02/06/2009 à 15h:45 Par Fouad Laroui
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L’un des grands sujets de discussion en ce moment, au Maroc, c’est le code de la route, ou plutôt la réforme dudit code. Les uns sont pour, les autres sont contre, la plupart de ceux à qui j’ai parlé n’ont d’ailleurs pas lu le moindre article du projet mais ça n’empêche personne d’avoir un avis. Nous sommes comme ça, au Maghreb : nous n’avons pas besoin de savoir pour être pour ou contre. Nous nous fions à notre instinct, qui ne nous trompe jamais. Nous réfutons avec assurance Darwin sans avoir lu une ligne de L’Origine des espèces. Nous savons que Freud était un âne : il suffit de regarder sa photo. Et Marx s’est trompé dans ses analyses économiques, c’est évident, d’ailleurs il a fait un enfant à sa bonne. Pour en revenir au code de la route, j’ai rencontré une dame à El-Jadida qui est pour la réforme parce que le ministre concerné, Karim Ghellab, a une bonne bouille. Ça lui suffit. Et à Casablanca, je suis monté dans un taxi dont le conducteur m’a démontré, tout en conduisant d’un doigt négligent, que la reforme est forcément mauvaise puisque ce même ministre a vécu plusieurs années hors du pays (« il confond la Suède et le Maroc »).

Je lui ai demandé, accroché à mon siège – inutile de préciser qu’il n’y avait pas de ceinture de sécurité dans le véhicule –, je lui ai demandé s’il avait lu le projet de nouveau code. Il m’a répondu du tac au tac :

– Pourquoi devrais-je lire un mauvais projet ? Je n’ai pas mieux à faire ?

Cette logique-là, même Aristote n’aurait pu la réfuter. Et à propos de ceinture de sécurité, goûtez l’anecdote suivante, parfaitement authentique : il y a quelques semaines, le célèbre islamologue franco-algérien Mohammed Arkoun débarque à l’aéroport de Casablanca pour prendre part à un séminaire qui se tient à Benguérir, soit à une bonne centaine de kilomètres de là. Prévoyants, les organisateurs ont envoyé un taxi à l’aéroport pour quérir l’illustre professeur. Hélas, le tacot ne dispose pas de ceinture de sécurité. Arkoun refuse d’y monter et s’en va héler un des taxis qui font la queue, là-bas, sous le soleil. Aucun n’a jamais entendu parler de ceinture de sécurité. Outré, Arkoun reprend illico l’avion et rentre à Paris. À Benguérir, on l’attend encore…

Dans cette affaire, le plus étonnant reste l’attitude de certains émigrés de retour au pays. L’un d’eux, avec qui j’ai eu le malheur de faire quelques kilomètres entre Tanger et Ksar Sghir, la semaine dernière, roulait à tombeau ouvert, ne respectait aucune priorité et prenait allègrement les voies à contresens… Or, en Europe, il se conforme plus ou moins à la loi. Alors pourquoi ce changement d’attitude ? Je lui ai timidement posé la question – timidement, car j’étais dans sa voiture, à sa merci…

– Comment ça, changement d’attitude ?

– Ben, en Europe, tu respectes le code de la route alors qu’ici…

– Ah bon ? Il y a un code, ici ?

Tel que. En tout cas, ce bref échange m’a converti : je suis devenu un fan de la réforme – sans avoir lu le projet, bien sûr. Car soyons logique : si la réforme passe, même dans l’hostilité générale, au moins ne pourra-t-on plus ignorer qu’il y a bel et bien un code de la route au Maroc… 

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