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01/05/2013 à 13:24
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Laurent Touchard travaille depuis de nombreuses années sur le terrorisme et l'histoire militaire. Il a collaboré à plusieurs ouvrages et certains de ses travaux sont utilisés par l'université Johns-Hopkins, aux États-Unis.

Le 25 avril, le ministre français de la Défense Jean-Yves le Drian s'est entretenu à Niamey avec le président nigérien, Mahamadou Issoufou. Leur discussion a porté sur le Mali et la stabilité dans la région, en particulier face à la menace du terrorisme. Question que le pays ne prend pas à la légère : le Niger a lui aussi été confronté aux rébellions touarègues entre 1990 et 1997, puis entre 2007 et 2009, ainsi qu'à la présence de jihadistes. En outre, il est directement impliqué dans la crise malienne, avec des troupes déployées sur place (au grand dam du MNLA). Enfin, le président Issoufou a fait part de sa volonté de voir sa nation participer à la mission de maintien de la paix décidée par l'ONU.

C'est dans ce contexte que l'armée de l'air nigérienne a reçu deux Sukhoy Su-25 Frogfoot de l'Ukraine. Dans un premier temps commandés par le Mali, ceux-ci étaient annoncés à l'aéroport de Bamako-Sénou pour le mois de juillet 2012. Cependant, faute d'argent et de capacité à les absorber au sein de forces armées en plein désarroi, le Mali jeta l'éponge, remplacé d’abord par la République démocratique du Congo (RDC). Décision qui semblait alors logique : Kinshasa dispose de 3 à 5 Frogfoot (selon les sources), reliquat d'un total de dix livrés entre 1999 et 2000. Mais l'intérêt de la RDC ne s’est finalement pas transformé en achat et c'est finalement le Niger qui les obtient, en février 2013 !

Redoutable

Il y a un mois, le 27 mars, les Su-25 effectuent leur vol d'essai, devant le président Issoufou, au-dessus de la base aérienne 101. Avec aux commandes des pilotes originaires de pays de l'Est, ils constituent les premiers avions de combat à réaction du Niger. Mais au-delà de l'aspect symbolique, ils représentent surtout une augmentation sensible du potentiel militaire de Niamey. Capable d'emporter une lourde charge offensive (4 400 kg au maximum), bénéficiant de la redoutable puissance de feu de son canon bitubes de 30 mm, le biréacteur trapu est facile à piloter, agile et, avantage non négligeable pour une force avec peu de moyens, simple à maintenir opérationnel. Destiné à l'attaque au sol, il peut également mener des missions de police aérienne.

De l'Afghanistan à la Géorgie en passant par la Côte d'Ivoire, l’appareil a gagné une réputation de robustesse. Ainsi, les armes de petit calibre dont sont abondamment pourvus les groupes armés dans le Sahara n'ont-elles quasiment aucun effet sur le Frogfoot : dans les années 1980, un Su-25 d'une unité soviétique déployée en Afghanistan rentre à sa base après avoir encaissé... 165 impacts ! En revanche, il n'est pas invulnérable aux mitrailleuses lourdes DShK et ZPU, et encore moins aux canons automatiques de 23 mm ZU-23-2, aux missiles sol-air à très courte portée... Or, les rebelles et bandits locaux ont de nombreux DShK, ZPU et parfois ZU-23-2.

Avertissement

Quoi qu'il en soit, avec ces deux Sukhoy, le gouvernement nigérien possède de quoi mettre en pièces tout parti hostile qui serait repéré sur son territoire, à l'instar du Tchad, qui lui aussi, dans la zone, dispose de Su-25. Leur entrée en service sans discrétion fait assurément figure d'avertissement, tant pour d'éventuels jihadistes que pour les Touaregs. Elle démontre aussi, notamment à Paris dont les intérêts stratégiques locaux sont importants (mines d'uranium d'Arlit), que le Niger assume ses responsabilités en matière de sécurité sahélienne. À condition, toutefois, d'avoir les pilotes, ainsi que les pièces de rechange et les munitions pour que volent et interviennent au besoin ces avions d'attaque...

_______

>> Pour en savoir plus : consulter le blog "CONOPS" de Laurent Touchard

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