Extension Factory Builder

Cameroun - Éric Atangana : "Libérez mon père !"

13/06/2013 à 15:49
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Michel Atangana, 49 ans, est emprisonné depuis 16 ans au Cameroun. Michel Atangana, 49 ans, est emprisonné depuis 16 ans au Cameroun. © DR

Éric Atangana (ci-dessous) est le fils aîné de Michel Thierry Atangana.

Ce 14 juin, mon père aura 49 ans. Je ne serai pas à ses côtés pour pouvoir faire ce que beaucoup trouvent si simple et même si banal : une fête d'anni­versaire.

Mon père nous a quittés, ma mère, mon frère cadet et moi, pour aller travailler dans son pays d'origine, le Cameroun. La dernière fois que je l'ai vu en chair et en os, j'étais âgé de 5 ans et mon frère n'avait que quelques mois.

Ce n'est qu'à l'âge de 17 ans que j'ai pu rencontrer un avocat qui m'a expliqué la situation dans laquelle mon père était plongé. C'est à ce moment-là que j'ai compris que j'avais l'occasion de l'aider pour qu'un jour nous puissions enfin être réunis. J'ai commencé, à la même époque, à pouvoir échanger avec lui, d'abord via des courriers puis, plus récemment, par téléphone. Mais n'importe quel fils comprendra que cela ne suffit pas.

Et pourtant, cela fait seize ans que je dois me contenter de cette relation. Alors, à quel saint doit-on se vouer ? Pourquoi m'avoir arraché mon père alors que nous avions besoin de lui ? Avec ma mère et mon frère, nous nous sommes retrouvés seuls. J'ai dû prendre trop tôt des responsabilités pour aider ma famille, protéger mon petit frère et assurer certaines dépenses avec des petits boulots empiétant parfois sur mes activités scolaires.

Que reproche-t-on à mon père ? Officiellement, d'avoir détourné des fonds publics. Une fable que nul n'ose aujourd'hui continuer de défendre tant elle a été battue en brèche pour faire place à la vérité : mon père a été la victime collatérale d'un règlement de comptes politique à la tête de l'État camerounais.

La justice a été piétinée depuis de nombreuses années. Elle doit être enfin rendue !

La justice doit désormais guider les actions du pouvoir camerounais dans ce dossier. Comment les officiels camerounais peuvent-ils à ce point détruire moralement et physiquement un homme dont ils savent l'innocence ? Comment peuvent-ils, eux qui se plaisent à présenter leur pays comme un allié de la France, maintenir un citoyen français dans une telle situation ? Assez de ces fausses promesses et de ces faux espoirs qui s'apparentent à une forme de torture psychologique indigne ! Assez de paroles ! Rendez enfin la justice !

Que lui reproche-t-on? Il a été la victime collatérale d'un règlement de compte à la tête de l'État

Si cette dernière n'a pas été rendue plus rapidement, c'est aussi parce que la France a fait preuve d'une incroyable inertie pendant de nombreuses années, et précisément jusqu'à l'arrivée d'un nouvel ambassadeur de France au Cameroun, Bruno Gain. Grâce à ce dernier, l'assistance consulaire de la France - à laquelle mon père avait droit en tant que citoyen français - a été rétablie. L'« affaire Atangana » est devenue un sujet pour les autorités françaises, ce qui a conduit François Zimeray, l'ambassadeur de France aux droits de l'homme, à rendre une visite à mon père en novembre 2012 et cela a facilité l'implication du président français, François Hollande, dans ce dossier.

Je sais que de nombreuses personnes que j'interpelle sont sensibles aux cas d'injustice. Alors faites en sorte que le cas de mon père soit connu du grand public. Ne pas le faire, c'est laisser un homme aller vers une mort programmée, car, après toutes ces années, j'ai la certitude que tel était le but recherché par ses geôliers. Bien sûr, mon père tiendra bon grâce à sa foi, qui lui permet de rester debout, et grâce à ses enfants, pour lesquels il tient bon. Mais quand bien même il ne se laisserait pas abattre, chaque fils comprendra qu'il n'est pas neutre pour moi et pour mon frère de pouvoir passer avec un père libre le temps que la vie nous accordera.

Lors de sa dernière visite en France, le président Paul Biya avait annoncé que mon père devait attendre le verdict de la Cour suprême. Cette dernière avait six mois pour juger le recours de mon père. Le délai expirait le 4 avril et, à ce jour, le recours n'a toujours pas été enregistré. Mais une chose est sûre : nous n'abandonnerons pas, car nous sommes persuadés que mon père nous reviendra libre, heureux et debout.

* En 1997, Michel Thierry Atangana a été condamné à quinze ans de prison pour détournement de fonds au Cameroun. Alors même qu'il avait purgé sa peine, il a de nouveau été jugé en 2012 et condamné à vingt ans de réclusion supplémentaires.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Cameroun

Rap camerounais : 'Mboko God', de Jovi, album incontournable !

Rap camerounais : "Mboko God", de Jovi, album incontournable !

Si, comme nous, vous attendiez l'album du rappeur camerounais Jovi avec impatience, vous ne serez pas déçus. Disponible depuis le 20 mai, "Mboko God" est une réussite incontestable.[...]

C'est du vent !

Les voyages forment tout le monde, quel que soit l'âge de chacun. Il n'y a guère longtemps, je me suis retrouvé dans la capitale - que je préfère ne pas nommer - d'un pays[...]

Football camerounais : les "stats" d'une crise historique

Trois CAN ratées, une Coupe du monde au goût amer, d'anciennes gloires qui se déchirent... Le football camerounais traverse actuellement l'une des pires périodes de son histoire. Où en est-il [...]

Stromae, griot sarcastique malgré lui

Le chanteur belge Stromae est en tournée africaine. Ecoutées au premier degré ou pastichées, les chansons de son album "Racine carrée" illustrent la politique du continent.[...]

Rap camerounais : Tilla "La Marraine"

Impossible de passer à côté d'eux, ils illuminent la scène hip-hop camerounaise. L'un a créé son propre label, les deux autres connaissent des débuts fulgurants.[...]

Mondial 2022 au Qatar : trois hauts dirigeants du football africain nommément accusés de corruption

Au mois de juin 2014, le "Sunday Times" publiait une enquête dénonçant l'existence d'un système de pots-de-vin ayant conduit à l’attribution de la Coupe du monde de football au[...]

Rap camerounais : hip hip-hop hourra !

Les rappeurs camerounais vivent une véritable success-story. Leur recette ? Ils utilisent les langues du pays, évoquent le quotidien de leurs compatriotes et s'adressent directement à la jeunesse.[...]

Cameroun : Douala-Yaoundé par la nationale 3, l'axe du mal

La nationale 3 au Cameroun est l'une des routes les plus dangereuses au monde. Et ce ne sont pas quelques radars qui feront ralentir les chauffards.[...]

Unis pour le Cameroun : Boko Haram ? Même pas peur !

Unis pour le Cameroun, un collectif apolitique, a rassemblé plus de 20 000 personnes contre Boko Haram. Entraînant finalement dans leur mouvement le pouvoir et l'opposition[...]

Jeu vidéo : Aurion, un Fantasy à l'africaine

La société Kiro'o Games lance Aurion, un jeu vidéo entièrement conçu au pays. Séduira-t-il les marchés américain et européen ?[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers