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28/01/2013 à 10:21
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«Les photos sont là, il ne te reste plus qu'à les prendre », disait Robert Capa, le plus célèbre des grands reporters de guerre. C'est ce qu'a fait le photographe ivoirien Issouf Sanogo sur un terrain vague, non loin de Niono, au Mali, ce 20 janvier. Et l'image glaçante de ce légionnaire français au masque de mort qui fait cette semaine la couverture de Jeune Afrique a aussitôt créé le buzz sur la Toile, mieux que mille mots ou que mille mensonges. Nul doute que ce choix de une agacera les communicants de l'opération Serval, tant ce dérapage symbolique contrevient au message lisse d'une guerre exemplaire et aseptisée. Le risque en effet avec cette image, c'est qu'elle devienne l'allégorie macabre d'une intervention française encore obsédée par le reflet de ses errements coloniaux passés. Il y a moins d'un siècle, après tout, les ancêtres méharistes du légionnaire de Niono combattaient au Nord-Mali ceux des jihadistes d'aujourd'hui.

Soyons clair : Hollande contre Belmokhtar n'a rien à voir avec le général Mangin contre la confrérie Senoussia, et la photo du militaire au masque de Ghost, personnage emblématique d'un jeu vidéo ultraviolent, pour angoissante qu'elle soit, n'est pas plus représentative de l'opération en cours au Mali que les clichés de ce genre pris en Irak et en Afghanistan ne l'étaient du comportement général de l'armée américaine. Mais elle a le mérite de nous rappeler que cette guerre n'est pas un fantasme : exhiber un foulard mortifère sur un théâtre d'opérations n'est pas innocent, confondre réalité et virtualité comme le fait ce jeune soldat, non plus. Si la barbarie dont font montre les affidés d'Aqmi ne surprend plus depuis longtemps, il serait illusoire de s'imaginer que la reconquête du Nord dans laquelle l'armée française est en première ligne se fera sans bavures ni dérapages. Déjà, les exactions auxquelles se seraient livrées certaines unités maliennes contre les collaborateurs supposés - ou avérés - des groupes terroristes inquiètent.

François Hollande, dont la communication de chef de guerre toute de gravité, de concentration et de détermination nous change de l'absence de sobriété de son prédécesseur, se prépare à se rendre à Bamako pour y galvaniser ses troupes. Sans doute a-t-il perçu, derrière le soutien quasi unanime de l'Afrique à l'opération française, l'aveu gêné, presque humiliant, de ce recours à l'ancien colonisateur. Aveu d'impuissance, sur lequel on serait bien inspiré à Paris de ne pas trop appuyer en s'abstenant à la fois de rappeler sans cesse que la France a « sauvé le Mali » et de faire avaler aux Africains - qui sont tout sauf naïfs - la fable d'une intervention désintéressée, tout en expliquant aux Français et aux Européens réticents qu'elle est... dans leur propre intérêt.

La position de Jeune Afrique est sans ambiguïté. Nous approuvons cette ingérence franco-africaine, même si, ne nous voilons pas la face, elle restera jusqu'au bout et avant tout l'affaire de l'armée française. Comme celle qui a conduit à la chute du dictateur Mouammar Kaddafi, elle nous est apparue nécessaire tant il est vrai que l'aide aux peuples en danger ne se marchande pas. Ce qui n'empêche, de notre part, ni la lucidité ni la vigilance.

* De la chanson de Zao, "Ancien combattant"

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