Extension Factory Builder
04/03/2013 à 11:55
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

« Jeune Afrique nous insultait du temps de Ben Ali, touchait des subventions de sa part et continue de nous insulter aujourd'hui. Je ne sais pas au profit de qui. Je ne sais pas en faveur de qui. » Telle est la réponse de Rached Ghannouchi, dans un entretien à l'hebdomadaire français Le JDD, à la couverture que nous lui avons consacrée il y a deux semaines intitulée « L'homme qui a trahi la révolution » (J.A. no 2719). Pourtant, la question posée par nos confrères portait sur la charge d'Abdelfattah Mourou, vice-­président d'Ennahdha, qualifiant dans nos colonnes la gestion du pays de catastrophique... Voilà comment réagit systématiquement Ghannouchi face à la critique : insulter, ne jamais répondre sur le fond, accuser ses contempteurs, quels qu'ils soient, d'être des suppôts de Ben Ali et des contre-révolutionnaires (comme si lui et les siens avaient constitué l'avant-garde de la révolution).

S'il est des comportements qui rappellent furieusement Ben Ali, ce sont bien ceux des faucons de son parti, l'aile radicale qu'il incarne, quoi qu'il en dise. Dans quelle démocratie verrait-on aujourd'hui les militants du parti au pouvoir descendre dans la rue pour soutenir un gouvernement dont le bilan est proche du néant ? Lequel s'évertue, en dépit du bon sens, à minimiser les problèmes ? Qui traite systématiquement la plupart de ses adversaires politiques de sicaires de l'ancien régime RCD ? La différence avec le président déchu, qui qualifiait ceux qui voulaient sa chute de « terroristes » ou d'« ennemis à la solde de l'étranger », ne saute pas aux yeux...

Que les choses soient claires : Jeune Afrique a choisi de se montrer patient et de juger sur pièces. Loin de nous l'idée de condamner a priori qui que ce soit. Contrairement à ce que suggère M. Ghannouchi, nous n'avons aucun compte à régler, ni la moindre allégeance de l'ombre à défendre. Seuls les faits, les actes et leurs résultats nous importent à propos d'un pays qui nous est cher et où J.A. est né il y a plus d'un demi-siècle. Nous nous sommes bornés à dénoncer les fautes et dérives dont ceux qui sont aujourd'hui au pouvoir sont comptables : toujours pas de Constitution, alors que sa rédaction aurait dû prendre six mois à un an, tout au plus, pas l'once d'un progrès en matière économique, de graves reculs sur le plan social, une justice qui n'a jamais aussi mal porté son nom, le développement ahurissant d'une véritable culture de la violence incarnée par l'émergence de milices nahdhaouies, l'usage abusif de la force par les représentants de l'État, comme à Siliana en novembre 2012, face à des manifestants dont le seul tort était de dénoncer leur condition d'oubliés de la révolution, alors que les salafistes, eux, sont ménagés, voire courtisés, la volonté de confisquer le pouvoir en plaçant ses ouailles au sein de tous les rouages de l'État, aggravée par des critères de sélection dont la compétence est totalement absente et où la docilité à l'égard du parti et de son chef prime... Une conception de la démocratie qui, en somme, commence et s'arrête aux élections, tout le reste relevant du fait du prince.

Puisqu'une nouvelle étape débute avec la nomination d'Ali Larayedh au poste de Premier ministre, accordons à ce dernier le bénéfice du doute, en espérant qu'il marche sur les traces de Hamadi Jebali et qu'il écoute, lui, enfin, les exigences (re)formulées par les Tunisiens au lendemain de l'assassinat de Chokri Belaïd : l'instauration d'une authentique démocratie, mais aussi de l'État de droit, et la mise en oeuvre d'un projet de société en phase avec la riche histoire de ce pays dans lequel chaque citoyen se retrouverait. Tout autre dessein est voué à l'échec, et ses architectes, tôt ou tard, aux oubliettes de l'Histoire. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

Libye : un diplomate tunisien enlevé à Tripoli

Libye : un diplomate tunisien enlevé à Tripoli

Un diplomate tunisien a été enlevé jeudi à Tripoli, selon une source des services de sécurité.[...]

La Tunisie nomme quatre nouveaux ambassadeurs

Sans attendre le traditionnel mouvement diplomatique de l'été, quatre nouveaux ambassadeurs de Tunisie vont être nommés.[...]

Tunisiens noirs et mauvais oeil

Maha Abdelhamid est militante tunisienne, cofondatrice de l'Association de défense des droits des Noirs.[...]

Quand l'émir du Qatar bouscule le protocole tunisien

Lors de sa visite en Tunisie, cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, l'émir du Qatar ne s'est pas encombré du protocole.[...]

Tunisie : les familles des martyrs de la révolution réclament plus de justice

Les familles des martyrs de la révolution se mobilisent mercredi dans la capitale tunisienne. Objectif : protester contre la sentence rendue en appel, le 11 avril, par le tribunal militaire de Tunis contre[...]

Tunisie - Rached Ghannouchi : moi, diplomate

Fort de ses nombreux contacts noués dans le monde arabe, le leader islamiste tunisien se rêve en médiateur sur la scène politique libyenne.[...]

Stéphanie Pouessel : "Beaucoup de Tunisiens reconnaissent l'existence d'un vrai problème de racisme"

Docteur en anthropologie, Stéphanie Pouessel a dirigé l’étude "Noirs au Maghreb. Enjeux identitaires", publié aux éditions Karthala en 2012. Résidente en Tunisie[...]

Microsoft : Jamel Gafsi, numéro 8

Tunisien formé en Allemagne et en France, Jamel Gafsi dirige le Centre d'ingénierie de Microsoft, à Issy-les-Moulineaux. Portrait.[...]

Maghreb : Ô Rap ! Ô désespoir !

De Rabat à Tripoli, ils traduisent, avec des paroles parfois très crues, la colère et les frustrations de la jeunesse face à l'oppression et à l'injustice, mais aussi sa[...]

Street art : Zoo project en toute liberté

L'artiste franco-algérien qui avait rendu hommage aux martyrs de la révolution tunisienne a été retrouvé mort.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers