Extension Factory Builder
29/03/2013 à 16:30
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Florent Couao-Zotti est écrivain.

De réunions en réunions, de déclarations d’intention aux promesses de tout genre, les chefs d’États de la Cedeao ne font qu’ajourner l’intervention des troupes de leurs pays au Mali, depuis l’offensive militaire de l’armée française du 11janvier. Sans arrêt, ils continuent de conditionner  leurs engagements aux décaissements des neuf-cents millions d’euros nécessaires à l’opération. Que des Français se fassent, de temps à autre, canarder par les jihadistes fondus dans le massif des Iphoras, que les Tchadiens soient, par dizaines, fauchés par les snipers fanatisés, les dirigeants africains jouent aux spectateurs compatissants, égrenant à l’occasion des larmes émues sur les cadavres des soldats qui s’amoncellent. Ils attendent, avant d’aller soutenir leur voisin agressé, que les occidentaux leur allongent la monnaie. Ils ont beau invoquer la légendaire solidarité africaine, philosopher sur la destinée commune des pays frères, cette attitude relève, à tout le moins, d’une apathie singulière, à moins qu’il s’agisse de la mauvaise foi.

Certes, des régiments d’infanterie et quelques corps expéditionnaires des armées sous-régionales ont déjà débarqué au Mali, mais leurs nombres, par rapport aux prévisions annoncées, sont si insignifiants que cela frise le service minimum. Le Nigéria, puissance régionale, peut prétexter avoir forte affaire dans son arrière-cour avec les illuminés de la secte Boko Haram ; la Côte d’Ivoire, saignée par le conflit post-électoral, est toute concentrée sur sa convalescence mouvementée. Le Sénégal, occupé à solder les comptes de l’ex-pouvoir Wade, préfère retenir à la maison ses troupes. Quant au Ghana, fidèle à sa réputation, il reste plutôt préoccupé par ses affaires domestiques.

Les armées ouest-africaines sont mal équipées, mal entrainées, peu habituées aux terrains âpres du Sahel et du Sahara.

En fait, les armées sur lesquelles pesait quelque espoir d’engagement sérieux aux côtés des troupes françaises et tchadiennes, trainent les pieds malgré les promesses renouvelées des chefs d’État, malgré la pression diplomatique et parfois irritée de la France. On retrouve là les hésitations, les fuites en avant qui avaient caractérisé la Cedeao lors de l’occupation Nord-Mali. Pendant plus de six mois, chefs d’états-majors, généraux aux torses étoilées avaient multiplié les réunions, défini les stratégies d’intervention, proposé des plans de reconquête. À l’issue de chacune de ces concertations, la même ardoise était souvent brandie aux donateurs internationaux. Comme si le seul décaissement de millions d’euros aurait permis aux forces de la Cedeao de triompher des jihadistes. En fait, cette posture qui avait inspiré la dernière offensive des islamistes, cachait une réalité fort préoccupante : les armées ouest-africaines sont mal équipées, mal entrainées, peu habituées aux terrains âpres du Sahel et du Sahara. En plus, les médias occidentaux ont tellement parlé du supposé surarmement des forces d’occupation que l’idée que les troupes soient décimées devenait une psychose pour les états-majors. On a l’impression d’avoir affaire à de mauvais élèves tellement mal préparés à leurs examens qu’ils prétextent d’une maladie imaginaire pour ne pas y aller.

Pendant ce temps, dans l’armée malienne, les choses ne s’améliorent guère.  Déjà mal en point, divisée par les rancœurs nées du coup d’État ayant renversé Amani Toumani Touré, elle s’offre en spectacle avec la rivalité teigneuse entre ses corps d’élite. Bérets verts et bérets rouges jouent au western urbain alors que les troupes coalisées se font accrocher au Nord.  Cela me fait penser à une maxime populaire au Bénin : « au moment où on se préoccupe de l’avenir du handicapé, celui-ci se préoccupe de savoir danser ». Cette attitude n’inspire pas seulement l’écœurement. Pour beaucoup, elle s’apparente à de l’insouciance suicidaire, mieux, à de l’indignité.
 
      
 

 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

La course pour la direction du Bureau Afrique de l'OMS est lancée...

La course pour la direction du Bureau Afrique de l'OMS est lancée...

Qui, début novembre, succédera à l'Angolais Luís Gomes Sambo à la tête du bureau Afrique de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ?[...]

Mali : ouverture du troisième round de négociations à Alger

Les pourparlers de paix entre le gouvernement malien et les groupes armés ont repris mardi à Alger. Le ministre malien des Affaires étrangères a appelé les différents mouvements à[...]

Mali : réouverture des négociations de paix à Alger

La reprise des pourparlers de paix entre le gouvernement malien et les groupes armés, samedi, à Alger s'inscrit dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu dans le nord du pays.[...]

Mali : à Alger, la médiation face à deux plans de sortie de crise

Alors que la reprise des pourparlers de paix entre le gouvernement malien et les groupes armés a été reportée au 22 octobre à Alger, "Jeune Afrique" a pu se procurer en[...]

Mali : au moins 7 morts dans des combats entre le MNLA et le Gatia près de Gao

Au moins sept personnes ont été tuées lors d'affrontements jeudi après-midi, près de Gao, principale ville du nord du Mali, entre et le MNLA et le Gatia, deux groupes armés touaregs de[...]

Mali : discussions à Alger, combats vers Gao

Le MNLA et le Gatia, une milice progouvernementale, s’affrontent dans la région de Gao depuis jeudi matin. Des combats qui interviennent alors que devaient reprendre à Alger, la veille, des négociations[...]

Mali : Sultan Ould Bady et le Mujao, un jihadiste en rupture de ban

Le jihadiste Sultan Ould Bady serait en conflit avec le Mujao, au nom duquel il a pourtant récemment revendiqué plusieurs attaques contre les Casques bleus au nord du Mali.[...]

Mali : les contrats d'armement surfacturés, une bombe à retardement pour IBK

L'affaire des contrats d'armement surfacturés continue de faire des victimes... jusque dans le cercle rapproché du chef de l'État. Son conseiller spécial, Sidi Mohamed Kagnassi, a dû[...]

Mali - Seydou Keita : "Pourquoi ne pas terminer à l'AS Roma ?"

À 34 ans, Seydou Keita, le milieu de terrain malien, continue d’évoluer au plus haut niveau. Interview.[...]

Mali : quand Moussa Mara rencontre un rebelle

Moussa Mara, le Premier ministre malien, a rencontré discrètement Moussa Ag Acharatoumane, un représentant du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), le 7 octobre à[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers