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05/01/2009 à 16:49
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Les manifestations pro- ou anti-Tandja se multiplient dans le pays. Les uns assurent que le pays veut le maintien du président jusqu’en 2012, les autres crient au « coup d’État civil ». Le chef de l’État, lui, se tait et observe.

Zakarie Ngojé a failli se faire lyncher. Ce jeune enseignant, venu défendre le 27 décembre, sur les ondes d’une radio privée, la prolongation du mandat du président Tandja, a été pris à partie par un groupe de femmes venues manifester leur opposition à cette prolongation. Zakarie Ngojé fait partie du Mouvement populaire pour la poursuite des actions du président Tandja, appelé « Tazarce » (à prononcer « tazarché »), « ça n’a qu’à continuer » en langue haoussa. Les manifestantes, elles, font partie d’un groupe de soutien à l’ex-Premier ministre, Hama Amadou, emprisonné depuis plusieurs mois, dans l’attente de son procès devant la Haute Cour de justice.

Jusqu’à présent, le président Mamadou Tandja ne s’est pas personnellement exprimé sur le sujet. Il laisse s’organiser des manifestations en sa faveur. Officiellement, le chef de l’État termine en 2009 son deuxième et dernier mandat. Ses supporteurs, n’ignorant pas que la Constitution interdit un troisième terme, emploient une méthode éculée : faire croire que la rue demande son maintien et qu’il ne peut qu’accéder aux souhaits de son peuple. Le mouvement a pris le nom de « Tazarce », utilisé depuis plusieurs années au Nigeria voisin, avec une connotation négative, pour qualifier les manœuvres visant à rester au pouvoir. Au Niger, la pilule ne passe pas si facilement. « Le président Tandja a juré sur le saint Coran de faire respecter la Constitution nigérienne. Il n’a qu’à finir son mandat et partir. Le peuple ne lui accordera pas une seconde de plus. Que cela soit clair. Sinon il nous trouvera sur son chemin ! » clame une militante du Mouvement national pour la société de développement (MNSD), le parti au pouvoir, divisé aujourd’hui entre les pro-Tandja, et les pro-­Amadou.

 

Au nom du tazarce

L’hebdomadaire indépendant Le Républicain, de Mahamane Abou, n’hésite pas à parler de tentative de « coup d’État civil », Le Démocrate évoque un « coup tordu contre la Constitution », et L’Événement traite les « tazarchistes » de hors-la-loi ! Quant aux principaux animateurs de la dynamique société civile nigérienne, qui s’est particulièrement illustrée lors des mouvements contre la vie chère, ils jurent de s’opposer, « par tous les moyens », à une éventuelle modification de la Loi fondamentale et organisent régulièrement des manifestations.

Le Tazarce est basé sur un argument spécieux : donner plus de temps au chef de l’État pour qu’il « mène à terme ses nobles missions ». Cependant, les animateurs de ce mouvement se veulent légalistes. « Nous sommes des républicains ; il n’est donc pas question d’un coup de force », assure l’ancien ministre Daouda Diallo, l’une des principales têtes pensantes du parti au pouvoir. « Nous savons bien qu’aucune disposition de la Constitution ne prévoit une prolongation du mandat des institutions, mais nous devons prendre en compte un certain nombre de paramètres qui ont trait au contexte ­politique et social ainsi qu’à l’environnement régional et international. Le bilan du président Tandja plaide largement en sa faveur. Et nos populations en sont conscientes. Nonobstant la crise au Nord, qui est en voie de résolution, le Niger est à l’aube d’une ère de prospérité, grâce à la mise en valeur des richesses de notre sous-sol », plaide M. Diallo.

La Loi fondamentale nigérienne laisse en effet peu de possibilités de manœuvre à ceux qui seraient tentés de la tripatouiller. Les révisions de fond sont quasi impossibles. Même un référendum ne peut décider d’un ­quelconque changement dans la Constitution. La seule possibilité serait une loi, examinée après accord des trois quarts des 112 députés, puis adoptée à la majorité des quatre cinquièmes. Dans la configuration actuelle de l’Assemblée nationale nigérienne, il y a peu de chances qu’un tel cas de figure puisse s’appliquer.

 

Pirouette sémantique

Les militants du Tazarce défendent donc l’idée d’une « prolongation » de trois ans du mandat présidentiel, pirouette sémantique qui permet de rester dans le cadre d’un second mandat, étendu, et non pas d’en briguer un troisième. Et, pour amadouer les élus locaux, en particulier les députés, ils prévoient de reporter également jusqu’en 2012 les élections locales. Or des scrutins sont prévus en 2009 dans les communes, les départements et les régions.

Ces élections auraient déjà dû avoir lieu en 2008. Elles ont été reportées, grâce à une prolongation d’un an des mandats, sur demande du Conseil national du dialogue politique pour laisser le temps d’effectuer un toilettage des listes électorales. Celles-ci datent de 1992 et sont contestées par l’opposition. Si les nouvelles listes ne sont pas prêtes pour juin, l’opposition pourrait avoir à réclamer un nouveau report…

Ce qui explique le silence de la­ ­grande majorité de la classe politique, qui hésite à se prononcer sur le fond. Et les grandes manœuvres ne commenceront que lorsque le chef de l’État se sera clairement exprimé sur la prolongation de son mandat. 

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