Zimbabwe - Politique
Robert Mugabe(167) - choléra(123) - Morgan Tsvangirai(112)
16/12/2008 11:55:42 | Jeune Afrique | Par : François Soudan

Le cœur des ténèbres

C’est une photo crépusculaire, une image vespérale de linceul, prise il y a quelques jours au carré des Héros de Harare. Celle d’un libérateur devenu dictateur et de son épouse, auxquels les lunettes fumées donnent l’allure sinistre d’un couple de tontons macoutes. Sur fond de choléra galopant – vingt mille contaminés, huit cents morts au bas mot – et d’inflation cataclysmique – huit quintillions pour cent, soit 8 suivi de 18 zéros ! –, le Zimbabwe de Robert Mugabe est devenu un cauchemar. Il n’y a plus d’eau courante, plus de médicaments dans les hôpitaux et plus de professeurs dans les écoles, le salaire d’un enseignant ne valant même pas le prix du ticket de bus pour s’y rendre. Pris dans le tourbillon d’une paranoïa hallucinée, le pouvoir hurle au complot, dénonce une invasion imminente, accuse l’Occident d’infecter le peuple à coup de virus génocidaires et rejoue Fort Alamo entre Zambèze et Limpopo : « On a conquis ce pays à la pointe du fusil, dit Mugabe, on le défendra de la même manière. » Jusqu’au dernier Zimbabwéen.

Cette résistance autistique de la part d’un homme de 84 ans, qui a héroïquement délivré tout un peuple des griffes du racisme avant de le plonger dans la misère, pourrait quelque part avoir du chien, de la gueule et une certaine esthétique du désespoir. Hélas, il n’en est rien. Si Mugabe s’agrippe aux commandes de son Titanic, c’est parce que lui et les siens ont peur. Peur d’être arrêtés, jugés, humiliés par leurs ennemis. Flairant l’odeur de la mort, l’ambigu Morgan Tsvangirai refuse d’ailleurs toute concession et toute garantie susceptibles d’apaiser les craintes du patriarche, quand bien même elles seraient la seule chance d’éviter un bain de sang. Pourquoi s’épuiser à cueillir une mangue, se dit-il, quand elle est prête à tomber ? Même s’il ne nous plaît guère, à J.A., de mêler notre voix au chœur hypocrite des cassandres blanches, même si nous ne savons ni quand ni comment, une chose est sûre : Mugabe must go.

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