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12/08/2013 à 10:17
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"Le travail, c'est la santé", chantait Henri Salvador. "Le pouvoir, c'est la conserver", fredonne Robert Mugabe. Reconduit, le 31 juillet, avec 61 % des voix et deux tiers des sièges à l'Assemblée pour un nouveau mandat de cinq ans, l'autocrate zimbabwéen doit certes son statut de doyen planétaire des chefs d'État élus aux miracles de la médecine singapourienne et son apparence inoxydable au duo Botox-teinture capillaire, déjà expérimenté avec succès sur Kadhafi et Berlusconi. Mais pas seulement. Contrairement à son entourage, Mugabe est un ascète, dont les capacités d'autodiscipline impressionnèrent jadis ses compagnons de prison, doublé d'un politicien redoutable auprès de qui son adversaire, Morgan Tsvangirai, apparaît au mieux comme un naïf, au pire comme un incompétent. "Le fait d'avoir 89 ans ne signifie rien pour moi, peut donc se permettre de dire le camarade Bob. Si je me suis présenté, c'est pour aller au bout de mon mandat." Jusqu'à 94 ans, donc.

>> Lire aussi : Zimbabwe : plus de 305 000 électeurs ont été empêchés de voter, selon la Commission électorale

Les scrutins du 31 juillet - organisés par un homme passé maître dans l'art de faire voter les fantômes et une administration dont tous les fonctionnaires appartiennent au parti au pouvoir (le responsable des listes occupe ce poste depuis... 1980) - ont à l'évidence été entachés de graves irrégularités préélectorales. Mais les opérations elles-mêmes se sont déroulées sans heurts ni violences, et ce simple fait a manifestement suffi pour que l'Union africaine et la Communauté de développement de l'Afrique australe, pour qu'Olusegun Obasanjo et Jacob Zuma les valident. Comme s'il s'agissait d'opérer un choix obligé entre deux entités contradictoires, la paix civile et la démocratie, et qu'à tout prendre la stabilité devait passer avant le respect du droit des citoyens. Débat de fond en réalité qui fige les dirigeants africains dans ce que Pascal Lamy appelait il y a peu dans nos colonnes "la tentation confucéenne" et que l'on pourrait résumer ainsi : la réduction de la pauvreté sous toutes ses formes est une condition préalable de l'éveil démocratique, lequel ne pourra advenir que d'une classe moyenne pour l'instant embryonnaire. En attendant, il convient de maintenir la stabilité à tout prix.

Si les expériences rwandaise et éthiopienne, qui relèvent de ce type de vision, méritent d'être débattues, le cas du Zimbabwe en illustre précisément les limites. Pour connaître l'étendue des responsabilités de l'ancien colonisateur britannique et d'une bonne partie de la communauté des ex-Rhodésiens blancs dans la dérive qu'a connue ce pays, nous n'avons jamais, à Jeune Afrique, participé à la diabolisation d'un ancien combattant de la liberté dont la popularité demeure forte, tant chez lui, en zone rurale, qu'en Afrique subsaharienne. Mais, depuis que le Zimbabwe a sombré dans l'horreur économique et la répression politique, nous ne cessons de dire que le meilleur service que pourrait rendre l'icône muée en despote serait de quitter un pouvoir qu'il exerce depuis trente-trois ans.

>> Lire aussi : Zimbabwe : Robert Mugabe, président ... à vie ?

Il a raison, Robert Gabriel Mugabe : l'âge, en soi, ne signifie rien. Seuls comptent la longévité à la tête de l'État et ce qu'on en a fait. Or, en 2018, si Dieu et la bionique lui prêtent vie, le maître de Harare aura dépassé toutes les dates de péremption, sauf une : il aura encore le droit de se représenter et de demeurer président jusqu'à 99 ans. Il n'est pas sûr que le Zimbabwe y survive... 

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