Extension Factory Builder
10/02/2011 à 14:42
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Des enfants soldats au Tchad, en décembre 2006. Des enfants soldats au Tchad, en décembre 2006. © AFP

Bien qu’il paraisse plus âgé, Rawan n’a que 13 ans. Il n’avait même pas 11 ans quand il est parti de chez lui pour devenir enfant soldat. Lui et les 40 autres garçons dont nous avons recueilli les témoignages sont la preuve vivante de l’utilisation d’enfants soldats au Tchad.  
 
Tant l’armée que les groupes d’opposition armés continuent d’enrôler des enfants. Ils sont des milliers à avoir rejoint leurs rangs ces dernières années, tandis que le conflit entre les militaires tchadiens et les groupes rebelles s’intensifiait dans la région et que la guerre au Darfour, dans le Soudan voisin, s’étendait à l’est du Tchad.
 
Les enfants recrutés sont en majorité des garçons âgés de 13 à 18 ans, mais les plus jeunes n’ont que 10 ans. Plusieurs reçoivent une formation militaire, notamment au maniement des armes, et beaucoup participent aux combats. Hazam, qui avait 15 ans quand il a rejoint la rébellion, nous a déclaré : « Le plus difficile, c’était de prendre part aux combats. La plupart des autres jeunes avaient mon âge. Il n’y a rien de réjouissant dans la rébellion. »
 
Certains enfants ont été recrutés de force. D’autres ont dit y avoir été encouragés par leur entourage pour venger les homicides et les pillages. Beaucoup ont été contraints de s’enrôler en raison de leur extrême pauvreté et de l’absence d’écoles et de perspectives d’emploi dans leur village. Mahamane nous a expliqué qu’il avait rejoint un groupe armé à l’âge de 13 ans parce que son père était âgé, que la nourriture manquait et qu’il voulait aider sa famille et sa mère.
 
Officiellement, l’armée tchadienne nie enrôler et utiliser des mineurs. Pourtant, Yasin a été recruté par des soldats de l’armée nationale fin 2008, alors qu’il n’avait que 16 ans. Il vivait dans l’un des nombreux camps pour personnes déplacées de l’est du Tchad – de hauts lieux du désespoir où les jeunes garçons sont des proies particulièrement vulnérables pour les recruteurs. Un habitant d’un des camps où nous nous sommes rendus nous a déclaré : « Il n’y a que des vieux dans ce camp. Tous nos jeunes garçons se sont engagés dans l’armée. » Fin 2010, on pouvait encore voir des enfants soldats dans les convois militaires à Abéché, dans l’est du Tchad, et même dans la capitale N’Djamena.
 
Quelques mesures ont été prises pour les démobiliser et les réinsérer dans la vie civile. Toutefois, les programmes sont incomplets, inefficaces et menacés par la persistance de la violence. Seule une petite proportion des milliers d’anciens enfants soldats du Tchad ont reçu l’aide nécessaire pour reconstruire leur vie.
 
Par ailleurs, la situation dans l’est du Tchad reste très instable, et les forces de maintien de la paix des Nations unies se sont retirées fin décembre 2010 à la demande du gouvernement tchadien. L’extrême pauvreté persiste, et de nombreux enfants démobilisés retournent dans les forces ou les groupes armés faute d’autres perspectives, comme la possibilité de suivre un enseignement secondaire ou de trouver un emploi.
 
Le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats sont des pratiques universellement condamnées comme odieuses et inacceptables. Les enfants soldats subissent des dommages physiques, sociaux et psychologiques. Leur recrutement et leur utilisation sont des crimes de guerre – jugés si graves par la communauté internationale que si un État n’a pas la capacité ou la volonté d’en poursuivre les responsables, la Cour pénale internationale peut s’en charger. Pourtant, le mois dernier, le président tchadien Idriss Déby Itno a décrété une amnistie pour les crimes commis par les groupes armés, ce qui signifie que les innombrables atteintes subies par les enfants soldats resteront impunies.
 
Malgré les engagements répétés du gouvernement tchadien, des enfants continuent d’être utilisés comme soldats au Tchad. Cette atteinte scandaleuse aux droits de l'enfant doit cesser.

Consulter le rapport d'Amnesty International "Un avenir compromis. Les enfants recrutés par l'armée et les groupes armés dans l'est du Tchad".

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tchad

Cameroun : 3 soldats tchadiens et 123 islamistes tués lors d'attaques de Boko Haram

Cameroun : 3 soldats tchadiens et 123 islamistes tués lors d'attaques de Boko Haram

Trois soldats tchadiens ont été tués lors d'attaques menées par le groupe islamiste nigérian Boko Haram dans le nord du Cameroun, selon un communiqué de l'armée tchadienne pr&eacu[...]

Boko Haram : intervention tchadienne, présence française et métastases

La lutte contre Boko Haram est LE sujet du sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine qui se tient du 30 au 31 janvier à Addis-Abeba. Dernières nouvelles du front.[...]

L'UA souhaite une force multinationale de 7500 hommes contre Boko Haram

Le conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine s'est fermement engagé jeudi soir en faveur de la création d'une force multinationale contre Boko Haram. Les dirigeants africains plaident aussi[...]

ONU - Hiroute Guebre Sellassie : "Boko Haram nous concerne tous"

Pour Hiroute Guebre Sellassie, l’envoyée spéciale de Ban Ki-moon au Sahel, Boko Haram n’est pas que le problème du Nigeria et la communauté internationale doit se mobiliser avant[...]

Jusqu'où ira Boko Haram ?

Le monstre grandit aux confins du Nigeria. Villes et villages tombent les uns après les autres, toujours dans le sang, et personne ne paraît en mesure d'arrêter les islamistes armés. Ni le[...]

Boko Haram : Shekau menace Déby, Biya et Issoufou

Dans une mise en scène vidéo dont il est coutumier, Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram, a défié les pays voisins du Nigeria de l'attaquer, au moment où ceux-ci se sont réunis[...]

Sécurité : à Niamey, la communauté internationale s'est réunie contre Boko Haram

Une vingtaine de pays et d'organisations régionales et internationales se sont réunies ce mardi à Niamey pour tenter de mettre sur pied une force multinationale efficace contre l'avancée du groupe[...]

L'armée tchadienne poursuit son déploiement au Cameroun pour lutter contre Boko Haram

L'armée tchadienne poursuivait lundi son déploiement dans le nord du Cameroun pour lutter contre Boko Haram. Mais entre les contraintes opérationnelles et diplomatiques, l'offensive ne devrait pas être[...]

Justice tchadienne : retour vers le passé pour Baba Laddé

À Bangui et à N'Djamena, les spéculations vont bon train depuis l'arrestation de Baba Laddé, le 8 décembre en Centrafrique, et plus encore depuis son inculpation par la justice[...]

Cameroun : Boko Haram enlève une soixantaine de personnes, l'armée tchadienne se déploie

Boko Haram a lancé dimanche un nouveau raid meurtrier dans l'Extrême-Nord du Cameroun, enlevant une soixantaine de personnes. Parallèlement, l'armée tchadienne a commencé à se[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Purging www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20110209170353 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20110209170353 from 172.16.0.100