Extension Factory Builder

Marie Théophane Nang : l'énergie de bâtir

20/06/2013 à 12:24
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Son métier permet d'allier Son métier permet d'allier © Bruno Levy pour J.A.

Fille de diplomate, l'architecte a mis à profit le nomadisme de ses jeunes années pour se construire à travers son métier. Le credo de Marie Théophane Nang : "faire et bien faire".

À l'évidence, son enfance placée sous le signe du voyage n'est pas étrangère à sa vocation. « Mon père étant diplomate, nous changions souvent de pays. Du coup, je ne savais jamais où j'allais être le lendemain. J'ai donc choisi d'être architecte, sachant que je pourrais exercer ce métier quel que soit l'endroit où je me trouverais. On a besoin de construire partout, et l'architecture est une technique universelle qui permet de créer une unité de lieu et un espace organisé, ce dont j'avais besoin pour concilier nomadisme et sédentarité », explique Marie Théophane Nang.

Cette Camerounaise d'origine, aînée d'une fratrie de sept enfants, a passé les vingt premières années de sa vie dans diverses capitales : d'abord à Yaoundé, où elle naît le 23 mars 1963, puis à Brazzaville (Congo), où elle apprend le lingala, sa « première langue africaine » - elle apprendra plus tard l'ewondo, la langue de ses parents -, et Bangui (Centrafrique). Retour ensuite à Yaoundé avant d'atterrir à Paris en 1979, où elle fréquente le cours Bossuet-Notre-Dame puis l'Institut Sainte-Thérèse, tout en étant pensionnaire chez les religieuses. De son passage dans ces écoles catholiques, « une formation exigeante, tournée vers l'excellence », elle a gardé un goût prononcé pour les églises, où elle ressent « la vie au-delà de la vie ». Un besoin de spiritualité qui la conduira, plus tard, sur les chemins de Compostelle.

D'autres motivations expliquent aussi son choix. Très tôt, cette douée en maths aspire à une profession où l'on peut allier « l'art et la technique, le rêve et le concret ». Après avoir passé un bac C, elle s'inscrit à l'Unité pédagogique d'architecture (actuelle école d'architecture Paris-Villemin), d'où elle sort en 1988 diplômée par le gouvernement (DPLG). Ce qui lui permet de trouver un terrain d'entente avec son père, ingénieur en travaux publics, qui la voyait ingénieure.

Parce qu'elle veut s'installer au Canada, pays forestier comme son Cameroun natal, elle passe un DESS d'ingénieur en structure bois en 1990. Mais se sédentarise en France, après avoir rencontré Philippe, son compagnon, avec lequel elle aura deux enfants.

À partir de 1989, année de la création d'Arke Tekne, son studio d'architecture, elle enchaîne les chantiers, petits et grands. En tant que sous-traitante pour des entreprises de construction et des cabinets d'architecture tels que Siporex, Lobjoy & Associés, Anthony Béchu, Bouygues International, Vinci Immobilier... ou en direct via son agence.

Quelque vingt-cinq ans plus tard, quel bilan ? « Je suis passée de l'exécution à la conception. En gros, de la technique pure à l'architecture. » Ses réalisations ? De l'architecture commerciale (commerces et entrepôts) et industrielle (usines), des bureaux, des résidences d'étudiants, des villas et des immeubles. Du neuf mais aussi de la rénovation de bâtiments classés, une de ses spécialités, dont la reconstruction d'un monument historique place Vendôme ou la restructuration de l'Olympia, à Paris. Actuellement, elle planche sur un programme de maisons passives à Créteil (Val-de-Marne), dont le but est de réduire les dépenses d'énergie.

Les questions thermiques, énergétiques et acoustiques sont en effet au coeur de ses préoccupations. Ce sont d'ailleurs ses origines africaines qui l'ont amenée à s'y intéresser. « Quand je suis arrivée en France, j'avais froid. Je me suis donc préoccupée de construire des enveloppes thermiques efficaces et peu coûteuses, pour diminuer les frais de chauffage », indique-t-elle. Et son amour pour le bois ? « En vingt ans, j'ai réussi à caser du bois dans quelques projets. Ce n'est pas facile de le faire accepter à la maîtrise d'ouvrage, mais il a de bonnes performances techniques et énergétiques et permet de gérer le problème de la surcharge pour les fondations. » Enfin, la récupération et la valorisation des déchets, un des génies de l'Afrique, font partie de ses combats.

Ses techniques, elle souhaite les appliquer dans des projets architecturaux en Afrique, au Cameroun notamment, où elle retourne fréquemment. En outre, depuis des années, elle milite dans des associations de la diaspora - voire en a dirigé certaines - où elle encourage les jeunes à l'entrepreneuriat. « Quel que soit l'endroit où l'on est, il faut faire et bien faire. » Un défi qu'elle relève au quotidien sur les chantiers, où le fait d'être une femme noire n'est pas un obstacle. « Les ouvriers sont à 70 % des migrants. Ils voient que je suis l'une des leurs. Réussir ensemble est pour nous une exigence. »

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

Une histoire du génocide rwandais (#4) : les écoutes bidons et le mythe de la guerre éclair du FPR

Une histoire du génocide rwandais (#4) : les écoutes bidons et le mythe de la guerre éclair du FPR

Dans ce quatrième billet consacré au déclenchement du génocide des Tutsis de 1994, Laurent Touchard* poursuit l'analyse des éléments brandis par les ex-partisans des Forces armées r[...]

Mali : le Mujao annonce la mort de l'otage français Gilberto Rodrigues Leal

Le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) a annoncé mardi la mort du Français Gilberto Rodrigues Leal, enlevé en novembre 2012 dans l'ouest du Mali. [...]

Inde : qui brisera la vague safran ?

Personne, sans doute. Face à un parti du Congrès à bout de souffle, les nationalistes hindous du BJP, qui ont choisi cette couleur pour emblème, ont toutes les chances de remporter les[...]

Le propos raciste qui fait du bien

Peut-on utiliser les clichés pour mieux les dynamiter ? Des étudiants français répètent les saillies caractéristiques du racisme ordinaire pour en souligner[...]

Justice : après Simbikangwa, qui ?

Patrick Baudouin est président d'honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH).[...]

Birmanie: Win Tin, figure de la lutte pour la démocratie, est décédé

Win Tin, emprisonné pendant 19 ans pour son combat contre l'ancienne junte birmane, est décédé lundi à l'âge de 84 ans, a indiqué la Ligue nationale pour la démocratie[...]

Les quatre journalistes otages en Syrie sont de retour en France

Libérés le 19 avril, les quatre journalistes qui avaient été faits otages en Syrie dix mois auparavant ont regagné la France dimanche. Ils ont décrit des conditions de détention[...]

France : François Hollande accueille les quatre journalistes libérés en Syrie

Les quatre journalistes français libérés samedi après dix mois d'une éprouvante captivité en Syrie aux mains d'un groupe jihadiste lié à Al-Qaïda, sont arrivés en[...]

Les quatre journalistes français otages en Syrie sont libres, retour d'ici dimanche matin

Les quatre journalistes français otages en Syrie depuis 10 mois ont été libérés samedi et sont "en bonne santé", a annoncé le président François Hollande,[...]

Chine : le baiser du Dragon

De Taïwan à Hong Kong et de Bangkok à Jakarta, la République populaire de Chine étend les tentacules de son économie surpuissante. Beaucoup lui reprochent d'avoir l'affection un brin[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces