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25/05/2012 à 12:24
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Tarik Ghezali est ingénieur de formation, auteur d'"Un rêve algérien, chronique d’un changement attendu" (mai 2012, éditions de l’Aube).

Début mai, une délégation emmenée par Elisabeth Guigou portait à Alger au nom de François Hollande un « message d’amitié, mais aussi de changement » considérant qu’il fallait désormais « installer la relation entre la France et l’Algérie au niveau qu’elle mérite ». Comme en écho, le président Bouteflika affirmait le 8 mai à Sétif la nécessité de porter cette relation « vers un avenir où règnent confiance, compréhension, respect mutuel et partenariat bénéfique».

Réchauffement opportun. Rarement deux pays ont été en effet aussi entremêlés, par leur vécu, leur culture, leurs populations. Mais cette histoire intense et profonde tend jusqu’à maintenant à trop regarder en arrière et pas assez devant. En témoigne le foisonnement ces dernières semaines d’émissions, de livres et de numéros spéciaux consacrés à la guerre d’Algérie, à l’occasion du cinquantenaire des accords d’Evian (18 mars 1962). 

Cinquante ans plus tard, la question centrale devrait être désormais : « que faisons-nous de cela ? Pour aller où ? »

Ce foisonnement est le bienvenu : comprendre pourquoi et comment cette guerre s’est déroulée, quelles en ont été les conséquences est essentiel. Mais, cinquante ans plus tard, la question centrale devrait être désormais : « que faisons-nous de cela ? Pour aller où ? » L’Histoire n’est ni un musée, ni un carcan, mais un tremplin vers l’avenir.

Les deux pays ont, il est vrai, un passé douloureux à apaiser et à assumer. C’est le travail et la responsabilité des historiens qui, lentement mais sûrement, parviendront « à construire un récit républicain national qui intègre les deux mémoires, française et algérienne » (Stora).

Mais la France et l’Algérie ont surtout un avenir commun à construire : il s’appelle Méditerranée.

Le défi méditerranéen

La France a été pionnière avec l’impulsion de l’Union pour la Méditerranée (UpM) qui, malgré ses difficultés de mise en œuvre, a eu le mérite de relancer le chantier au niveau régional. L’Algérie, elle, peut et doit sortir de sa torpeur diplomatique et mettre sa formidable force de frappe financière (200 milliards de dollars de réserves de change), sa position géostratégique clé, sa richesse culturelle et historique au service de ce grand projet : la construction d’un espace méditerranéen intégré et prospère.

Un tel espace n’a jamais été autant nécessaire et décisif, pour la France et l’Algérie bien sûr, mais aussi pour l’Europe, l’Afrique, le Moyen-Orient et même le monde dans son ensemble.

Les enjeux qui s’y cristallisent sont cruciaux. Économiques d’abord : la relance de l’Europe et le décollage des pays des rives sud et est de la méditerranée ou encore le devenir énergétique de la planète. Politiques aussi : la démocratisation du monde arabe, la marginalisation de l’extrême droite européenne et de l’intégrisme musulman, les deux cancers des sociétés euro-méditerranéennes. Culturels enfin : la réconciliation de l’Occident et de l’Islam mais aussi la protection et la valorisation d’un patrimoine historique aussi riche que menacé.

La France et l’Algérie ont un rôle clé à jouer, comme moteurs du renouveau et de l’essor de l’espace méditerranéen.

Ce rôle, ils pourraient l’assumer, main dans la main. En effet, seules des nations qui se sont combattues à mort, qui connaissent le lourd tribut de la guerre, peuvent se dépasser ensemble dans un idéal plus grand qu’elles. La France et l’Allemagne l’ont montré en portant la construction européenne. La France et l’Algérie peuvent le prouver sur l’espace méditerranéen.

Le quinquennat français qui s’ouvre et l’imminent cinquantenaire de l’indépendance algérienne (5 juillet 2012) créent les conditions optimales pour l’élaboration d’un nouveau traité d’amitié franco-algérien. Un traité trop longtemps ajourné, qui refonde les relations entre les deux pays dans cette perspective méditerranéenne et s’appuie fortement sur leurs sociétés civiles pour y parvenir.

Bien sûr, les obstacles sont nombreux et les hommes politiques des deux rives ont mille raisons de ne pas s’engager dans cette voie. Mais les deux pays le doivent, sinon à leur histoire, au moins à leur jeunesse qui n’a pas connu la guerre et s’interroge aujourd’hui fortement sur son destin. Si confronter les mémoires est utile, partager les espoirs est plus que jamais nécessaire.

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