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29/03/2013 à 14:11
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Une patrouille de l'armée sud-africaine, près de Bangui, en Centrafrique. Une patrouille de l'armée sud-africaine, près de Bangui, en Centrafrique. © Reuters

Laurent Touchard travaille depuis de nombreuses années sur le terrorisme et l'histoire militaire. Il a collaboré à plusieurs ouvrages et certains de ses travaux sont utilisés par l'université Johns-Hopkins, aux États-Unis.

Le 25 mars, les autorités de Pretoria ont confirmé un bilan de 13 soldats tués et 27 blessés, après neuf heures de combat au cours desquelles 200 Sud-africains ont affronté environ 1 000 rebelles de la Séléka. Les militaires envoyés par Jacob Zuma n’ont pas réussi à empêcher les insurgés de prendre le contrôle de la capitale.

Ces soldats appartenaient au contingent de Pretoria, constitué sur la base d'une compagnie parachutiste renforcée, qui a reçu l'ordre de se déployer le 2 janvier 2013 afin d'entamer un programme d'assistance militaire au profit des forces armées centrafricaines.

Le bilan, très lourd, suscite de nombreuses interrogations en Afrique du Sud, d'autant que le soutien au régime de Bozizé y est de plus en plus controversé : Pretoria avait envoyé des conseillers militaires dès 2007, ainsi que des éléments des forces spéciales, pour assurer la protection rapprochée du président.

Pour l'heure, une certitude : le décompte va peser lourd sur le moral des militaires sud-africains, déjà durement affectés par une pléthore de problèmes : 25 % des effectifs sont touchés par le sida, les soldes sont médiocres, les difficultés sociales pour les personnels sont nombreuses (notamment en raison de mauvaises conditions de logement)…

Budgets en baisse…

Tout cela dans un contexte de budget de défense très insuffisant. Selon le groupe Jane's, spécialiste du renseignement militaire, celui-ci a pourtant été légèrement augmenté pour 2013, avec 4,5 milliards de dollars, soit 0,75 % de plus par rapport au budget 2012, ce qui suffit tout juste à couvrir l'inflation, alors que les exigences opérationnelles augmentent, tandis que se pose la question du vieillissement des matériels, voire leur non-remplacement, avec toutes les conséquences néfastes sur l'efficacité globale des South African National Defence Force (SANDF).

Or le président Jacob Zuma affiche sa volonté d'accroître l'influence politique et économique de son pays sur le continent. Ainsi, fin 2012, ce sont plus de 2 000 soldats qui représentent l'Afrique du Sud dans des missions de maintien de la paix au Darfour et en RDC, et dans des missions d'assistance militaire en RCA, au Soudan du Sud, en Tanzanie, en Guinée Équatoriale et en RDC...

Manque de personnel

Le manque de personnel touche toutes les composantes des SANDF, à commencer par l'armée de terre dont les unités sont en sous-effectifs et les équipages de blindés susceptibles de servir dans un rôle d'infanterie, tandis qu'une grande partie des matériels, dont certains relativement récents, comme les Rooikat-76, ou la majeure partie des pièces d'artillerie (notamment les redoutables automoteurs G6 et canons tractés G5), sont en réserve faute de crédits pour leur entretien et leur utilisation. Seuls 13 chars Olifant ont été modernisés aux standards Mk2B (sur un total de 36 prévus).

Dans le cadre du budget 2013, il est prévu qu'une unité des forces spéciales et une autre d'infanterie soient en alerte permanente. Reste que rien n'est indiqué quant au volume de forces concernées : il peut aussi bien s'agir d'une compagnie et d'un bataillon que... d'une section et d'une compagnie !

Si tout le monde se sert la ceinture, l'escadron de transport de personnalités, lui, a multiplié ses missions pour un coût significatif.

L'entraînement s'en trouve évidemment réduit : le rapport annuel du ministère de la Défense* indique que les pilotes de chasse ont volé un total de 857 heures entre le 1er avril 2011 et le 31 mars 2012. Le budget initial ne prévoyant que 250 heures, ce surplus peut sembler significatif. Pourtant, pendant cette période, une douzaine de pilotes sont qualifiés sur JAS-39 Gripen, ce qui représente une moyenne de seulement 71 heures de vol par pilote, alors que l'OTAN considère que 240 à 250 heures sont nécessaires...

Les C-130B et BZ Hercules vieillissent alors que la commande d'A400M a été annulée en 2009. Quant aux voilures tournantes, le manque de crédit induit une faible disponibilité opérationnelle des appareils de transport d'assaut et des hélicoptères d'attaque AH-2 Rooivalk. Du fait de l'importance stratégique de ses façades maritimes, avec 3 900 kilomètres de côtes, Pretoria devrait cependant remplacer les BT-67 de patrouille qui, désormais, ont fait leur temps. Mais dans l'immédiat, ils sont toujours en service, en soutien de la marine. En revanche, l'escadron de transport de personnalités, lui, a multiplié ses missions pour un coût significatif, notamment pour les déplacements de l'ex-ministre de la Défense, ainsi que le dénonce l'édition du 09 novembre 2012 du Mail & Guardian de Johannesburg...

La marine n'est pas épargnée, alors même qu'elle est des plus sollicitées avec l'opération anti-piraterie Copper dans le canal du Mozambique. Des observateurs notent que des défaillances techniques frappent les frégates Meko A200. Aux demandes des parlementaires quant à l'état de préparation des forces navales, l'ex-ministre répond qu'il s'agit d'une information classifiée, ne pouvant être communiquée... Quoi qu'il en soit, ces données sont-elles vraiment nécessaires pour déterminer que le nombre « d'heures en mer » alloué à la marine est trop restreint au regard des attentes ?

Risque de politisation ?

Dernier point, le recours aux SANDF par le gouvernement pour appuyer la police lors des mouvements sociaux de l'été et de l'automne 2012 n'a pas été très bien vécu par les militaires. Manque de reconnaissance des autorités, budget qui n'est pas en adéquation avec les missions confiées, aux contraintes de tâches ingrates (police frontalière) et désormais l’hostilité d'une partie de la population, avec un risque de « politisation » de leur utilisation...

À moyen terme, de « bons élèves » du continent, les SANDF pourraient bien devenir « élèves à problèmes », avec toutes les conséquences désastreuses pour la région, à long terme. Comme le souligne judicieusement Andrew McGregor** : « Il ne serait pas surprenant qu'un effondrement général de l'infrastructure de sécurité sud-africaine invite à l'émergence de mouvements sécessionnistes », d'autant plus que le pays est riche en ressources naturelles qui pourraient attirer les convoitises.

Mais à court terme, une chose est sûre : avec une réputation d'excellence qui s'étiole et avec les lourdes pertes en Centrafrique, les militaires de Pretoria n'impressionneront plus autant leurs éventuels vis-à-vis lors d'opérations extérieures. Avec pour conséquence le risque de voir des attaques similaires survenir, notamment en RDC, ou à l'occasion de toute autre mission de maintien de la paix.

________

* Department of Defence Annual Report 2011/12

** Jamestown Foundation, The South African National Defense Force – A military in Freefall, 25 January 2013

>> Pour en savoir plus : consulter le blog "CONOPS" de Laurent Touchard

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