Extension Factory Builder
10/10/2012 à 12:20
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Il règne une affluence inhabituelle au ministère où j'ai rendez-vous. La salle d'attente est pleine comme un oeuf. Dehors, quelques petits groupes attendent. Je préfère rester à l'écart, me disant que mon ami le ministre - un ami de très longue date -, qui m'a invité à déjeuner, doit avoir quelques soucis avec les agents de son département. Je flaire un problème de salaires non payés depuis de longs mois, une promesse non tenue. Mais il n'y a aucune agitation. Curieux. À intervalles réguliers, des hommes et des femmes entrent dans le bâtiment où se trouve le bureau du ministre. Le temps passe. Je finis par m'annoncer. La secrétaire est étonnée : « Le ministre vous attend depuis longtemps. Venez », dit-elle. « Mais je vais le déranger... » « Non, non ! Venez ! » J'accepte. Me voici dans l'antichambre, elle aussi bondée. Le ministre arrive, me sourit franchement et me fait entrer dans son bureau. Quelques personnes s'y trouvent déjà. Mon ami m'explique que c'est la journée « portes ouvertes ». Il reste debout et continue à discuter avec ses hôtes.

Ce que j'entends est édifiant. Chaque visiteur a un problème à soumettre. De jeunes diplômés au chômage demandent une recommandation du ministre auprès de l'un de ses collègues pour être embauchés dans une entreprise dépendant de son département. L'ami leur explique que, de toutes les façons, cela ne sert à rien parce que l'entreprise en question est en difficulté. Ils insistent. D'autres sont venus déposer leur CV pour que le ministre leur trouve du travail. Ce dernier répond que c'est inutile, étant donné que l'État ne recrute pas, et leur propose d'attendre le moment où des investisseurs viendraient créer des entreprises. Ils insistent. Une mère plaide la cause de son fils. Les échanges s'éternisent. À chacun le ministre glisse dans la main un billet de banque plié en quatre. Pour le transport.

J'ai assisté, bien malgré moi, dans un pays d'Afrique centrale, à cette rencontre entre un ministre et le peuple. Et cela me pousse à me poser beaucoup de questions. Partout où je suis passé sur le continent africain, j'ai toujours entendu le peuple critiquer sévèrement les dirigeants, les traitant de tous les noms : voleurs, fornicateurs invétérés, menteurs, corrompus, tribalistes et j'en passe. Mais là, j'assiste à une réunion où le peuple demande à un membre du gouvernement d'intercéder auprès de ses pairs pour obtenir une faveur. Si celui-ci avait été soudoyé, cela aurait un nom : trafic d'influence. Dans ce cas précis, il s'agit de clientélisme. Ou de népotisme. Ou encore de favoritisme. Comment ceux qui ont la dent dure, la critique féroce, peuvent-ils réclamer pour eux-mêmes ce qu'ils ont toujours reproché aux hommes politiques ? On me dira que la vie est difficile, que les gens n'arrivent pas à s'en sortir. Très bien. Mais cela suffit-il pour justifier ce recours à des pratiques qui maintiennent nos pays dans l'arbitraire, l'injustice, l'exclusion ? Des méthodes qui condamnent nos États à être des entités sans foi ni loi ? C'est ce que le peuple veut ? Enfin, le rôle d'un ministre est-il de trouver du travail aux sans-emploi, aux sans-espoir, aux sans-rien ? J'aimerais bien qu'on m'explique pourquoi le peuple marche sur ses principes.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Afrique Subsaharienne

Centrafrique : les groupes armés signent un accord de fin des hostilités à Brazzaville

Centrafrique : les groupes armés signent un accord de fin des hostilités à Brazzaville

Mercredi soir, les délégués du forum de Brazzaville pour la réconciliation en Centrafrique ont signé  un accord de cessation des hostilités. Il doit prendre effet immédiateme[...]

Côte d'Ivoire : sale temps pour le lieutenant-colonel Issiaka Ouattara

Le lieutenant-colonel Issiaka Ouattara alias "Wattao", figure emblématique des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), vient d'être démis de deux de ses fonctions au sein[...]

Terrorisme : une "force armée multinationale" pour lutter contre Boko Haram

Quatre États riverains du lac Tchad vont mettre sur pied "une force armée multinationale" pour lutter contre la menace du groupe islamiste armé nigérian Boko Haram.[...]

Togo : en attendant la présidentielle

À Lomé, la question taraude tous les esprits : dans quelles conditions se déroulera la prochaine élection présidentielle, prévue début 2015 ? À moins d'un an de[...]

Arts : Jimi Hope et la note bleue

Bluesman et grand admirateur de Jimi Hendrix, le musicien Jimi Hope sculpte et peint aussi. Rencontre avec un ovni de l'art.[...]

Nigeria : deux explosions font au moins 42 morts à Kaduna

Deux explosions ont eu lieu mercredi à Kaduna, dans le nord du Nigeria, et fait au moins 42 morts. Le premier attentat visait le convoi d'un dignitaire musulman très critique vis-à-vis de Boko Haram.[...]

Togo : en attendant la présidentielle, le gouvernement persévère

À moins d'un an de la présidentielle togolaise, le climat politique est relativement serein. L'occasion pour le pouvoir de poursuivre les réformes et d'améliorer le quotidien des Togolais.[...]

Togo : comme Nubukpo, ils ont répondu "présents, président !"

Ces quadras issus de grandes écoles ont tous fait une belle carrière à l'étranger. Le chef de l'État les a convaincus de mettre leurs compétences au service du pays.[...]

Somalie : mariés avec 95 ans d'écart

Début de lune de miel somalienne pour Safia (17 ans) et Ahmed (112 ans). Les mariages précoces sont encore légion, comme en attestent les nouvelles statistiques de l’Unicef. De la Somalie à[...]

Centrafrique : l'ex-Séléka accepte de signer l'accord de cessez-le-feu à Brazzaville

Après avoir refusé de participer aux négociations de paix sur la Centrafrique à Brazzaville, l'ex-Séléka a finalement accepté mercredi de signer l'accord de cessation des[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers