Extension Factory Builder

Zakaria Laya : mécanicien du corps

28/03/2013 à 16:10
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Multidiplômé, ce Tchadien est devenu le chef du service de chirurgie orthopédique et de traumatologie de l'hôpital de Saint-Quentin, en Picardie.

On ne peut pas le manquer. À la sortie de la vieille ville, le centre hospitalier général (CHG) de Saint-Quentin s'élève, imposant sa stature massive au milieu des habitations paisibles de cette commune située à une heure de train de Paris. C'est le plus important complexe médical de la Picardie, région du nord de la France.

Dans ce dédale de verre et de béton, le docteur Zakaria Laya, 51 ans, n'est pas un anonyme. Trouver celui que le personnel décrit comme un homme sympathique, affable, n'est donc guère difficile. Blouse blanche de rigueur, le chirurgien à la chevelure grisonnante est plus habitué à se déplacer qu'à recevoir. Dans les chambres du service de chirurgie orthopédique et traumatologique, qu'il dirige, ou au bloc opératoire, où il répare inlassablement des articulations abîmées. Le reste du temps, il parcourt des kilomètres afin d'assister le procureur de la République qui le sollicite pour des expertises médico-légales. Une spécialité que le praticien a ajoutée à sa formation « parce qu'après la mort il faut quand même le médecin ». Cette compétence supplémentaire, acquise dans sa quarantième année, n'est que l'un des jalons posés dans une carrière que le chirurgien affirme avoir construite instinctivement. Cette réussite acquise dans le labeur, il est fier de l'afficher : dans son bureau, aux côtés de la carte géante de son Tchad natal qui orne le fond de la pièce, figurent tous les précieux diplômes accumulés, tels des trophées. Douze, comme les travaux d'Hercule.

Exil

Dans l'adolescence, les troubles qui surviennent au pays ébranlent les rêves d'études supérieures. En 1978, Zakaria Laya a 17 ans, et il n'est qu'en seconde quand surviennent les premières manifestations de la révolution. Pendant les trois années qui suivent, les cours sont suspendus jusqu'à l'éclatement de la guerre, en 1981. Cette date sera celle de l'exil. « Ce sont les efforts de ma famille, surtout ceux de mon grand frère et de son épouse qui m'ont permis de venir en France afin de poursuivre mon cursus », témoigne le chirurgien avec gravité. Il faut alors engager une difficile bataille pour rattraper le retard accumulé malgré lui. Durant la période d'exception, le lycéen sans école qu'il était s'est formé comme il a pu, seul. Chaque fin d'année, il passait en classe supérieure. Arrivé à Paris au niveau de la terminale, le redoublement lui est imposé avant le passage du baccalauréat français. Commence alors un long processus de sélection propre à la voie que le bachelier s'est choisie, encouragé par son aîné, Brahim, aujourd'hui médecin général de l'armée tchadienne. Médecine, avec un penchant affirmé pour la biomécanique.

« Tout petit déjà, je démontais la radio de mon père et j'essayais de la réparer, se remémore le docteur. J'ai choisi la chirurgie, parce que les résultats sont nets et rapides, et l'orthopédie comme spécialité parce qu'elle a ceci de simple : si vous réussissez votre opération, la radio est là pour le dire. Et ça se voit sur les gens en les regardant marcher ! » L'écrémage a lieu dès la première année, réputée la plus ardue. « Sur 900 candidats, on n'en prenait que 85, et parmi ce petit nombre il n'y avait que cinq places pour les étudiants étrangers, comme moi », commente le « miraculé ». Puis le concours de l'internat intervient au bout de la sixième année : « Là encore, sur 4 000 candidats régionaux, seuls 600 ont été retenus. Et il fallait encore un classement favorable pour pouvoir choisir sa spécialisation. »

Les portes s'ouvrent au centre hospitalier universitaire (CHU) d'Amiens, où s'enchaînent le doctorat de médecine, le diplôme de chirurgie générale, d'orthopédie, de médecine légale et d'expertise médicale. Puis vient la candidature pour devenir chef de clinique : « Nous étions sept pour deux places. » Il l'emporte. En 2000, quand le chef de service sortant au CHG de Saint-Quentin prend sa retraite, c'est au docteur Laya que l'on fait appel.?Au cours de cette seconde vie, ce père de trois filles marié à une Française s'est enraciné en terre picarde. Mais le pays n'est jamais loin. Avec d'autres immigrés tchadiens et au travers de l'association Enfance Tchad Espoir (ETE), le chirurgien fait acheminer du matériel médical dans des établissements hospitaliers du pays. Et, régulièrement, il y retourne avec femme et enfants pour rendre visite à sa mère restée à Bongor, dans le Mayo-Kebbi (Sud-Est).

S'agissant du secteur médical de son pays, l'orthopédiste préfère s'impliquer en opérant, dans un cadre humanitaire, plutôt que d'en parler : « Le système est à réorganiser, se borne-t-il à commenter. Il faut prendre en compte ce qui existe et l'améliorer. C'est à ceux qui y travaillent d'exprimer la demande, et à nous, la diaspora, d'apporter un complément. »

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

AUTRES

Air Algérie : cinq questions sur le crash du vol AH5017

Air Algérie : cinq questions sur le crash du vol AH5017

Le vol AH5017 de la compagnie Air Algérie, disparu dans la nuit du mercredi à jeudi alors qu'il faisait route vers Alger, a été victime d'un crash. Il transportait au moins 116 personnes. Retour sur une[...]

Élections en Tunisie : la mobilisation des électeurs est-elle dans l'impasse ?

À trois mois des élections législatives et présidentielles tunisiennes, le pays peine à convaincre ses électeurs de s'inscrire sur les listes électorales. Retour sur les causes - [...]

Nigeria : une femme décapitée et huit blessés dans un attentat à Kano

Selon des sources locales, au moins une personne a été tuée jeudi dans un attentat à la bombe contre une gare routière de la ville de Kano, dans le nord du Nigeria. Le bilan provisoire fait &eacu[...]

Oreilles meurtries

Je vous ai parlé, il n'y a pas longtemps, de cet immeuble de vingt-deux niveaux situé sur le boulevard du 30-Juin, la plus grande artère du centre-ville de Kinshasa. Je vous ai dit que j'étais a[...]

Mali : ce que Bamako et les groupes armés négocient à Alger

Réunis à Alger, les groupes armés du Nord-Mali et les autorités maliennes tentent de se mettre d'accord sur une feuille de route commune pour la suite des négociations de paix. [...]

Espagne : Pedro Sánchez, ou comment faire oublier Zapatero...

Le nouveau patron de l'opposition est jeune, beau et intelligent. Mais avant "d'y penser en se rasant", Pedro Sánchez va devoir rafraîchir l'image du Parti socialiste. Bon courage ![...]

Maroc - Prix Draper : Rachid Yazami, "Monsieur 100 000 Volts"

Le chimiste Rachid Yazami a inventé les batteries au lithium qui font vivre nos téléphones. Il est le premier lauréat français, mais aussi africain, du prestigieux prix Draper.[...]

"Menace existentielle"

Ici même, la semaine dernière, j'ai soutenu que, malgré les apparences, notre monde était plus pacifique qu'il ne l'a jamais été. Sauf ce malheureux Moyen-Orient, terre d'instabili[...]

Textile togolais : Nini ou les froufrous du business

Son École des arts de la mode a déjà formé 800 étudiants et elle publie un cahier de tendances destiné aux tailleurs et couturiers présentant, entre autres, ses cr&eacu[...]

Irak : Fouad Massoum remplace Jalal Talabani à la présidence

Le Parlement irakien a élu jeudi le politicien kurde Fouad Massoum à la tête de l'État fédéral. Un premier pas qui laisse augurer la formation d'un nouveau gouvernement dans le pays assi&[...]

Mode - Alphadi : "Donnons une chance à nos artisans"

Des entreprises de textile et des enseignes africaines ? Oui, c'est possible, explique Alphadi, le célèbre styliste nigérien. Qui plaide pour une plus grande implication de l'État togolais.[...]

Adel Fekih : "En Tunisie, il faut dépasser les polémiques"

"Affaire du salon d'honneur", allégeance à Ettakatol... Vivement critiqué malgré un bilan plus que satisfaisant, le diplomate Adel Fekih défend son action à la tête[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers