Lâché par une partie de ses troupes, le chef des rebelles touaregs paraît de moins en moins soutenu dans sa lutte contre le pouvoir central.
Le parcours chaotique d’Ibrahim Ag Bahanga, chef du mouvement touareg de l’Adrar des Ifoghas, dans l’extrême nord-est du Mali, est celui d’un rebelle permanent. Il entame sa « carrière » dans les rangs de l’Azawad, à la fin des années 1980. Il n’y brillera pas particulièrement. Il est vrai que ses faits d’armes relèvent plus de la légende que de la réalité du champ de bataille. Comment, avec un parcours aussi terne, a-t-il fini par s’imposer ? Son jusqu’au-boutisme, sans doute.
Tombouctou, mars 1996. Le président Alpha Oumar Konaré et son invité, le Ghanéen Jerry Rawlings, président la cérémonie de la Flamme de la paix. Les rebelles de l’Azawad ont déposé leurs armes et en ont fait un bûcher symbolique. En marge des festivités, un homme boude. Ibrahim Ag Bahanga estime que ses chefs ont trahi la cause touarègue. Il regarde son arme qui se consume et rumine le sort que lui a réservé l’accord de paix : une intégration au sein de l’armée avec le grade de simple caporal. Indigne de son rang princier au sein de la tribu des Kel Ifoghas. Quelques mois plus tard, il déserte. En décembre 2000, il attaque une position de l’armée, achève des blessés et prend en otages une dizaine de soldats. Ses revendications ? Transformer son village, Tin-Essako, en commune et réintégrer l’armée. Au bout de longs mois de négociations, Bahanga relâche ses prisonniers. Tin-Essako devient une municipalité, mais Konaré est intransigeant : pas question de réintégration au sein de l’armée.
En mai 2006, Bahanga fédère les mécontents de sa communauté au sein d’une Alliance démocratique pour le changement (ADC) et revendique… l’indépendance. Ses compagnons de l’ADC tentent de nuancer ses exigences et demandent une large autonomie pour la région de Kidal. « Pas question, répondent les autorités de Bamako et le facilitateur algérien, l’intégrité territoriale du Mali n’est pas négociable. » Un accord est signé à Alger, le 4 juillet 2006. Une nouvelle fois, Bahanga boude la cérémonie. L’accord fait long feu, et le rebelle multiplie les violations, avec de nombreuses attaques contre les convois de l’armée. Ses rapports avec les salafistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) implantés sur le même territoire ainsi qu’avec les trafiquants en tout genre sont troubles. Son intransigeance finit par lasser ses plus fidèles compagnons, dont le lieutenant-colonel Hassan Fagaga, qui décide, le 4 janvier 2009, à la tête de 300 combattants de l’ADC, de déposer les armes. Plus seul que jamais, il est aussi lâché par son parrain libyen, Mouammar Kaddafi, qui se félicite de la reddition de Fagaga. Quinze jours plus tard, l’armée malienne prend d’assaut la base arrière de Bahanga à Tinsalak. Lâché par les siens, traqué de toutes parts, l’homme qui rêvait d’être un héros touareg est aujourd’hui un vulgaire bandit de grand chemin.

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