Extension Factory Builder
20/09/2010 à 10:50
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Jimmy Carter, le 25 octobre 2007, à New York. Jimmy Carter, le 25 octobre 2007, à New York. © AFP

Alors que le sommet consacré au suivi des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) se poursuit à New York, une attention particulière est tout naturellement accordée aux domaines où les progrès ont été les plus décevants. L’objectif d’améliorer la santé maternelle, loin d’être atteint dans les pays les plus pauvres, est au nombre de ces domaines prioritaires. 

Les discussions portent largement sur les engagements pris par les pays riches pour augmenter les aides internationales, et sur l’efficacité de l’utilisation de ces ressources par les gouvernements des pays en développement. Malheureusement, le mariage des enfants, et les conséquences désastreuses de cette pratique sur la santé de millions de femmes et de jeunes filles, ne sont pas au cœur des débats.
 
Il ne fait pourtant aucun doute que le mariage des jeunes filles a considérablement entravé la réalisation de six des huit objectifs du Millénaire pour le développement. Nos espoirs de réduire la mortalité infantile et maternelle, de combattre le VIH/Sida et de parvenir à l’éducation primaire pour tous – et par là même, nos ambitions de réduire l’extrême pauvreté et de promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes, se heurtent au fait que dans les pays en développement, une fille sur sept est mariée avant d’avoir atteint l’âge de 15 ans – un sort majoritairement réservé aux filles.
 
Les chiffres sont sans appel. Dans les pays pauvres, le taux de mortalité chez les nourrissons de moins d’un an est 60 % plus élevé lorsque la mère est âgée de moins de 18 ans. Le risque de mourir au cours de la grossesse ou de l’accouchement est cinq fois plus important chez les filles âgées de moins de 15 ans que chez les femmes de plus de 20 ans. Le manque d’information, le mariage avec des hommes bien plus âgés et la difficulté d’exiger des pratiques sexuelles protégées sont autant de facteurs qui exposent davantage les jeunes filles mariées aux risques d’infection par le VIH que celles qui sont célibataires.
 
Une fois mariées, les jeunes épouses sont davantage susceptibles de renoncer à leurs études pour se consacrer aux tâches domestiques et à l’éducation de leurs enfants. Mais cette discrimination à l’égard de l’éducation des filles commence bien plus tôt. Dans les sociétés où le mariage précoce est monnaie courante, l’éducation des filles peut sembler un investissement sans grand intérêt. 
 
La pauvreté est l’un des principaux moteurs du mariage précoce. Dans nombre de pays et communautés pauvres, le mariage d’une jeune fille soulage une famille du coût d’une bouche à nourrir. La dot que les parents reçoivent en échange de la main de leur fille peut également représenter une source de revenus salutaire pour les familles dans le besoin.
 
Les répercussions se font sentir d’une génération à l’autre. Les enfants de mères jeunes et peu instruites ont des taux de réussite scolaire moins élevés et à gagner des revenus moins importants une fois adultes, perpétuant ainsi le cycle de la pauvreté.
 
Le mariage des enfants existe sur tous les continents, mais il est particulièrement répandu en Asie du Sud et dans certaines régions d’Afrique subsaharienne. 65 % des jeunes filles sont concernées au Bangladesh, 48 % en Inde, 76 % au Niger et 71 % au Tchad. Au cours de la prochaine décennie, on estime que 100 millions de filles seront mariées avant d’avoir atteint leur 18e anniversaire.
 
Les ravages sur les jeunes filles et leurs communautés étant si clairement établis, on s’attendrait à ce que le mariage des enfants soit une priorité au plan national et international. Mais l’écart est frappant entre, d’une part, la portée et la gravité de ce problème et, d’autre part, l’attention qui lui est accordée.
 
Certes, nous comprenons que beaucoup hésitent à intervenir dans un domaine qui, d’ordinaire, est considéré comme relevant de la sphère familiale. Nous savons aussi que le mariage des enfants est profondément ancré dans les traditions de nombreuses sociétés, et qu’il est trop souvent cautionné par les autorités religieuses. Changer ne sera pas chose facile.
 
Toutefois, certains signes indiquent que, suite à des campagnes menées par des activistes sur le terrain et aux nouvelles opportunités qui s’ouvrent aux femmes, le mariage des jeunes filles est en déclin dans certaines régions du monde. Mais au rythme actuel, il faudra plusieurs centaines d’années avant que cette pratique ne disparaisse. Le défi auquel nous sommes confrontés consiste à trouver les moyens d’aider les communautés concernées à accélérer les changements.
 
C’est pourquoi nous, les Elders, nous nous engageons à attirer l’attention de tous sur les effets ravageurs du mariage précoce, et à soutenir les efforts de ceux qui luttent pour y mettre un terme. Nous souhaitons renforcer  le dialogue, le débat et l’information, en particulier au niveau des communautés.
 
Nous cherchons résolument à dialoguer avec les autorités religieuses sur cette question. À notre connaissance, aucune religion n’encourage explicitement le mariage des enfants. Le fait que cette pratique soit tolérée, voire approuvée par certains chefs religieux dans de nombreuses communautés tient davantage de la tradition et de la coutume que de la doctrine. Mais nous ne pouvons garder le silence lorsque la foi ou les traditions séculaires sont détournées pour bafouer les droits des filles et des femmes, avec pour effet l’enfermement de leurs communautés dans la pauvreté.
 
Au fil des années, nous avons appris qu’un tel changement social ne saurait être imposé. L’impact des lois demeure limité. Une majorité écrasante de pays a déjà légiféré contre le mariage des enfants, soit au niveau national, soit en signant des traités internationaux qui proscrivent cette pratique. Mais sur le terrain, rien n’a changé. En Zambie, par exemple, l’âge minimum légal du mariage est de 21 ans, mais 42 % des filles sont mariées avant l’âge de 18 ans et près d’une fille sur 12 avant ses 15 ans. Des incohérences similaires ont été relevées dans plusieurs pays.
 
S’il est nécessaire que les autorités prennent la loi plus au sérieux, l’évolution sera plus rapide si les communautés reconnaissent que l’éducation d’une fille a une valeur économique et sociale qui dépasse la valeur de sa dot. Cela passe par un débat mené avec respect et prudence, des dirigeants réfléchis, ainsi que des aides financières qui permettront aux filles de poursuivre leurs études. Nous devons également apporter un soutien plus important à l’échelle communautaire, nationale et internationale aux groupes qui luttent contre le mariage des jeunes filles.
 
Mais surtout, il est grand temps de reconnaître que nous ne pouvons améliorer les conditions de vie des filles et des femmes les plus pauvres et les plus marginalisées sans s’attaquer directement et ouvertement aux conséquences du mariage des enfants – et sans avoir pris l’engagement d’y mettre un terme.
 
L’ancien président des États-Unis Jimmy Carter et l’ancien président du Brésil Fernando Henrique Cardoso sont membres de The Elders. www.theElders.org  
 
 
 
Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

AUTRES

Vidéo : les députés kényans en viennent aux mains lors du vote d'une loi antiterroriste

Vidéo : les députés kényans en viennent aux mains lors du vote d'une loi antiterroriste

Le vote d'une loi sécuritaire très controversée jeudi par l'Assemblée nationale kényane s'est déroulé dans un chaos indescriptible. Les membres de l'opposition dénoncent un[...]

RDC : on marche sur la tête !

Mais à qui pensait donc Joseph Kabila lorsqu'il a prononcé cette petite phrase - c'était à Dakar, le 29 novembre, lors du sommet de la Francophonie : "Nous sommes nombreux qui, si[...]

RDC : Anderlecht refuse de laisser N'Sakala jouer la CAN

Né en France mais d’origine congolaise (RDC), Fabrice N’Sakala avait effectué les démarches pour porter le maillot des Léopards. Mais Anderlecht, le club belge qui l’emploie, lui a m[...]

Documentaire : "Eau argentée", contre la guerre

Le documentaire "Eau argentée" de Ossama Mohammed et Simav, sorti en salles le 17 décembre à Paris, est un bouleversant témoignage sur le conflit syrien et un âpre réquisitoir[...]

Niger : libération d'otages, Akotey raccroche

Après avoir accompli une vingtaine de missions dans le désert, le Nigérien Mohamed Akotey souhaite mettre un terme à ses activités de libérateur d'otages.[...]

Diaspora : Consuelo Cruz Arboleda, Africaine-Sud-Américaine

Depuis presque dix ans, cette Colombienne installée à Madrid coordonne le groupe afro-socialiste au sein du Parti socialiste ouvrier espagnol.[...]

Internet : Bouteflika, Kabila, Bongo… Noms de domaines en solde !

Alibongo.com, josephkabila.com, abdelazizbouteflika.com… Des noms de domaine de premier niveau (les .com) de certains chefs d'État africains qui n'ont pas eu la diligence de les réserver à temps sont en[...]

Sondage : votez pour le footballeur africain de l'année 2014 !

Coupe du monde, éliminatoires de la Coupe d'Afrique des nations 2015, championnats, ligues des champions... L'année footballistique a été riche en rebondissements et les joueurs ont été no[...]

Nigeria : Boko Haram enlève près de 200 personnes, dont des femmes et des enfants

Les islamistes de Boko Haram ont attaqué dimanche un village dans le nord-est du Nigeria. Lors de l'assaut, 32 personnes ont été tuées et au moins autres 185 enlevées. Parmi elles figurent des fe[...]

Burkina : quand Zida et Kafando font le ménage dans les écuries de Compaoré

Depuis leur arrivée aux affaires, les autorités de la transition burkinabè, guidées par le Premier ministre Issac Zida et le président Michel Kafando, mènent progressivement une opé[...]

Cameroun : l'armée riposte à Boko Haram et tue 116 de ses combattants

Les soldats camerounais positionnés à Amchidé, à la frontière avec le Nigeria, ont "riposté" à une attaque de Boko Haram mercredi, tuant "116 islamistes", a d&[...]

Centrafrique : quel avenir pour les déplacés du camp de Mpoko ?

Les jours du camp de déplacés de l'aéroport de Mpoko sont-ils comptés ? Du côté de la Minusca ou du gouvernement centrafricain, l'installation dérange et les acteurs humanitaires son[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers