Dans le pays d'Assia Djebbar, où de sublimes textes ont chanté et chantent encore si magnifiquement l'amour et la beauté des femmes, ces dernières ont besoin d'un tuteur pour pouvoir se marier. Mineures à vie, donc. Dans ce pays où la femme est candidate à la présidentielle, souvent ministre, majoritaire sur les bancs des universités, dans les métiers de la santé et de l'éducation, les amendements de 2005 au code de la famille (tout petit cadeau offert par le président Bouteflika pour acheter le silence de ces associations si actives, bruyantes et dérangeantes) ont permis aux Algériennes de pouvoir enfin juridiquement revendiquer l'attribution du logement familial dans le cas d'un divorce avec enfants. Entre 1984 et 2005, elles étaient jetées à la rue avec enfants et sans bagages. Mais le plus grand drame de mon Algérie, ce sont ces femmes défavorisées, très nombreuses, trop nombreuses hélas, soumises à des emplois difficiles, parfois non déclarés, souvent « responsables » de la survie de la famille et trimant pour entretenir mari, fils, voire jeunes frères inactifs.

L'Algérie dit à ces filles : « N'mout alik. » Elle les a tant aimées. Elle a favorisé leur éducation et leur émancipation professionnelle au point qu'elles sont parvenues à conquérir des niveaux de responsabilité rarement égalés dans un pays arabo-musulman à telle échelle. Mais comme en Algérie on est avant tout algérien, l'Algérie a exprimé son amour à ses filles en les maintenant « sous menace légale », sous « code de la famille ».

Pourquoi l'Algérie devrait-elle continuer d'avoir peur de libérer ses femmes ? Pourquoi n'ouvrirait-elle pas enfin ce débat dans le cadre des projets d'une Algérie meilleure de l'après-­Bouteflika ? Des réformes justes et sur mesure sont possibles qui ne froisseraient ni la sensibilité conservatrice des uns, ni l'islamisme politique des autres, ni les intérêts des hommes au pouvoir. Ne pourrait-on par exemple instaurer des régimes multiples en matière de mariage et d'héritage pour laisser aux futurs époux et aux pères la liberté de choisir entre le régime de la loi malékite et celui d'une loi civile ? La croyance des uns et la liberté des autres seraient enfin respectées. Et la dignité de la femme algérienne enfin restaurée. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Algérie

Algérie : 6 morts et 420 blessés après un important séisme à Alger

Algérie : 6 morts et 420 blessés après un important séisme à Alger

La ville d'Alger a été touchée vendredi par un violent séisme de magnitude 5,6 sur l'échelle de Richter. Six personnes sont mortes et 420 ont été blessées dans un mouvement d[...]

Algérie : le gardien Raïs M'Bolhi s'envole pour les États-Unis

Le joueur international Raïs M'Bolhi, le gardien phénomène des Fennecs lors du Mondial 2014, va signer un contrat de trois ans avec l'union de Philadelphie, un club du championnat nord-américain de[...]

Vol AH 5017 : une plainte déposée contre X en France

Une semaine après le crash du vol AH 5017 d'Air Algérie, les parents et le frère d'une Française décédée avec son époux et ses trois enfants à bord ont porté[...]

Vol AH5017 : l'identification des victimes peut prendre "des années"

Une semaine après le crash de l'avion d'Air Algérie, le directeur de la police judiciaire algérienne a affirmé jeudi que l'identification de l'ensemble des victimes prendra "peut-être des[...]

Du Maroc à l'Égypte, opération barricades contre le terrorisme

Face à la menace de multiples groupes armés, les pays d'Afrique du Nord se retranchent derrière leurs frontières. Mais la nécessité de passer à l'offensive se fait de plus[...]

Wikipédia : le classement des chefs d'État africains les plus populaires

Créé en 2001, Wikipédia s'est imposée depuis comme l'encyclopédie numérique la plus consultée au monde. Participative, elle rassemble des informations collectées par les[...]

Vol AH 5017 : une "chute vertigineuse de 10 000 mètres en 3 minutes"

Les images radar du contrôle aérien burkinabè révèlent que le MD-83 du vol AH 5017 d'Air Algérie a chuté en quelques minutes après avoir tenté d'éviter un orage.[...]

Vol AH5017 : comment les Burkinabè ont trouvé la zone du crash

Dès que l'alerte a été donnée au sujet de la disparition du vol AH 5017, les militaires burkinabè n'ont pas ménagé leurs efforts pour retrouver la trace du DC-9[...]

Maghreb : sur les routes du jihad pour la Syrie ou l'Irak

Ils sont des milliers à partir depuis Rabat, Tunis, Alger ou Tripoli pour rejoindre la Syrie ou l'Irak. Qui sont-ils ? Pourquoi partent-ils ? Quelles routes empruntent-ils ? "Jeune Afrique" a [...]

L'analyse des boîtes noires du vol AH 5017 pourrait prendre "plusieurs semaines"

Selon Frédéric Cuvillier, secrétaire d'État français aux transports, l'analyse des boîtes noires de l'avion d'Air Algérie qui s'est écrasé jeudi dernier au Mali[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers