Que l'on ne s'y trompe pas. Sous les dehors débonnaires de son guide et l'apparence d'une association prônant un islam de dialogue, la Jamaa du cheikh Yassine a toujours fonctionné comme une secte dirigée par un gourou. Tout, dans la relation entre un chef à la sacralité « divine » et ses adeptes, renvoie à cette logique messianique incapable par nature de se fondre dans le jeu démocratique. Yassine a toujours monopolisé le rôle d'idéologue et de théoricien unique, étouffant systématiquement toute production d'idées de la part des autres membres de la mouvance, et il a constamment consacré à la tête des instances dirigeantes les mêmes responsables. Ses ouvrages, aux accents parfois antisémites, et ses prophéties, même les plus irréalistes - comme celle qui annonçait l'instauration d'un califat au Maroc pour 2006 -, avaient force de loi.
Confident onirique du Prophète et grand producteur de visions mystiques, Abdessalam Yassine n'a cessé de cultiver l'ambiguïté sur les relations entretenues par certains de ses militants avec le jihadisme le plus radical. Le culte de la personnalité dont il a fait l'objet n'a d'égal que l'opacité du financement de son organisation. Loin des circuits financiers officiels et transparents, les ressources, non négligeables, dont dispose la Jamaa proviennent en majorité de collectes effectuées auprès des Marocains émigrés en Europe et rapatriées en liquide auprès du « commandement » par des personnes physiques. Certes, Justice et bienfaisance n'est pas un corps étranger au Maroc. Mais en refusant par principe de légitimer son action dans un cadre politique officiel, il constitue une anomalie inquiétante.

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