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France - Safia Lebdi : verte de rage

23/05/2013 à 16:46
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Safia Labdi, conseillère régionale d'île de France. Safia Labdi, conseillère régionale d'île de France. © Vincent Fournier pour J.A.

Le militantisme est-il soluble dans la politique ? Pour cette fille d'immigrés algériens engagée auprès d'Europe Écologie-Les Verts et Femen pratiquante, la réponse est oui.

Six ans déjà que la militante de Ni putes ni soumises (NPNS) s'est émancipée de l'étiquette de fille de banlieue. Après l'épopée de ce mouvement féministe dans les années 1990, élue en 2010 chez les Verts, elle devient, à la surprise générale, conseillère régionale d'Europe Écologie-Les Verts (EELV) en Île-de-France. Étrangère à la politique politicienne, elle est mal acceptée, y compris au sein de son propre parti, ses détracteurs critiquant son manque d'expérience. Pourtant, Safia, le terrain, elle connaît ! Elle l'a arpenté lorsqu'elle était engagée au sein de NPNS, avant de quitter l'association en 2007, après l'entrée de Fadela Amara au gouvernement Sarkozy. « Il n'y avait plus à NPNS la marge de liberté suffisante, dit-elle. L'association s'alignait sur le gouvernement sans jamais critiquer la politique de Sarkozy. » Critique, elle souhaite le rester. À propos de l'affaire Cahuzac, la jeune femme se rallie à la position de Cécile Duflot, ministre du Logement, et de Pascal Durand, secrétaire national d'EELV : « Cahuzac était chargé de la répression des fraudes. Juste pour ça, il doit disparaître du paysage politique. C'est la République qui a été attaquée. Hollande devrait également être sanctionné, car il est le garant de la République. » La femme politique est toujours militante. La preuve : elle a installé en 2012 à la Goutte-d'Or (Paris) l'antenne française des Femen, ce mouvement féministe ultraradical né en Ukraine.

Ayant grandi dans la banlieue de Clermont-Ferrand, où la violence et la religion se côtoyaient, Safia est habituée à naviguer entre banlieue bourgeoise et monde des cités. La mixité sociale, elle connaît aussi. La politique ? « C'est un peu comme partout, si tu n'as pas les bons codes d'entrée, les débuts sont toujours difficiles. Alors pourquoi les Verts ? Parce qu'ils m'ont donné carte blanche pour établir un vrai programme basé sur l'information, la prévention et l'éducation populaire. »

Très vite, elle s'est vu proposer la politique de la ville. Ce qu'elle a refusé. Elle sait depuis longtemps à quel point les subventions sont insuffisantes pour changer les infrastructures et intégrer les plus précaires. Pour elle, l'ascension sociale ne passe pas par là. La culture l'intéresse plus, car elle connaît le goût prononcé des jeunes pour le spectacle. « L'un des seuls passe-temps, en banlieue, c'est de pirater les films venus des États-Unis ! » Elle endosse donc le poste de présidente de la Commission du film d'Île-de-France. Sa rencontre avec le réalisateur Michel Gondry (L'Écume des jours), en 2011, est déterminante. Séduit par l'enthousiasme de la jeune élue, l'homme accepte d'implanter son concept d'usine de films amateurs destiné aux jeunes dans la ville d'Aubervilliers : « Quand j'ai constaté la force qu'elle avait pour rapprocher des gens issus de milieux complètement différents, j'ai vite saisi ce que je pouvais faire avec Safia. On se rejoint sur l'idée que chacun doit avoir ses chances, sans a priori d'origine sociale ou géographique. Elle, qui a réussi à quitter la banlieue, souhaite offrir à d'autres ce qu'elle n'a pas reçu plus jeune. » Ce projet devrait donc voir le jour dès 2014. Au coeur d'une friche industrielle, l'ancienne manufacture d'allumettes Seita de la rue Henri-Barbusse deviendra un lieu d'éducation à l'image pour les filles et les garçons des quartiers, avec pour objectif de « décloisonner les espaces urbains ».

Si l'opération nécessite la réhabilitation du lieu, son coût reste peu élevé et devrait, selon Safia Lebdi, toucher environ 200 000 jeunes. Mais son engagement ne s'arrête pas là. Pasionaria des droits des femmes en France, « où l'on s'endort », elle a réussi à convaincre les Femen de venir y manifester. « Ma liberté, c'est de parler des droits de la femme. De tous ses droits. La force des Femen ? C'est de parler de leur sexualité et de leur nudité en en faisant une arme contre la marchandisation des corps. Comment contrôler une économie, si ce n'est en luttant avec ce qui nous appartient ? » Pour elle, la religion, qui ne traite pas hommes et femmes à égalité, et la mondialisation marchande ont fait alliance pour aliéner le genre féminin.

Comment explique-t-elle cette rage combattante ? « Tout mon engagement personnel vient du fait que j'ai dû me libérer d'un double carcan : religieux et banlieusard. Je garde néanmoins en mémoire le lieu d'où je viens, et une période violente de ma vie où j'ai pu voir mon petit ami victime d'une agression au couteau, où les descentes de police étaient fréquentes à la maison parce que mes frères étaient dealers. » Aujourd'hui, elle reste une fille d'immigrés et elle en est même plutôt fière. « Je peux dire que je suis une femme heureuse, avec un compagnon que j'ai choisi. Je vis dans un appartement parisien de 50 m2, dans un quartier agréable. Mais lorsque mes nièces me disent que je suis un exemple, je sais que je dois continuer la lutte. Ne serait-ce que pour leur donner la chance de vivre la vie qu'elles auront choisie. »

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